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Le gouvernement mise sur une division du front social

Reuters30/05/2016 à 17:07

LE GOUVERNEMENT MISE SUR UNE DIVISION DU FRONT SOCIAL

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Le gouvernement paraît désormais miser sur des concessions dans les négociations catégorielles en cours dans des entreprises comme la SNCF ou la RATP pour affaiblir le mouvement de refus du projet de loi Travail conduit par la CGT et Force ouvrière.

Selon une source syndicale, il ferait ainsi pression sur la direction de la SNCF pour aboutir rapidement à un compromis sur une nouvelle organisation du travail, dans la perspective de l'ouverture du trafic passagers à la concurrence.

Cela entraîne d'ailleurs des frictions entre le gouvernement et la direction, dit-on de même source. Ce que confirme implicitement une autre source proche des discussions : "Le gouvernement a absolument besoin de sortir par le haut."

La direction de la SNCF doit présenter un projet d'accord le 6 juin. Les discussions se sont accélérées ce week-end et ont permis des avancées, notamment sur la question du repos des personnels roulants, a dit à Reuters le secrétaire général de l'Unsa, Luc Bérille.

Dès la semaine dernière, un sénateur socialiste jugeait possible une sortie de crise via, par exemple, des "accords salariaux" à la SNCF, à la RATP, mais aussi à Air France ou à l'aviation civile, où des grèves sont aussi prévues.

Interrogée lundi après une réunion interministérielle, la ministre du Travail est restée vague : "Trouver des accords lorsque c’est possible, ce n’est sûrement pas céder à quelques arrangements de circonstance", a dit Myriam El Khomri.

Pour le gouvernement, l'avantage serait triple : enrayer une convergence des mouvements sociaux, isoler les fédérations de la CGT les plus dures en espérant un retournement de l'opinion contre les grèves les plus pénalisantes et aider le numéro un de la CGT, Philippe Martinez, à trouver une issue.

L'EURO APPROCHE

Selon Guy Groux, de l'Institut de sciences politiques de Paris, il est en effet difficile pour la CGT de maintenir la même combativité jusqu'au retour du projet de loi Travail à l'Assemblée nationale, début juillet.

"C'est très long pour les militants, l'organisation et vis-à-vis de l'opinion publique", souligne-t-il.

Luc Bérille et son homologue de la CFDT, Laurent Berger, mettent déjà en cause la façon dont la grève est reconduite dans certains secteurs, comme les raffineries, où il n'y a plus, selon eux, d'assemblée générale de salariés.

"Comme ça, les grévistes CGT ne prennent pas de risque", explique le secrétaire général de l'Unsa.

"Dans certaines raffineries, ce que nous rapportent les militants de la CFDT, c'est qu'il n'y a plus forcément une majorité pour bloquer la production", a renchéri sur Europe 1 Laurent Berger, qui parle de "manipulation".

Pour autant, le gouvernement ne peut pas miser seulement sur le pourrissement du mouvement à cause de la proximité de l'Euro de football, juge Frédéric Dabi, de l'institut de sondage Ifop.

François Hollande et Manuel Valls espèrent encore un atterrissage en douceur à 11 jours du coup d'envoi de la compétition. Leur stratégie, longtemps brouillée par des déclarations contradictoires dans la majorité et les rangs du gouvernement, se précise.

Le premier axe est la fermeté sur la philosophie du texte, qui instaure notamment la primauté des accords d'entreprise sur les conventions collectives de branche ou nationales, tout en faisant miroiter la possibilité de quelques ajustements dans le cadre du débat parlementaire, lors de son retour à l'Assemblée.

"ENTÊTEMENT GOUVERNEMENTAL"

Cette fermeté va de pair avec la nécessité de limiter l'impact des grèves conduites par les fédérations les plus radicales de la CGT et de FO dans des secteurs stratégiques.

Manuel Valls s'est assuré samedi de la coopération avec les acteurs du secteur pétrolier, où quatre des cinq raffineries de Total en France étaient toujours à l'arrêt complet lundi matin et la cinquième en débit réduit.

Le deuxième axe est d'éviter une rupture totale avec la CGT et FO sans braquer les syndicats réformistes.

Le Premier ministre a ainsi repris langue samedi avec le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, à qui il a téléphoné, ainsi qu'aux numéros un de FO, de la CFDT, de la CFTC, de la CFE-CGC et de l'Unsa.

Selon son entourage et certains de ses interlocuteurs, il a tenu le même langage qu'en public mais le geste a été salué dimanche comme un "bon signe" par Philippe Martinez, avec qui, dit-on à Matignon, il partage la crainte d'un incident grave.

Le secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly, qui n'a jamais rompu les ponts avec le gouvernement, n'en dénonçait pas moins lundi "l'entêtement gouvernemental" dans un éditorial à FO Hebdo, en appelant à l'amplification du mouvement.

Le troisième axe est celui de la recherche d'accords catégoriels comme à la SNCF pour diviser le front syndical tout en permettant aux dirigeants de la CGT et de FO de sauver la face. Pour le moment, cette piste montre cependant ses limites.

L'Unsa ferroviaire, deuxième syndicat de la SNCF, a décidé lundi de maintenir son préavis de grève, a dit à Reuters son secrétaire général, Marc Baucher. Elle se joindra ainsi à la CGT et à Sud-Rail, qui ont déposé des préavis de grève illimitée à partir de mardi soir. Seule la CFDT a levé le sien.

(Avec Ingrid Melander et Jean-Baptiste Vey, édité par Yves Clarisse)


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