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Le FN grand vainqueur des élections européennes, le PS sombre

Reuters26/05/2014 à 03:09

LE FN ARRIVE EN TÊTE DES EUROPÉENNES

PARIS (Reuters) - Le Front national sort grand vainqueur en France des élections européennes avec 26% des voix, une percée historique qui relègue l'UMP à plus de cinq points (20,66%) et lamine le Parti socialiste au pouvoir, crédité de son pire score avec 13,88%, selon des résultats partiels.

Malgré une abstention notable (près de 57%), le "21 avril européen" redouté par la gauche au pouvoir et la droite républicaine est advenu, l'extrême droite s'imposant comme la première force politique en France et mettant fin au bipartisme.

Le 21 avril 2002, le candidat socialiste avait été éliminé au premier tour de la présidentielle, laissant le président sortant Jacques Chirac affronter Jean-Marie Le Pen.

"C'est un choc, un séisme", "un moment grave pour la France et pour l'Europe", a souligné le Premier ministre Manuel Valls.

A l'issue d'un scrutin considéré en France comme un "vote défouloir", le FN, pour la première fois vainqueur d'une échéance nationale et leader des partis d'extrême droite européens, fait plus que quadrupler son score de 2009 (6,34% et trois sièges).

Il glanerait de 22 à 25 sièges sur les 74 eurodéputés que la France envoie à Strasbourg. La présidente du parti, Marine Le Pen, a pour objectif de créer un groupe parlementaire avec les autres partis souverainistes et eurosceptiques européens.

Les règles européennes imposent un nombre minimal de 25 députés européens, issus d'au moins sept États membres, pour obtenir le statut de groupe politique.

Le vote français témoigne à la fois d'un climat de défiance aiguë envers l'exécutif et d'un euroscepticisme grandissant.

LE FN DEMANDE LA DISSOLUTION DE L'ASSEMBLÉE

"C'est une défaite pour l'UMPS, c'est une déroute", a déclaré Jean-Marie Le Pen qui reconquiert avec sa fille Marine, notamment, un siège au Parlement de Strasbourg.

La présidente du FN a demandé à François Hollande la dissolution de l'Assemblée nationale pour qu'elle soit "représentative du peuple et à même de mener la politique d'indépendance que le peuple a choisie ce soir".

L'UMP, qui entendait conforter son statut de première opposante en sortant première des urnes, est nettement devancée avec 20,66% des voix, selon des résultats du ministère de l'Intérieur portant sur 80% des suffrages. Première en 2009 où elle était associée au Nouveau Centre, elle avait obtenu 27,88% et 29 sièges.

Le verdict est rude pour son président Jean-François Copé, qui comptait rééditer le succès des municipales de mars pour conforter sa place à la tête de la formation de droite et échapper à la vindicte de ses pairs quant aux soupçons de malversations financières entachant son mandat.

Plusieurs responsables du mouvement, dont Alain Juppé et François Fillon, ont réclamé dès dimanche soir une refonte de l'UMP, "une gouvernance plus collective" et "une transparence" absolue sur les pratiques et la gestion du parti.

"C'est pour notre famille politique une grande déception, c'est aussi l'expression d'une gigantesque colère", a dit Jean-François Copé sur France 2. Il a dit prendre sa "part" de l'échec mais a appelé sa famille à "méditer la nécessité de se rassembler".

Le Parti socialiste est à terre avec 13,88% des voix. Pour leur premier test national depuis la fusion de l'UDI et du MoDem en novembre 2013, les centristes ne parviennent pas à atteindre la barre des 10% (9,7%).

Les écologistes obtiennent 8,75% (contre 16,28% en 2009) et le Front de gauche stagne à 6,23% (contre 6,48%).

"UNE TRAGÉDIE DÉMOCRATIQUE"

La ministre de l'Ecologie Ségolène Royal a parlé d'"un choc profond". "Ce soir, nous avons un gagnant et beaucoup de perdants" dont "l'image de la France et l'Europe elle-même", a commenté le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius. "C'est plus qu'un avertissement, c'est vraiment un séisme".

"C'est une tragédie démocratique", a déclaré Rama Yade, vice-présidente de l'UDI. "Une décomposition de la vie politique française", a jugé le président du MoDem, François Bayrou.

"La France est entrée en éruption volcanique", a affirmé pour sa part Jean-Luc Mélenchon, coprésident du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon. Le député socialiste Jean-Marc Germain, l'un des 41 "frondeurs" à avoir voté contre le plan d'économies de Manuel Valls, a écrit sur Twitter : "Le 25 mai est un 21 avril puissance 2".

"Si on ne change pas, on est assuré d'un désastre", a estimé Jean-Luc Mélenchon.

"Ce qui s'est passé aux municipales n'a pas été entendu et aujourd'hui, il se manifeste quelque chose de très fort, comme un malaise, une incompréhension", a réagi sur TF1 Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV).

Au-delà de la composition du prochain Parlement, ces élections auront indirectement pour enjeu la désignation du président de la Commission européenne, bras exécutif de l'UE.

Le candidat du Parti populaire européen (PPE, centre-droit), Jean-Claude Juncker, est en bonne position pour remplacer José Manuel Barroso si les dirigeants européens, qui se réunissent mardi soir à Bruxelles, respectent le verdict des urnes.

Selon une projection officielle, le Parti populaire européen dont il est la tête de liste remporterait 211 sièges sur 751, devant le PSE (193 sièges) et les libéraux (74), trois formations qui ont prévu de bâtir une alliance.

Le bloc eurosceptique aurait 129 députés, mais il est composé de forces très hétérogènes, dont l'Ukip, le parti de l'indépendance du Royaume-Uni, qui n'a pas l'intention de s'allier avec un Front national qu'il juge raciste.

François Hollande a dit qu'il respecterait les résultats des élections pour la désignation du président de la Commission mais la chancelière Angela Merkel et le Premier ministre britannique David Cameron veulent garder leur liberté de manoeuvre.

(Sophie Louet avec Service France, édité par Yves Clarisse)

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