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Le FN veut briser le plafond de verre du second tour

Reuters05/02/2016 à 09:52

SÉMINAIRE DU FRONT NATIONAL À HUIS CLOS CE WEEK-END

par Gérard Bon

PARIS (Reuters) - Comment transformer au second tour les victoires du premier, en particulier à l'élection présidentielle de 2017, après l'échec du Front national à gagner des départements ou des régions en 2015 et trouver un accord sur l'euro, sujet qui divise le mouvement ?

C'est la question à laquelle s'efforceront de répondre les cadres du Front national lors d'un séminaire à huis clos convoqué par Marine Le Pen ce week-end dans l'Essonne, près de Paris, pour envisager une réforme du programme du parti.

Participeront à ce remue-méninges des membres du bureau politique, des parlementaires, et quelques maires emblématiques, y compris celui de Béziers Robert Ménard, élu avec le soutien du parti d'extrême droite mais sans en être membre.

Officiellement, tous les éléments sont sur la table : éventuel changement de nom du FN, lancement dans tout le pays de Comités Bleu Marine, infléchissement du programme économique, notamment sur l'euro, démocratisation interne, etc.

Les responsables du parti sont divisés entre la ligne souverainiste du vice-président, Florian Philippot, et les tenants d'un virage économique plus libéral.

Mais bien que la sortie de l'euro soit l'un des éléments qui rebutent l'électorat âgé, celui qui fait le plus défaut jusqu'à présent au FN, Marine Le Pen n'entend pas à ce jour y renoncer, assure Florian Philippot.

"La position du FN est celle défendue et exprimée par Marine Le Pen, de manière constante, à savoir la fin de l'euro et l'introduction de monnaies nationales", dit-il à Reuters.

"Le FN est un parti souverainiste. La souveraineté n'est pas à la carte, on n'est pas souverainiste sur un point et pas sur un autre", ajoute-t-il.

"LA FRANCE APAISÉE"

Pour Florian Philippot, la question n'est donc pas de savoir si on est pour ou contre l'euro mais "comment expliquer à ceux qui n'ont pas saisi cet aspect en quoi ils ont intérêt à une monnaie nationale plus adaptée à leurs besoins".

Robert Ménard considère pourtant que "la sortie de l'euro est une mauvaise idée". "Si le FN veut gagner, il faut qu'il change", a-t-il dit récemment sur France Info, estimant que le parti devait aussi changer de nom et devenir plus démocratique.

Selon Gilbert Collard, député du Rassemblement Bleu Marine, "de plus en plus de personnes en interne sont sur cette ligne".

"Je préfèrerais que l'on garde l'euro et que nous nous attachions à construire une Europe différente", dit-il au Parisien paru mercredi.

"Il y aura cependant des infléchissement du programme économique qui sont déjà actés", assure à Reuters l'un des artisans du programme du FN.

La question d'un éventuel changement de nom n'est pas pressante car Marine Le Pen fera campagne sur son propre nom dans le cadre d'un "lien direct" avec les Français, dans l'esprit de la Ve République.

Le label "Bleu Marine" créé lors de la campagne de 2012 pour faciliter les ralliements hors parti, qui a déjà été largement utilisé lors des départementales et régionales, devrait de plus en plus estomper l'étiquette FN.

Porté par de bons sondages, Nicolas Dupont-Aignan, le président de Debout la France, vise la présidentielle et a refusé jusqu'à présent la main tendue par les dirigeants du FN.

Faute d'alliés de poids jusqu'à présent, le parti frontiste doit donc trouver par lui-même le moyen d'élargir sa base électorale.

Pour son secrétaire général, Nicolas Bay, un score supérieur à 32% au premier tour permettrait peut-être de franchir le fameux "plafond de verre" auquel se heurte le FN s'il est suivi d'une bonne dynamique de second tour.

Or, tous les dirigeants considèrent que le parti souffre encore d'une forte diabolisation, certains attribuant l'échec du second tour des régionales aux propos du Premier ministre Manuel Valls évoquant une "guerre civile" en cas de victoire frontiste.

"On est pris au piège d'un travail de propagande, il faut désamorcer cette diabolisation", assure Gilbert Collard.

L'objectif sera donc de se livrer à un intense travail de pédagogie dans le fil du "N'ayez pas peur" lancé par Marine Le Pen à la fin de la campagne des régionales.

Pour "rassurer", le FN a d'ores et déjà trouvé un nouveau slogan, "La France apaisée", figurant sur les nouvelles affiches du parti avec le visage de Marine Le Pen sur fond champêtre.

(Edité par Yves Clarisse)

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