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Le patronat attend de voir la droite au pied du mur

Reuters26/10/2016 à 12:23

LE PATRONAT ATTEND DE VOIR LA DROITE À L'OEUVRE

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Le patronat français, séduit par les propositions économiques et sociales des candidats à la primaire de la droite pour l'élection présidentielle de 2017, se montre prudent quant à leur capacité à le mettre en oeuvre s'ils accèdent au pouvoir.

Le Medef, lors de son université d'été fin août, et la CGPME, plus récemment, ont auditionné les postulants, d'Alain Juppé à Nicolas Sarkozy en passant par Bruno Le Maire, François Fillon ou Nathalie Kosciusko-Morizet.

Leurs programmes "reprennent les revendications que nous avons portées depuis plus de trois ans au Medef", se félicite Thibault Lanxade, vice-président de la première organisation patronale française, chargé des PME.

Il cite notamment la suppression de l'impôt sur la fortune (ISF), la remise en cause du compte pénibilité instauré par l'actuel gouvernement de gauche, la durée du temps de travail, la flexibilité de l'emploi et la fiscalité des entreprises.

"Maintenant, les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent. Le programme est une chose mais la déclinaison de la méthode en est une autre (...) Les entreprises jugeront sur le résultat", ajoute Thibault Lanxade.

"Tout le monde trouve plutôt bien ces promesses mais on est un peu revenu des promesses", renchérit un autre responsable patronal pour qui le passage de la phase de la primaire à celle de la campagne présidentielle proprement dite sera déterminant.

"Une fois entrés dans la compagne présidentielle, ils devront ratisser plus large. On attend donc de voir ce qu'il en sortira", souligne-t-il.

"ÇA SERA COMPLIQUÉ"

Le président de la CGPME se réjouit pour sa part de l'attention désormais portée au secteur marchand et aux PME.

François Asselin juge le maire de Bordeaux, Alain Juppé, "plutôt rassembleur et pédagogue", l'ancien chef de l'Etat Nicolas Sarkozy "plus tranché", l'ex-Premier ministre François Fillon "très clair sur la méthode" et Nathalie Kosciusko-Morizet "très alerte" sur l'évolution des modes de travail.

"Il y a du grain à moudre", estime-t-il. "Il reste une grande question : comment fera-t-on ? C'est là où ça manque encore de consistance, parce que les finances de la France sont très contraintes, parce qu'on sait qu'on est sous surveillance et qu'il y a beaucoup de blocages à tous les étages (...) Ça sera compliqué, c'est sûr."

Sur le papier, les projets de réforme des candidats à la primaire de droite ont de quoi susciter des résistances dans la rue au moins aussi fortes que celles qui ont accueilli la réforme du Code du travail de l'actuel gouvernement.

Tous proposent une réduction draconienne des dépenses publiques (autour de 100 milliards d'euros en cinq ans) et du nombre de fonctionnaires (de 250.000 à 500.000), le report de l'âge légal de la retraite, l'allongement de la durée du travail (jusqu'à 39 heures par semaine).

Certains, comme Nicolas Sarkozy, proposent la dégressivité des allocations chômage ou, tel Alain Juppé, l'intégration au contrat de travail de motifs prédéfinis de rupture, ainsi, comme François Fillon, que l'harmonisation des régimes de retraite du public et du privé et la suppression des emplois aidés.

Nathalie Kosciusko-Morizet propose notamment, pour sa part, de remettre en cause le statut de fonctionnaire des enseignants.

FAIRE ACCEPTER LES RÉFORMES

Autant de sujets susceptibles de susciter des mouvements sociaux, alors que les grèves qui ont paralysé la France fin 1995, contre une réforme sociale proposée par Alain Juppé alors Premier ministre, sont restées dans toutes les mémoires.

Au-delà du contenu, la question est donc surtout de savoir comment "amener" ces réformes et les faire accepter, estime un responsable patronal. "Sur ce point, on manque de réponses."

"Si c'est pour dire 'je vais tout casser et mettre le bazar' c'est-à-dire bloquer le pays en y allant trop fort parce que la pédagogie n'aura pas été faite avant, ce n'est pas la meilleure solution", ajoute-t-il.

Thibault Lanxade estime cependant que la prochaine campagne sera fondamentalement différente des précédentes.

Ni Jacques Chirac en 1995, ni François Hollande en 2012 n'ont été élus pour mener des réformes sociales qu'ils ont finalement entreprises et qui ont été contestées dans la rue pendant leur mandat, souligne le vice-président du Medef.

Cette fois, les projets des candidats de la primaire de droite sont au contraire précis, avec un calendrier, fait-il valoir, sans parler du contexte actuel d'urgence économique.

"Il peut y avoir des tensions mais on ne peut pas dire que les programmes ne sont pas transparents", estime-t-il. "Les Français, s'ils optent pour cette politique, ne pourront pas être pris au dépourvu."

Pour lui le risque existe bien, cependant, de voir le futur candidat désigné par la primaire édulcorer son programme s'il est élu au printemps prochain à la présidence de la République.

"Il faut qu'on y soit extrêmement attentif", confie-t-il.

(Edité par Yves Clarisse)

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