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Le président italien consulte avant de désigner Matteo Renzi

Reuters15/02/2014 à 23:21

LE PRÉSIDENT ITALIEN CONSULTE AVANT DE DÉSIGNER MATTEO RENZI

par Paolo Biondi

ROME (Reuters) - Le président Giorgio Napolitano devrait confier lundi à Matteo Renzi la charge de former un nouveau gouvernement, ce qui en ferait à 39 ans le plus jeune président du Conseil de l'Italie unifiée, a-t-on appris samedi au terme d'une journée de consultations du chef de l'Etat italien.

Une arrivée à la tête du gouvernement parachèverait l'offensive en direction du pouvoir déclenchée par Matteo Renzi après son élection en décembre au poste de secrétaire du Parti démocrate (PD).

Après l'avoir accablé de critiques pendant deux mois, Matteo Renzi a obtenu vendredi la démission du président du Conseil, Enrico Letta, qu'il a fait désavouer la veille par la direction de leur parti.

Giorgio Napolitano a achevé samedi soir ses consultations avec les formations politiques sans exprimer de préférence pour un candidat, mais il devrait, selon un responsable du PD, convoquer lundi le maire de Florence pour lui demander de former un gouvernement.

"C'était une journée intéressante et richement stimulante au cours de laquelle j'ai entendu de nombreuses suggestions qu'il faudra que je transmette à la personne à qui je demanderai de former un gouvernement", a déclaré à la presse le président de la République italienne.

Une fois qu'il aura reçu ce mandat du chef de l'Etat, Matteo Renzi devra parvenir à un accord avec le Nouveau Centre Droit, la petite formation d'Angelino Alfano dont le soutien est indispensable au PD pour conserver une majorité à la Chambre des députés.

En quittant le palais présidentiel du Quirinal, Angelino Alfano s'est dit prêt à négocier la formation d'un cabinet avec Matteo Renzi.

BERLUSCONI "RESPONSABLE"

Durant sa campagne éclair pour accéder à la présidence du Conseil, Matteo Renzi s'est engagé à accélérer les réformes économiques et à doter la pays d'un gouvernement stable, capable de gouverner jusqu'à la fin de la législature en 2018.

Le Nouveau Centre Droit, issu à l'automne d'une scission au sein du camp conservateur, rejette toutefois par avance les réformes sociétales promues par Matteo Renzi, telles que l'union civile des couples homosexuels, et il compte imprimer sa marque sur tout programme de gouvernement.

Bien que déchu de son mandat de sénateur en novembre après sa condamnation pour fraude fiscale, Silvio Berlusconi a accompagné les responsables de son parti, Forza Italia, pour leur visite dans l'après-midi au palais du Quirinal.

A sa sortie, il a assuré que Forza Italia constituerait une opposition "responsable" au parlement et il a promis de continuer à soutenir un accord sur le mode de scrutin et des réformes politiques conclu le mois dernier avec Matteo Renzi.

Le Mouvement 5-Etoiles (M5S), hostile à la classe politique traditionnelle, et la Ligue du Nord, formation autonomiste, ont en revanche d'ores et déjà mis fin à leur participation aux consultations organisées par Giorgio Napolitano, qu'ils considèrent comme des rites vides de sens dont l'issue est connue à l'avance.

PLUS JEUNE QUE MUSSOLINI

"S'ils pensent que c'est cela la démocratie, nous ne sommes pas d'accord", a déclaré Vito Crimi, l'un des responsables du M5S au Sénat.

S'il parvient à ses fins, Matteo Renzi deviendra le plus jeune chef de gouvernement de l'Italie depuis que Rome en est devenue sa capitale en 1871. Il serait plus jeune de deux mois que Benito Mussolini lorsque le dirigeant fasciste a pris les rênes du pays en 1922.

Il deviendrait aussi le troisième responsable consécutif à être nommé président du Conseil par Giorgio Napolitano sans avoir remporté d'élections. Enrico Letta a été porté en avril 2013 à la tête d'une coalition de large entente entre la gauche et la droite à la suite d'élections législatives sans vainqueur évident. Avant lui, Mario Monti avait succédé fin 2011 à Silvio Berlusconi pour diriger un gouvernement de techniciens en pleine crise de la zone euro.

Les soubresauts de la politique italienne semblent désormais laisser de marbre les marchés financiers, qui font davantage confiance que fin 2011 à l'Italie pour rembourser sa dette.

L'agence Moody's a relevé vendredi la perspective sur l'Italie de négative à stable, tout en confirmant la note Baa2. Elle a précisé qu'elle pourrait relever la note de l'Italie si la situation économique s'améliorait à la faveur de réformes économiques, du marché du travail en particulier.

Troisième économie de la zone euro, l'Italie peine à sortir de sa plus longue période de récession depuis la Seconde Guerre mondiale et à juguler un chômage atteignant des niveaux sans précédents depuis les années 1970.

"Si le nouveau président du Conseil veut gouverner et réformer le pays, il devra le faire sans avoir peur de perdre les prochaines élections", prévient Mario Monti, lui-même défait dans les urnes en février 2013, dans une interview publiée samedi par le journal Il Foglio.

En 1998, le centre gauche italien avait connu une révolution de palais du même type entre Romano Prodi et Massimo D'Alema. Elle avait été suivie moins de trois ans plus tard par un triomphe électoral de Silvio Berlusconi.

Avec Hannah Rantala; Bertrand Boucey et Jean-Stéphane Brosse pour le service français

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