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Le gouvernement dénonce un Nicolas Sarkozy "berlusconien"

Reuters21/03/2014 à 14:18

LA TRIBUNE DE NICOLAS SARKOZY VIVEMENT CRITIQUÉE PAR LE GOUVERNEMENT

PARIS (Reuters) - "Coup d'Etat verbal", "lutte berlusconienne", "manière de malfrat" : le gouvernement a sorti vendredi l'artillerie lourde contre Nicolas Sarkozy, qui a comparé les écoutes judiciaires dont il a fait l'objet aux pratiques de la Stasi.

L'ancien président a publié dans le Figaro une tribune où il dénonce une "violence inédite" et une "absence de scrupules sans précédent" de la part de l'exécutif, semant le trouble dans la classe politique à l'avant-veille des élections municipales.

Mais c'est surtout la comparaison qu'il établit entre ces écoutes, qui ont poussé la justice à ouvrir une information judiciaire pour "trafic d'influence" afin de déterminer s'il a tenté de peser sur le cours de la justice, et les méthodes de la police politique de l'ex-RDA qui a fait bondir les socialistes.

Après le Premier ministre Jean-Marc Ayrault et le président François Hollande, qui ont jugé "insupportable" de faire le lien entre une dictature et un Etat démocratique, plusieurs ministres et responsables socialistes ont encore haussé le ton vendredi.

"C'est du Berlusconi à quoi nous assistons, c'est-à-dire de la grande gueule contre les institutions", a déclaré Michel Sapin sur i>TELE. "Jeter l'opprobre contre une décision de justice, c'est une manière de malfrat, ce n'est pas une manière d'ancien président de la République."

Le ministre du Travail a estimé que la comparaison avec la Stasi s'apparentait à un "coup d'état verbal".

L'ancien président du Conseil italien, dont la carrière politique a pris fin l'an dernier avec deux condamnations définitives, avait pour habitude de fustiger les juges "rouges" qui, selon lui, voulaient sa mort publique.

"PRÉTENDU COMPLOT DES JUGES"

Le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg a lui aussi estimé que Nicolas Sarkozy s'était lancé dans une "lutte d'inspiration berlusconienne" contre les magistrats, rappelant qu'il s'en était également pris au Conseil constitutionnel qui a annulé ses comptes de campagne de 2012.

"Lorsqu'il engage le bras de fer avec les magistrats comme l'a fait M. Silvio Berlusconi, nous savons qu'il finira par perdre (...), parce que M. Berlusconi pendant toute sa carrière a commis des infractions, il a été condamné, les magistrats ont fait appliquer la loi de façon indépendante", a dit Arnaud Montebourg sur France Inter.

"C'est une lutte berlusconienne parce qu'il a fait croire à l'opinion publique qu'il était victime d'acharnement, mais il n'y a nul acharnement, c'est l'application de la loi."

Le président de l'Assemblée nationale Claude Bartolone a souligné sur BFM TV le fait que Silvio Berlusconi avait été le "seul chef d'Etat européen" à tenter de faire pression sur la justice de son pays avant Nicolas Sarkozy.

Dans son texte, l'ancien chef de l'Etat, qui dit avoir subi quatre perquisitions ayant mobilisé trois juges et 14 policiers, se dit totalement innocent dans tous les dossiers judiciaires le visant, dénonçant la "prétendue affaire Karachi" ou le supposé financement de sa campagne de 2007 par Mouammar Kadhafi.

COPÉ DONNE RAISON À SARKOZY

Le président de l'UMP, Jean-François Copé, a justifié la charge portée dans la tribune et estimé qu'il fallait sanctionner le gouvernement à l'occasion des élections municipales dont le premier tour aura lieu dimanche.

"Il était indispensable que Nicolas Sarkozy réponde comme il l'a fait alors qu'il était l'objet d'attaques incessantes", a-t-il dit à la presse. "Je vois la manière dont réagit ce gouvernement qui une nouvelle fois fait la démonstration qu'il a bien cherché à instrumentaliser cette affaire."

Mais de nombreux magistrats ont aussi réagi pour démentir toute instrumentalisation politique de leur action, refusant toutefois de s'engouffrer dans une querelle politique.

Dans un communiqué, l'Union syndicale des magistrats, majoritaire, a dit refuser de répondre à la tribune, "considérant que toute polémique ne pourrait qu'accréditer dans l'opinion publique l'idée d'un prétendu complot des juges."

"L'USM exhorte chacun à laisser la justice poursuivre les enquêtes en cours dans la sérénité, hors de toute pression, tentative de déstabilisation ou instrumentalisation."

Le Syndicat de la magistrature, classé à gauche et directement visé par Nicolas Sarkozy, dénonce quant à lui "la violence inédite avec laquelle un ancien chef d'Etat s'attaque aux institutions."

Fait rare, la présidente du tribunal de grande instance de Paris s'est également exprimée.

Dans un court texte, elle rappelle vendredi que "les juges d'instruction, statutairement indépendants, instruisent à charge et à décharge et que leurs décisions sont soumises au contrôle des juridictions supérieures". Elle ajoute souhaiter qu'ils puissent travailler "en toute sérénité."

(Marion Douet et Chine Labbé, avec Yann Le Guernigou, édité par Yves Clarisse)

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