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Le débat sur les retraites lancé sous l'oeil de Bruxelles

Reuters18/09/2013 à 18:55

COUP D'ENVOI DU DÉBAT SUR LA RÉFORME DES RETRAITES

par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - Le gouvernement français a donné mercredi en conseil des ministres le coup d'envoi d'un long débat sur la réforme des retraites, sous le regard sceptique des institutions européennes et internationales qui dénoncent un manque d'ambition.

L'Assemblée nationale doit entamer le 7 octobre le débat sur ce texte, qui prévoit un allongement de la durée de cotisation dans le secteur privé et la fonction publique à 43 ans à l'horizon 2035, ainsi qu'une hausse de 0,3 point en quatre ans des cotisations salariales et patronales dans tous les régimes.

Le projet de loi ne touche en revanche ni au calcul des pensions des fonctionnaires, ni aux régimes spéciaux, ni à l'âge légal, qui reste fixé à 62 ans.

La ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine, a défendu en conseil une "réforme de progrès et d'avenir".

"Je veux insister sur l'importance des mesures structurelles puisque désormais la durée de cotisation devient le critère principal de référence en tenant compte de la réalité des parcours professionnels", a-t-elle expliqué à la presse en insistant sur le comité de pilotage qui permettra de procéder aux ajustements nécessaires en fonction de l'espérance de vie.

Des choix jugés peu ambitieux par une partie de l'opposition de droite mais aussi en dehors des frontières, notamment à Bruxelles, où les comptes français sont regardés à la loupe, à l'heure où la Commission européenne a accordé deux ans de plus à France, jusqu'en 2015, pour ramener son déficit à 3% de son PIB.

Le président de l'exécutif européen, qui donnera son avis définitif lorsqu'elle aura toutes les données en main, José Manuel Barroso, a ainsi jugé qu'il n'aurait pas été "choquant" de reporter l'âge légal de départ à la retraite comme dans d'autres pays européens, citant le chiffre de 65 ans.

Même déception de la part du gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, et de l'économiste en chef du Fonds monétaire international, Olivier Blanchard.

Ce dernier aurait "préféré voir une augmentation plus rapide du nombre d'années de cotisation ou de l'âge de départ de la retraite, qui est l'un des plus bas d'Europe, et une rationalisation des régimes spéciaux".

CONCERTATION

Face à ces critiques, Marisol Touraine s'est dite optimiste quant aux chances de la France de convaincre ses partenaires de la valeur du texte.

"Nous avons trop souvent pris l'habitude dans notre pays de faire rimer réforme avec brutalité. Nous montrons que la concertation peut être plus forte et davantage porteuse de résultats que le passage en force et je suis certaine que Bruxelles y sera également sensible ", a-t-elle estimé.

Le projet gouvernemental a fait descendre des dizaines de milliers de personnes dans la rue le 10 septembre dernier, loin des manifestations géantes qui ont émaillé la dernière réforme engagée sous le précédent quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Côté syndicats, si Force ouvrière se montre très critique sur le projet, le dirigeant de la CGT, Thierry Lepaon, a admis qu'il constituait un progrès sur plusieurs points comme la prise en compte des années d'études et la pénibilité.

Mercredi, dans Le Parisien, le secrétaire général de la CFDT salue une réforme "équilibrée".

"Nous nous sommes battus pour limiter la casse", dit Laurent Berger, qui se félicite notamment de l'abandon de l'idée d'une hausse de la CSG et des mesures "de justice" accordées aux salariés les plus fragiles.

"A trop donner le sentiment que rien n'avance, on donne raison à ceux qui alimentent les peurs et veulent faire exploser nos valeurs", dit-il à l'adresse des syndicats plus critiques.

L'ancien ministre UMP du Budget, Eric Woerth, voit pour sa part dans cette réforme le symbole d'une politique économique qui fait fausse route.

"Il n'y a pas de réforme des retraites, il y a une augmentation généralisée des cotisations sociales, des charges sociales des entreprises et des ménages et une augmentation d'impôt pour les retraités", a-t-il déclaré sur France 2. "C'est une horreur pour l'économie française, c'est le contraire de ce qu'il faut faire".

Avec Yann Le Guernigou, édité par Yves Clarisse

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