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Le gaz de la discorde

Commodesk12/03/2013 à 10:33

La révolution énergétique vécue par les Etats-Unis depuis une dizaine d'années n'atteindra pas l'Europe dans un avenir proche. Les membres de l'Union européenne sont en effet très divisés sur la question de l'exploitation des ressources énergétiques non conventionnelles.

En novembre 2012, le Parlement européen, invité à se prononcer sur le développement du gaz de schiste, fût incapable de voter un texte contraignant. Au final, les deux résolutions adoptées à Strasbourg ne font qu'appeler les Etats membres à la prudence dans ce secteur, du fait des contraintes environnementales.

Un texte incitant à explorer ou exploiter les réserves de schiste n'aurait probablement pas obtenu de majorité, du fait de l'opposition de nombreux parlementaires, tandis que des règles contraignantes se seraient heurtées aux intérêts des Etats ayant déjà débuté les opérations. Les risques liés à l'exploitation des réserves de gaz de schiste ne sont en effet pas appréhendés de la même façon dans toute l'Europe.

La Pologne en pôle position

C'est en Pologne que le développement de ces ressources est le plus avancé. Ce pays compte sur ses importantes réserves pour se défaire de la tutelle de la Russie, son grand voisin et rival historique. Les réserves du pays, certes revues significativement à la baisse au printemps 2012, sont aujourd'hui évaluées à 1.920 milliards de mètres cubes, une quantité considérable qui correspond à un siècle de sa consommation actuelle.

Plus de 110 licences d'explorations ont déjà été accordées sur l'ensemble du territoire. Les forages permettront de réévaluer avec précision le potentiel gazier de la Pologne. En attendant, Varsovie prépare déjà la construction d'infrastructures gazières, comme des terminaux GNL sur la mer Baltique, ou l'inversion des flux de gazoducs reliant le pays à l'Europe centrale.

Le départ en juin 2012 de l'américain Exxon Mobil, déçu par le faible rendement des licences d'explorations qu'il avait obtenu en Pologne, pourrait constituer un motif d'inquiétude. Les autorités restent cependant confiantes, estimant qu'il ne s'agit que d'un cas isolé.

Le « modèle polonais » fait des émules

L'Ukraine, pays clé dans l'approvisionnement gazier de l'Union européenne et détenteur des troisièmes réserves de gaz de schiste du Vieux continent, semble également suivre la voie de la Pologne. Les autorités de Kiev ont signé en 2012 plusieurs contrats d'exploration pour le gisement géant de Yuzivska, situé dans l'est du pays. Malgré les craintes d'une partie de l'opposition, des accords ont déjà été paraphés, notamment avec l'anglo-néerlandais Shell.

Le Royaume-Uni se prépare également à explorer ses réserves, malgré les protestations de plus en plus vives de la part de collectifs de riverains. Les forages menés près de Blackpool par la compagnie Cuadrilla avaient été interrompus en 2011, suite à la découverte d'une augmentation de l'activité sismique.

Mais le gouvernement britannique a finalement levé en décembre dernier le moratoire sur la fracturation hydraulique, après avoir légèrement renforcé la réglementation en matière de sécurité et d'environnement. Les réserves prouvées sont cependant plus faibles outre-Manche, à 255 milliards de mètres cubes, selon le département américain de l'Energie.

Il est important de souligner que concernant le gaz de schiste, la quantité effectivement exploitable est généralement largement inférieure à celle indiquée lors des premières estimations de réserves. Du fait de la complexité de la géologie, des réservoirs entiers sont en effet parfois inatteignables. Ce n'est que lors de la mise en production que les compagnies connaissent précisément le potentiel de production. 

Enfin, les ministres allemands de l'Economie et de l'Environnement, après plusieurs semaines de débats, sont parvenus le 26 février à un accord ouvrant la porte aux premières explorations, tout en imposant des conditions drastiques. Les compagnies devront répondre à un cahier des charges très précis, et ne seront pas autorisées à opérer à proximité des réserves d'eau potable.

Ceux qui s'inquiètent des conséquences environnementales

D'autres pays européens se montrent en revanche sceptiques quant au développement du gaz de schiste. En premier lieu la France, qui possèderait dans son sous-sol des quantités de gaz comparables à celles de la Pologne. La fracturation hydraulique, seule technique connue à ce jour pour explorer et exploiter ces réserves, y est interdite depuis juillet 2011, pour des raisons environnementales. Le président François Hollande, élu en 2012, a confirmé que le pays ne reviendrait pas sur cette disposition.

La France ne ferme en revanche pas la porte à l'exploitation du gaz de schiste en cas de découverte d'une technique plus propre. Les compagnies pétrolières, qui constatent une hostilité grandissante des populations envers la fracturation hydraulique, tentent de mettre au point de nouvelles techniques. Plusieurs d'entre elles, comme la fracturation pneumatique (avec de l'air comprimé), ou encore l'utilisation de propane, sont actuellement à l'étude.

De la même façon, la Bulgarie a imposé un moratoire sur la fracturation hydraulique en janvier 2012, et rien ne semble indiquer qu'elle le lèvera à court terme. En attendant les résultats d'études environnementales, les permis précédemment accordés à l'américain Chevron ont été abrogés.

Sur la question du gaz de schiste, l'Europe, loin d'adopter une politique énergétique commune, avance en ordre très dispersé. A l'image de la Bulgarie avec Nabucco, elle compte avant tout sur la construction d'un réseau de gazoducs depuis l'Asie centrale, pour limiter sa dépendance à l'égard du gaz russe.

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