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La tenue en France d'un meeting turc fait polémique

Reuters12/03/2017 à 15:24
    * Meetings annulés en Allemagne, en Suisse et aux Pays-Bas 
    * Le Quai d'Orsay invoque la "liberté de réunion" 
    * Paris "rompt la solidarité européenne", dénonce Fillon 
    * EELV accuse le gouvernement d'être "complice" du 
"glissement autoritaire" d'Ankara 
    * Le FN juge "scandaleux" la tenue de discours 
communautaristes 
 
    PARIS, 12 mars (Reuters) - La décision des autorités 
françaises d'autoriser la tenue dimanche d'un meeting en faveur 
d'une réforme constitutionnelle en Turquie, en présence du chef 
de la diplomatie turque, a été vivement critiquée par 
l'opposition qui a dénoncé une "rupture de la solidarité 
européenne" et une "caution" apportée au régime de Recep Tayyip 
Erdogan.  
    Le ministre des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu s'est 
exprimé pendant une petite demi-heure en début d'après-midi au 
centre des congrès de Metz, à l'invitation de l'Union des 
démocrates turcs européens (UETD). 
    La veille, il avait été refoulé des Pays-Bas par les 
autorités néerlandaises qui avaient expliqué ne pas accepter que 
des ministres "turcs mènent publiquement des campagnes 
politiques aux Pays-Bas" et avaient invoqué un risque de 
"trouble à l'ordre public". 
    Les Pays-Bas, a-t-il accusé dimanche à Metz, sont "la 
capitale du fascisme". 
    Plusieurs meetings ont également été annulés dans plusieurs 
villes d'Allemagne - suscitant l'ire de Recep Tayyip Erdogan qui 
a accusé les autorités allemandes de "pratiques nazies" - mais 
également en Autriche, en Suède ou encore en Suisse.  
    Pour François Fillon, le gouvernement français "aurait 
dû empêcher la tenue du meeting de Metz".  
    "François Hollande rompt de manière flagrante la solidarité 
européenne alors qu'il est évident qu'une position commune 
aurait dû prévaloir pour gérer les demandes turques", estime 
dans un communiqué le candidat de la droite et du centre à 
l'élection présidentielle. "De plus, deux de nos plus proches 
alliés, l'Allemagne et les Pays-Bas, ont été publiquement 
insultés de façon inqualifiable par les dirigeants turcs." 
    "Cette affaire a été mal gérée de bout en bout par le 
gouvernement socialiste de François Hollande", poursuit-il. "Il 
est temps de dire clairement cette vérité" aux dirigeants turcs. 
      
     
    "COMPLICE IMPLICITE" 
    La réforme de la constitution turque, qui sera soumise à 
référendum le 16 avril, prévoit de renforcer les prérogatives du 
président, accusé par ses détracteurs de dérive autoritaire, 
notamment depuis le coup d'Etat manqué du 15 juillet 2016, qui a 
été suivi de l'arrestation de dizaines de milliers de personnes. 
    Pour Europe-Ecologie-Les Verts (EELV), l'accueil de ce 
meeting "rend la France témoin et caution du grave glissement 
autoritaire que connaît la Turquie actuellement". 
    "La responsabilité de la France et de l'Union européenne 
devrait être de soutenir les mouvements progressistes et de 
dénoncer sans cesse la dérive autoritaire du régime, et ce 
malgré la campagne lancée par le gouvernement turc au-delà de 
ses frontières et partout où vit la communauté turque en 
Europe", estime le parti dans un communiqué.  
    Le meeting "fait de la France un complice implicite de la 
dérive absolutiste que connaît la Turquie aujourd'hui, aux 
portes de l'Europe", ajoute-t-il.  
    Le Front national estime de son côté "scandaleux" 
d'autoriser la tenue de "discours communautaristes, qui ne sont 
pas compatibles avec les valeurs de notre République". 
    "Je crois qu'il faut être extrêmement vigilant à l'égard de 
ce genre de discours qui peuvent semer le trouble dans notre 
pays et la division", a dit le directeur de campagne de Marine 
Le Pen, David Rachline, sur BFM TV. "Le gouvernement néerlandais 
l'a bien compris, malheureusement nous sommes toujours en retard 
en France et nous n'arrivons pas à réagir."     
    Face à ces critiques, le chef de la diplomatie française 
Jean-Marc Ayrault a défendu la décision du Quai d'Orsay 
d'autoriser le meeting, organisé "dans une espace fermé" et 
relevant "du régime de la liberté de réunion".  
    "La France est un Etat de droit qui tient compte des 
circonstances", a souligné le ministre des Affaires étrangères 
dans un communiqué. "En l'occurrence, en l'absence de menace 
avérée à l'ordre public, il n'y avait pas de raison d'interdire 
cette réunion qui, au demeurant, ne présentait aucune 
possibilité d'ingérence dans la vie politique française." 
 
 (Marine Pennetier, édité par Henri-Pierre André) 
 

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