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La proportionnelle proposée par Sarkozy ne fait pas recette

Reuters20/02/2012 à 19:17

LA PROPORTIONNELLE PROPOSÉE PAR NICOLAS SARKOZY NE FAIT PAS RECETTE

PARIS (Reuters) - La proposition de Nicolas Sarkozy d'instaurer une dose de proportionnelle aux élections législatives afin de permettre à tous les courants politiques d'être représentés est vue comme une manoeuvre politique par tous ses rivaux.

Sous la Ve République, une seule élection législative s'est tenue à la proportionnelle intégrale, en 1986, ce qui avait permis l'élection d'une trentaine de députés du Front national, dont Jean-Marie Le Pen. Le scrutin actuel est majoritaire, uninominal, à deux tours, ce qui élimine de facto presque tous les partis petits et moyens de l'Assemblée.

En se prononçant dimanche pour l'introduction d'une dose limitée de proportionnelle lors d'un meeting à Marseille, Nicolas Sarkozy a relancé une proposition de sa campagne de 2007, restée lettre morte, malgré un rapport sur la réforme de la Constitution en 2008 qui la reformulait.

Selon le Parisien, Nicolas Sarkozy envisagerait de faire élire ainsi 10% des députés, le reste demeurant élu par circonscriptions au scrutin majoritaire. Une telle réforme est cependant impossible à faire d'ici le prochain vote de juin.

Ce type de panachage existe dans d'autres pays. En France, le mode de scrutin des élections municipales attribue une part des sièges des conseils municipaux à la proportionnelle pour permettre la représentation des minorités.

En effet, le scrutin majoritaire enlève quasiment toute possibilité de représentation significative à l'Assemblée à un parti dont l'audience est limitée, surtout s'il n'a aucune alliance avec un grand parti.

C'est ainsi que le FN n'a aucun élu actuellement et que les écologistes, qui ne sont qu'une poignée, n'ont pas de groupe parlementaire propre. Le parti du Nouveau Centre n'a pu avoir un groupe qu'au prix d'un accord avec l'UMP dont il proche.

LE PS PARLE "D'ORAL DE RATTRAPAGE" POUR SARKOZY

Potentiel bénéficiaire d'une réforme, le parti centriste opposé à Nicolas Sarkozy, le MoDem, a pourtant repoussé la proposition de Nicolas Sarkozy.

"C'est du baratin. Cela fait trente ans dans ce pays que les socialistes un jour et l'UMP un autre disent à la veille des élections, 'on va mettre une dose de proportionnelle à l'Assemblée' parce qu'ils pensent qu'ils pourront acheter ainsi les uns et les autres", a dit Marielle de Sarnez, bras droit du candidat François Bayrou et vice-présidente du MoDem, lundi sur France Inter.

La candidate du Front national Marine Le Pen avait rejeté dès dimanche soir l'idée, rappelant sur i>TELE que la proposition avait déjà été faite par Nicolas Sarkozy en 2007. "Je remercie Nicolas Sarkozy, je viens de perdre cinq ans d'un coup d'un seul", avait-elle dit.

La proposition du candidat-président prend à contre-pied son parti, l'UMP, dont le secrétaire général Jean-François Copé est hostile à toute évolution.

Cette réforme a de plus conservé du précédent de 1986-1988 un parfum de manoeuvre, puisque la droite avait alors accusé François Mitterrand de l'avoir favorisée pour limiter l'ampleur de la défaite annoncée de la gauche aux législatives.

Le débat est toutefois ouvert puisque le candidat socialiste, François Hollande, propose lui aussi "une part de proportionnelle à l'Assemblée nationale", sans autres précisions.

Bernard Cazeneuve , porte-parole de François Hollande, a souligné lundi que Nicolas Sarkozy, abandonnant sa promesse de 2007, avait de plus laissé s'opérer un redécoupage des circonscriptions législatives, dans des conditions critiquées.

Il dit donc s'étonner de voir resurgir aujourd'hui la proportionnelle. "Sur ce sujet comme sur le reste, Nicolas Sarkozy s'offre un oral de rattrapage car il a manqué l'examen principal. Les Français ne seront pas dupes", a-t-il dit à Reuters.

La candidate écologiste Eva Joly repousse aussi l'idée. "Il l'avait déjà promise en 2007, il ne l'a pas fait et l'a supprimé là où ça existait pour les élections régionales. Ce n'est pas sérieux", a-t-elle dit lors d'une conférence de presse.

Thierry Lévêque, avec Marine Pennetier, édité par Patrick Vignal


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