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Le pouvoir ukrainien opte pour la fermeté, l'UE hausse le ton

Reuters20/02/2014 à 00:00

LA TENSION MONTE ENCORE D?UN CRAN EN UKRAINE

par Pavel Polityuk et Marcin Goettig

KIEV (Reuters) - Le pouvoir ukrainien a choisi la fermeté mercredi après la mort de 26 personnes dans des affrontements entre manifestants et forces de l'ordre, fort du soutien de Moscou malgré les premières menaces de sanctions de l'Union européenne.

Le président Viktor Ianoukovitch a dénoncé une tentative illégale de prise du pouvoir par "certains hommes politiques" et le Service de sécurité d'Etat (SBU) a annoncé le lancement d'une "opération antiterroriste" à travers le pays, alors que les opposants se sont emparés de bâtiments publics dans l'Ouest et ont proclamé leur autonomie dans la région de Lviv.

Sur Maïdan, la place de l'Indépendance à Kiev réduite à l'état de champ de bataille, de la fumée noire continuait de s'élever de la Maison des syndicats, l'ancien QG des manifestants, incendiée pendant les affrontements qui ont éclaté mardi matin près du siège du parlement dans un premier temps et se sont prolongés jusqu'à l'aube mercredi.

Le dernier bilan fourni par le ministère de la Santé est de 26 morts, dont dix policiers, et plus de 600 blessés - 263 chez les manifestants, 342 chez les forces de l'ordre -, la plupart par des tirs à balles réelles.

Les forces de sécurité occupaient mercredi environ un tiers de la place de l'Indépendance et y démolissaient les installations déployées par l'opposition.

Les opposants, au nombre de plusieurs milliers, certains cagoulés et en uniforme de combat, continuaient de défier la police par-delà leurs barricades de fortune et renforçaient leurs défenses ou préparaient des cocktails Molotov en disant craindre un nouvel assaut des forces de l'ordre au crépuscule.

RISQUES DE PARTITION

Viktor Ianoukovitch, qui a parlé au téléphone avec son homologue russe Vladimir Poutine, a affiché sa volonté de rester ferme et a précisé qu'une partie de son entourage le poussait à l'intransigeance.

Après avoir reçu dans la nuit deux chefs de file de l'opposition, Vitali Klitschko et Arseni Iatseniouk, le chef de l'Etat a appelé ces derniers à prendre leurs distances avec les militants de l'organisation d'extrême droite Praviy Sektor (Secteur droite), qu'il a qualifiés de "criminels".

Les opposants ont de leur côté appelé le pouvoir à retirer les forces de l'ordre des rues de la capitale pour permettre une désescalade de la situation.

Dans l'Ouest, l'assemblée régionale de Lviv, une ville de 750.000 habitants, a dénoncé la "guerre ouverte" lancée par le gouvernement contre les manifestants de Kiev et annoncé qu'elle assumerait désormais localement le pouvoir exécutif.

Cette proclamation de Lviv, bastion du nationalisme ukrainien proche de la frontière polonaise, renforce la possibilité parfois évoquée d'une partition de l'ex-république soviétique entre l'Ouest ukrainophone et l'Est russophone.

D'après la Pologne, des Ukrainiens bloquaient également le poste-frontière de Korczowa, près de Lviv, et selon les médias locaux, des bâtiments publics ont été envahis par des opposants dans d'autres villes d'Ukraine occidentale - à Khmelnitski, Ivano-Frankivsk, Oujorod et Ternopil.

Sur le plan international, les violences, sans précédent depuis la révolution orange de fin 2004, ont contraint l'Union européenne à envisager l'adoption de sanctions, un scénario jusque-là rejeté faute de consensus.

Des diplomates européens ont évoqué mercredi le gel des avoirs de personnalités et des interdictions de déplacement, à l'image des mesures prises par Bruxelles contre plusieurs responsables biélorusses après la vague de répression de 2010, mais aucune décision ne sera annoncée avant une réunion des 28 ministres des Affaires étrangères à Bruxelles, jeudi à 15h00 (14h00 GMT).

IANOUKOVITCH ÉPARGNÉ PAR DES SANCTIONS

"Ceux qui ont commis des actes, ceux qui se préparent à en commettre d'autres doivent savoir qu'ils seront sanctionnés", a dit le président François Hollande lors d'une conférence commune avec la chancelière Angela Merkel à l'issue du conseil des ministres franco-allemand à Paris.

Selon des responsables de l'UE, Viktor Ianoukovitch ne sera pas visé par les sanctions afin de laisser des possibilités de dialogue alors que les chefs des diplomaties allemande Frank-Walter Steinmeier, française Laurent Fabius et polonaise Radoslaw Sikorski le rencontreront quelques heures avant la réunion extraordinaire des ministres.

En Pologne, frontalière de l'Ukraine, le Premier ministre Donald Tusk a parlé devant le parlement d'un risque de guerre civile et de partition "dont nous sommes peut-être en train d'assister au début".

Aux Etats-Unis, le président Barack Obama a mis en garde sur les "conséquences" des violences et a demandé à ce que "l'armée ukrainienne n'intervienne pas dans un ensemble de problèmes qui devraient être résolus par les civils", tandis que Washington envisage également des sanctions, selon un responsable américain.

La Russie a promis quant à elle d'utiliser son influence pour ramener la paix chez un "Etat frère" et a dénoncé des violences qui sont selon elle le fait "d'extrémistes" tentant de fomenter un coup d'Etat.

Angela Merkel a cependant rapporté que Vladimir Poutine s'est engagé à coopérer avec l'Allemagne afin de "tout faire" pour éviter l'escalade de la violence en Ukraine, à l'issue d'une conversation entre les deux dirigeants.

L'assaut contre la place de l'Indépendance a été mené alors que le Kremlin reste évasif sur le versement d'une nouvelle tranche d'aide de deux milliards de dollars (1,46 milliard d'euros) à l'Ukraine qui devrait intervenir cette semaine, mais qui a été reportée à vendredi selon un responsable de Kiev.

Avec Richard Balmforth et Natalia Zinets à Kiev, Alexandra Hudson à Berlin, Steve Holland à Washington, Elizabeth Piper à Moscou, Adrian Croft à Bruxelles, Marine Pennetier à Paris et Mark Felsenthal à Taluca; Bertrand Boucey, Tangi Salaün, Simon Carraud, Jean-Stéphane Brosse et Julien Dury pour le service français

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