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Le pape dénonce l'intégrisme, érige l'Albanie en exemple

Reuters21/09/2014 à 19:29

(actualisé avec messe en plein air, rencontres) par Benet Koleka et Philip Pullella TIRANA, 21 septembre (Reuters) - Le pape François a affirmé dimanche qu'aucun groupe religieux agissant avec violence et mépris des autres ne pouvait se prévaloir d'être "de Dieu un bouclier", allusion apparente aux musulmans radicaux de l'Etat islamique. Le souverain pontife s'exprimait en Albanie, qu'il a érigée au contraire en modèle de cohabitation entre différentes confessions religieuses. Evoquant "notre époque où le sens religieux authentique est travesti par des groupes extrémistes", François a déclaré: "Que personne ne pense pouvoir se faire de Dieu un bouclier lorsqu'il projette et accomplit des actes de violence et de mépris." "Que personne ne prenne prétexte de la religion pour accomplir ses propres actions contraires à la dignité de l'homme et à ses droits fondamentaux, en premier lieu celui à la vie et à la liberté religieuse de tous", a-t-il ajouté lors de son discours au palais présidentiel à Tirana, aux côtés du chef de l'Etat albanais Bujar Nishani, lui-même musulman. Le pape, qui effectue là son premier déplacement dans un pays européen en dehors de l'Italie, n'a pas explicitement mentionné l'organisation Etat islamique mais il paraît évident qu'il avait à l'esprit les événements en Syrie et en Irak. Les radicaux sunnites de l'Etat islamique ont proclamé un califat sur les territoires dont ils se sont emparés dans ces deux pays. Au cours de leur progression, ils ont tué ou contraint à l'exode des musulmans chiites, des chrétiens et toute autre personne ne souscrivant pas à leur vision de l'islam. Interrogé précisément sur l'Etat islamique dans l'avion qui le ramenait d'une visite en Corée du Sud le mois dernier, François avait alors jugé légitime une mobilisation de la communauté internationale pour stopper une "agression injuste". "BIEN PRÉCIEUX" A Tirana, le pape a salué "le climat de respect et de confiance réciproque" entre musulmans et chrétiens catholiques et orthodoxes, qu'il a qualifié de "bien précieux". "Ce qui se passe en Albanie démontre (...) que la cohabitation pacifique et fructueuse entre personnes et communautés appartenant à des religions différentes est, non seulement souhaitable, mais concrètement possible et réalisable", a-t-il dit. Environ 60% des Albanais sont de confession musulmane tandis que les catholiques représentent seulement 10% de la population. Devant 250.000 personnes massées sur la place Mère Teresa, dans le centre de Tirana, le pape a célébré une messe en plein air. Il est revenu sur le thème de la tolérance au cours d'une rencontre qu'il a eue avec des dignitaires de plusieurs religions, leur disant que "Toutes les formes qui promeuvent un usage faussé de la religion doivent être être réfutées avec fermeté, comme erronées". Dans l'avion qui lui a permis d'effectuer le court trajet entre Rome et Tirana en traversant l'Adriatique, François a expliqué qu'il voulait venir en Albanie car ce pays, où il est le premier pape à se rendre depuis Jean Paul II en 1993, a "beaucoup, beaucoup souffert". En choisissant l'Albanie pour le premier déplacement en Europe de son pontificat, François manifeste une nouvelle fois symboliquement sa volonté d'être au côté des faibles et des laissés pour compte. Sous la dictature d'Enver Hodja, dont le communisme se revendiquait de Staline et qui souhaitait faire du "pays des aigles" le premier pays athée au monde, la religion a été formellement proscrite en 1967. Catholiques, orthodoxes et musulmans ont dû basculer dans la clandestinité pour que leur foi perdure. Près de 2.000 églises orthodoxes et catholiques furent détruites du temps d'Enver Hodja, mort en 1985. Plus de 100 prêtres ou évêques catholiques furent exécutés ou périrent sous la torture ou dans des camps de travail. Seuls 30 survécurent durant ce que François a qualifié dans son discours d'"hiver de l'isolement et des persécutions". Parmi les religieux qu'il a rencontrés dimanche soir en Albanie figure un prêtre de 84 ans, Ernest Troshani, qui a passé près de 30 ans dans les camps de travail d'Enver Hodja comme "ennemi de l'Etat". (Henri-Pierre André, Bertrand Boucey et Eric Faye pour le service français)

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