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La Russie s'invite dans le débat des législatives en Finlande

Reuters16/04/2015 à 12:49

par Jussi Rosendahl et Alistair Scrutton HELSINKI, 16 avril (Reuters) - A trois jours des élections législatives de dimanche en Finlande, les débats font apparaître une ligne de fracture au sein de la classe politique qui se divise sur l'attitude à adopter face au comportement de la Russie. Si certains, comme le centriste Juha Sipilä, favori des sondages, privilégient la neutralité militaire, d'autres, à l'image du Premier ministre conservateur sortant Alexander Stubb, plaident en faveur d'un rapprochement avec l'Organisation de l'Atlantique Nord. Dans les derniers sondages, le Parti du centre de Sipilä tient la corde, avec 23% environ des intentions de vote. La Coalition nationale, formation conservatrice de Stubb, et le Parti social-démocrate, tous deux alliés au sein de la coalition sortante, sont donnés chacun à 17% environ. Le parti eurosceptique des Finlandais (ex-Vrais Finlandais) les talonne à 16%. La campagne électorale a surtout tourné autour de l'économie - la Finlande a traversé trois années de récession. Mais la question du rapport à la Russie est très présente. Le débat a d'ailleurs pris un tour régional la semaine dernière avec la publication d'un texte au ton inhabituellement virulent cosigné par la Suède, la Norvège, la Finlande, le Danemark et l'Islande, justifiant l'approfondissement de leur coopération en matière de défense par l'existence d'un "défi russe". Ce texte a provoqué de vives critiques au sein de la classe politique finlandaise, jusqu'au président de la République Sauli Niinistö. "Brosser le tableau d'une coopération nordique rendue nécessaire par la menace russe n'est pas justifiable", a-t-il dit. Ce communiqué, publié dans un quotidien norvégien, reflète l'exaspération des pays nordiques vis-à-vis de la Russie qui, selon eux, a violé à de multiples reprises leur espace aérien, tout en se rendant suspecte d'activités d'espionnage et en procédant à des exercices militaires aux frontières de l'Europe. Moscou a réagi en jugeant "particulièrement inquiétantes" les démarches de la Finlande et de la Suède pour se rapprocher de l'Otan. MENACE RUSSE "Le lien entre la coopération nordique en matière de défense et la menace russe est tout à fait inédit", souligne Anna Wieslander, directrice-adjointe de l'Institut suédois pour les affaires internationales. "Il est clairement énoncé: 'c'est nous contre la Russie'." Après deux guerres contre l'Union soviétique, l'une en 1939 et l'autre en 1944, la Finlande s'est efforcée de ne pas froisser son puissant voisin, en s'imposant notamment une stricte neutralité. Mais avec son adhésion à l'Union européenne en 1995 puis l'adoption de l'euro en 1999, Helsinki s'est progressivement rapproché de l'Ouest, même si, comme la Suède, le pays n'est pas membre de l'Otan. Les sondages montrent qu'une majorité de Finlandais est opposée à une entrée dans l'Otan, mais cette proportion semble décliner peu à peu. "La Finlande a évolué depuis cette génération politique chez qui la volonté de ne pas offenser la Russie était profondément enracinée", explique Keir Giles, spécialiste de la Russie du cercle de réflexion Chatham House. "Ce qui polarise désormais le débat, c'est cette volonté nouvelle d'appeler les choses par leur nom au plus haut niveau de l'Etat." Ces préoccupations ont récemment trouvé une illustration lorsque le ministre de la Défense Carl Haglund a dénoncé la hausse des investissements russes à proximité de sites militaires. Pour certains Finlandais, le durcissement des relations diplomatique avec Moscou est mal vécu, notamment par ceux qui vivent de leurs relations avec la Russie. La crise du rouble, qui s'est traduite par une baisse de 13% du tourisme russe et une diminution de 14% des exportations vers la Russie, est venue rappeler à quel point le destin des Finlandais est lié à celui des Russes. (Nicolas Delame pour le service français, édité par Henri-Pierre André)


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