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Le cinéma français à travers l'orage

Reuters06/01/2013 à 17:40

LE CINÉMA FRANÇAIS EN PLEINE TEMPÊTE

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - Au-delà de "l'affaire Depardieu" et de son retentissement politique, le débat sur le financement du cinéma français s'est rouvert brutalement au point que la ministre Aurélie Filippetti est intervenue pour défendre un système "juste et vertueux".

C'est le producteur Vincent Maraval, l'un des fondateurs de la société de distribution de films Wild Bunch, qui a déclenché la tempête en publiant dans Le Monde du 29 décembre une tribune mordante sous le titre "Les acteurs français sont trop payés!"

Il y dénonce notamment le mode de financement -unique au monde- du cinéma français qui selon lui "repose de plus en plus sur une économie subventionnée" et les cachets exorbitants de certaines têtes d'affiche, "riches de l'argent public".

"Dany Boon, par exemple, ce chantre de la France profonde qui vit à Los Angeles, obtient des sommes qui laissent un Gérard Depardieu sur le carreau, ratatiné. 3,5 millions d'euros pour 'Le Plan parfait', dont les entrées ne seront pas suffisantes pour payer son salaire! Un million pour quelques minutes dans Astérix", écrit-il.

"Le fameux système d'aide du cinéma français ne profite qu'à une minorité de parvenus. Mais jamais cela ne provoquera un scandale aussi retentissant que l'exil fiscal de Gérard Depardieu", ajoute-t-il.

La décision de Gérard Depardieu, l'un des acteurs français les mieux payés, de s'établir en Belgique pour des raisons fiscales, alors que le pouvoir socialiste a décidé d'une taxe de 75% sur les hauts revenus, ne cesse de faire des remous politiques et artistiques en France.

L'argumentaire de Vincent Maraval a secoué voire choqué la profession, où les questions d'argent sont généralement taboues alors que cinéastes et acteurs américains ne s'interdisent pas d'afficher leurs cachets.

"CE DÉBAT EST SAIN"

Certains, à l'instar de Michel Hazanavicius, réalisateur de "The Artist", film français "oscarisé" en 2012, souligne la nécessité de lancer la réflexion sur l'assainissement d'un "système opaque".

"Vincent Maraval est un punk, il s'exprime avec l'élégance d'un punk, mais il parle de problèmes réels", déclare-t-il dans une interview au Journal du Dimanche. "Ce débat est sain, il fallait sans doute créer un choc pour que l'on s'y intéresse".

D'autres, comme Serge Toubiana, directeur général de la Cinémathèque française, redoutent que "le coup de balai de Maraval" ne montre "du doigt tout le système de financement du cinéma français qui fonde son 'exception culturelle': l'obligation imposée aux chaînes publiques et privées de participer au financement des films".

"Comment, après un tel article, aller plaider la cause de l'exception culturelle devant la Commission de Bruxelles, toujours prompte à rabattre le cinéma sur une économie libérale dépourvue de tout système de protection et d'incitation?", écrit-il sur son blog.

Dany Boon, recordman du nombre d'entrées pour un film français avec "Bienvenue chez les Ch'tis" (2008, plus de 20 millions d'entrées), se dit "attristé" par les propos de Vincent Maraval qui donne selon lui des chiffres "complètement faux".

Dans Le Journal du Dimanche, l'acteur et réalisateur, qui s'apprête à tourner à la fin du mois son nouveau long métrage "Supercondriaque", affirme qu'il a touché 600.000 euros pour son rôle dans "Axtérix & Obélix: au service de sa Majesté" (2012, 3,7 millions d'entrées).

Il annonce qu'il touchera deux millions d'euros, et non pas dix comme le dit Vincent Maraval, pour "Supercondriaque".

Dany Boon souligne que ses réalisations n'ont jamais été financées par de l'argent public (elles sont coproduites par TF1) et que ses films "Bienvenue chez les Ch'tis" et "Rien à déclarer" (2010) ont rapporté 15 millions d'euros au Centre national du cinéma (CNC).

Le système de financement du cinéma français combine l'avance sur recettes, les aides régionales, aux obligations de financement des chaînes de télévision. Le CNC prélève 10,7% du prix de chaque billet d'entrée et redistribue cet argent en cofinançant des films, dont les films d'auteur en mal de budget.

La direction de la concurrence de la Commission européenne y voit une subvention indirecte aux industries techniques.

"LES GROS SALAIRES, ÇA SE RÈGLE PAR LA FISCALITÉ"

Le coût moyen de production d'un film français est élevé (5,4 millions d'euros) et nécessite un très grand nombre d'entrées en salles pour être amorti.

Le CNC, qui dispose de 700 millions d'euros de ressources, a noté en outre depuis quelques années une inflation des salaires des rôles principaux.

"Il y a un vrai problème en France. Certains acteurs sont trop payés, mais 99% sont très peu payés", témoigne le comédien François Berléand, qui a notamment joué dans "Les Choristes", dans Le Parisien-Aujourd'hui en France.

Réponse d'Eric Garandeau, président du CNC, sur France Inter: "En 2011, sur 135 films, on a seulement dix films où les cachets des acteurs dépassent le million d'euros. Ce n'est pas spectaculaire en nombre de films".

Dans une interview au Monde daté du 5 janvier, la ministre de la Culture et de la Communication, Aurélie Filippetti, considère que "les gros salaires, ça se règle par la fiscalité".

"Cela a toujours été un mode de régulation plus efficace que de fixer un plafond qu'on peut toujours contourner", dit-elle.

"Surprise par la violence de la charge" de Vincent Maraval, elle dit toutefois "comprendre que l'on s'interroge sur des cachets exorbitants" en période de crise mais craint que ce coup de colère n'"apporte de l'eau au moulin de ceux qui critiquent le cinéma français et son système de financement".

"Notre système ne repose pas sur des subventions inflationnistes, c'est un mécanisme fin, juste et vertueux qui génère plus d'argent qu'il n'en prélève sur la filière. Je veux maintenir cette logique", explique-t-elle.

La ministre se dit favorable à une table ronde avec la profession, notamment sur la question des cachets.

Sophie Louet


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