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Le projet Shtokman a du plomb dans l'aile

Commodesk14/08/2012 à 18:45

(Commodesk) Alors que la décision finale d'investissement pour le projet gazier de Shtokman, en mer de Barents, a été maintes fois reportée*, le dossier subit un nouvel aléa. Le 8 août, le norvégien Statoil, qui détenait 24% de la joint-venture Shtokman Development AG (SDAG), a rendu ses parts à l'actionnaire principal Gazprom.

Cette décision illustre la difficulté des discussions entre les partenaires, Gazprom (51%), Total (25%) et Statoil (24%). Ce dernier estime qu'il n'était "plus possible de trouver un accord dans le cadre du SDAG". Pour autant, la compagnie détenue aux deux tiers par l'Etat norvégien et qui a déjà dépensé plus de 300 millions d'euros dans Shtokman, n'abandonne pas complètement la partie. Officiellement, elle souhaite "continuer à négocer avec Gazprom pour trouver une solution commerciale, de manière à permettre le développement du projet".

Mais il est plus probable que Statoil soit remplacé par un autre partenaire. Fin mai, une rumeur persistante faisait état d'une possible entrée de l'anglo-néerlandais Shell(2) dans le consortium, mais cette possibilité n'a jamais été confirmée par les parties concernées. Fin juillet, Total a publiquement réaffirmé sa volonté de s'impliquer dans Shtokman, mais le journal russe Kommersant évoque un possible retrait du pétrolier français d'ici à la fin de l'été si aucun accord n'est trouvé. De son côté, l'américain Exxon Mobil pourrait également faire son entrée, estime le quotidien.

Le gisement de Shtokman est très prometteur puisque ses réserves sont évaluées à 3.800 milliards de mètres cubes, mais du fait des conditions climatiques extrêmes (froid, vent), son développement est difficile et onéreux. Gazprom n'a qu'une expérience très limitée de l'exploitation des gisements offshore et ne pourra donc pas se passer de l'apport technologique de ses partenaires.

Les techniques d'exploitation font toujours débat au sein du consortium, de même que le mode de commercialisation. La production pourrait en effet être transformée en GNL avant d'être exportée par des méthaniers, ou être livrée par gazoducs vers la Russie.

Les hésitations des compagnies d'hydrocarbures pour investir dans Shtokman sont peut-être également liées à des incertitudes sur les débouchés. Les Etats-Unis regorgeant de ressources non conventionnelles, ce pays ne sera pas intéressé par le gaz de l'Arctique. En Europe, la consommation ne devrait pas augmenter significativement au cours de la prochaine décennie. Restent les marchés asiatiques, où la demande est en pleine expansion du fait du développement de la Chine et de l'Inde, ainsi que de la reconstruction du Japon. Ce continent est donc le premier visé par Shtokman.

Mais le projet pourrait être en concurrence avec les nombreux autres qui se développent à travers le monde. De nouvelles capacités d'exportation de GNL devraient faire leur apparition en Australie, aux Etats-Unis et au Canada dès 2015. Par ailleurs, le Qatar, qui domine aujourd'hui le secteur, continue à développer ses infrastructures. Le gaz de Shtokman, qui serait l'un des plus chers du monde à produire et qui nécessite des investissements très lourds, pourrait donc ne pas être compétitif.

Dans ces conditions, l'objectif de produire à partir de 2016 sera difficile à atteindre.

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