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La "reprise" de François Hollande à l'épreuve de la réalité

Reuters19/07/2013 à 20:07

FRANÇOIS HOLLANDE ÉBAUCHE SA VISION DE LA FRANCE DANS DIX ANS

par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - Frémissement, embellie temporaire ou relance durable, les propos de François Hollande sur la "reprise" de l'économie française se heurtent à un scepticisme que le président combat par un volontarisme qualifié de méthode Coué par ses adversaires.

Lors d'un dîner avec une centaine de journalistes jeudi soir à Paris, le chef de l'Etat s'est justifié sur ce terme utilisé lors de l'interview du 14-Juillet, qui a étonné certains économistes et fait bondir la droite.

A la question d'un journaliste allemand lui demandant s'il croyait en ce qu'il disait, le président a d'abord dit sa foi en une parole publique souvent décriée.

"Les responsables politiques croient à ce qu'ils disent, c'est une erreur de se dire qu'ils mentent" a-t-il souligné. "Ils peuvent se tromper, se mentir à eux-mêmes mais je crois à la sincérité de la parole politique."

Le président a laissé parler les chiffres, glissant au passage que son annonce, fin 2012, de la fin de la crise de la zone euro s'est révélée exacte.

"Les deux prochains trimestres seront à zéro ou légèrement au-dessus de zéro", a-t-il rappelé, ajoutant aussitôt : "La croissance ne reviendra cependant pas véritablement avant 2014".

Il a cité les élections allemandes, en septembre, comme facteur de soutien de la demande intérieure "qui n'auront d'effet qu'au début de 2014" de même que les mesures prises en France pour encourager l'investissement ou amplifier la baisse des taux d'intérêt pour les entreprises.

Si l'amélioration évoquée par le président a bien été constatée par les économistes, peu s'aventurent à parler de relance claire et nette.

NOYER PRUDENT

Le consensus Reuters du 11 juillet montre une accélération légère et progressive du PIB prévue sur les prochains trimestres par la vingtaine d'économistes interrogés.

D'autres indicateurs ou prévisions du PIB, de la Banque de France notamment, arrivent à la même conclusion.

D'où la prudence du président de la Banque de France, Christian Noyer. Prié de dire si le pays pourrait échapper à une récession cette année, il a répondu : "Ça n'est pas certain parce qu'on a commencé l'année avec un acquis négatif."

"Mais ça n'est pas important, ce qui est important c'est de voir le profil des trimestres, si les choses s'améliorent de trimestre en trimestre et si on finit l'année en croissance positive, ça c'est important", a-t-il ajouté.

La production industrielle a reculé de 0,4% en mai après une hausse de 2,2% en avril. La consommation des ménages a quant à elle augmenté de 0,5% en mai après une baisse équivalente le mois précédent. François Hollande avait justifié son optimisme par ces indicateurs de la santé de l'économie.

Après deux ans de hausse continue jusqu'à atteindre un chiffre record, le nombre de chômeurs s'est stabilisé en mai.

François Hollande croit toujours à l'inversion de la courbe à la fin de l'année, grâce à un regain de croissance prenant le relais des emplois aidés.

"Je pense qu'avec un peu moins de 2% de croissance, on peut stabiliser voire faire baisser le chômage, ça dépend comment on l'accompagne et quelle est la productivité de l'économie française", a-t-il expliqué. "Donc j'ai dit ce que je pensais devoir arriver et puis je prend mon risque. Nous verrons bien ce qu'il adviendra dans les prochains trimestres".

"MÉTHODE COUÉ"

Sa conclusion sur ce thème fut plus personnelle, sur le ton de la boutade : "Le fait que personne n'y croit est une chance : ou ça se passe et on aura surpris, ou ça ne se passe pas et je dirai 'vous avez eu raison'", a-t-il prédit face à une presse parfois très sceptique sur ses prédictions.

Des propos peu susceptibles de plaire à une droite déchaînée contre un président jugé trop confiant pour être sérieux.

"Vous la voyez, vous, la reprise ?", a ironisé l'ancien conseiller du président Nicolas Sarkozy, Henri Guaino.

Pour Luc Chatel, vice-président de l'UMP, "on peut être optimiste. Mais être à ce point dans le déni et la méthode Coué de manière aussi béate, il y a un cap".

A ses yeux, la récente dégradation de note de la France par l'agence Fitch est la preuve de l'aveuglement présidentiel.

Malgré son volontarisme, François Hollande reste le président le plus impopulaire de la Ve république à ce stade de son mandat.

Alors que le délicat dossier des retraites rythmera la rentrée, à l'heure où les sifflets et huées de Français mécontents - pas seulement les opposants au "mariage pour tous" - commencent à polluer les bains de foule présidentiels, le chef de l'Etat a été interrogé sur le thème du doute.

"Personne n'est indifférent aux états de l'opinion. Ce n'est pas un but en soi mais en même temps, il n'y aura de rebond possible que s'il y a des résultats", a-t-il dit. "Le seul moyen de retrouver la confiance c'est de retrouver la croissance".

"Je ne suis pas indifférent, j'essaie d'être intelligent, ce qui est plus prétentieux encore".

Avec Emmanuel Jarry et Jean-Baptiste Vey, édité par Yves Clarisse

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