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La planète politique réunie en hommage à Nelson Mandela

Reuters 10/12/2013 à 18:13

HOMMAGE À NELSON MANDELA AU SOCCER CITY STADIUM

par Stella Mapenzauswa et Steve Holland

JOHANNESBURG (Reuters) - Plusieurs dizaines de dirigeants du monde entier, de l'Américain Barack Obama au Cubain Raul Castro, ont rendu mardi un dernier hommage à Nelson Mandela en saluant les capacités de rassembleur du héros de la lutte anti-apartheid.

Malgré une pluie diluvienne, des dizaines de milliers de Sud-Africains, célèbres ou anonymes, ont participé au service funéraire au Soccer City Stadium de Johannesburg, point d'orgue d'une semaine de cérémonies d'hommage au père de la "nation arc-en-ciel", mort jeudi dernier à l'âge de 95 ans.

C'est dans ce stade qu'en 1990, "Madiba", fraîchement libéré des geôles de l'apartheid au terme de vingt-sept ans de détention, avait été acclamé par la foule de ses partisans. Là aussi qu'il avait fait sa dernière apparition en public, en 2010, avant la finale de la Coupe du monde de football.

L'enceinte de 95.000 places n'avait malgré tout pas fait le plein, mais la foule a réagi bruyamment à l'apparition de certains dirigeants, acclamant Barack Obama ou le président du Zimbabwe, Robert Mugabe, huant en revanche l'actuel président sud-africain, Jacob Zuma, éclaboussé par des scandales de corruption et de violence policière à répétition.

L'un des symboles de cette journée placée sous le signe de l'oecuménisme et de la réconciliation a été la poignée de main échangée entre le président américain et le dirigeant cubain Raul Castro, geste remarqué entre les chefs d'Etat de deux pays en froid depuis plus d'un demi-siècle.

Premier président noir des Etats-Unis, comme Nelson Mandela le fut en Afrique du Sud en 1994, Barack Obama a salué dans son discours un "géant de la justice".

Et il a critiqué, sans les nommer, les dirigeants qui se disent solidaires de son combat pour la liberté mais ne tolèrent pas la moindre critique de la part de leur propre peuple.

"Beaucoup trop d'entre nous font volontiers leur l'héritage de Madiba en matière de réconciliation raciale, mais résistent corps et âme aux réformes même modestes qui permettraient de lutte contre la pauvreté chronique et l'inégalité croissante", a dit le président américain.

"Il y a trop de dirigeants qui se disent solidaires du combat de Madiba pour la liberté mais ne tolèrent pas la moindre opposition au sein de leur propre peuple", a-t-il ajouté.

UN "BAOBAB AUX RACINES PROFONDES"

En cette Journée internationale des droits de l'homme, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a assuré que tel un "baobab aux racines profondes", l'héritage de Nelson Mandela survivrait à sa disparition.

"Il a été davantage qu'un des plus grands dirigeants de notre époque. Il a été l'un de ceux qui nous a le plus appris", a-t-il déclaré.

Dans la tribune officielle, dirigeants venus du monde entier ou stars du show-biz, comme les chanteurs Bono et Peter Gabriel, l'actrice Charlize Theron ou le mannequin Naomi Campbell, ont écouté religieusement les discours, sans exprimer pour la plupart d'émotion particulière.

Le président français François Hollande était assis à côté de son prédécesseur immédiat, Nicolas Sarkozy, bien que les deux hommes n'aient pas voyagé dans le même avion pour se rendre à Johannesburg.

Barack Obama était pour sa part entouré de George W. Bush et de Bill Clinton, qui avait lui-même serré la main du Cubain Fidel Castro en 2000 aux Nations unies.

Une autre poignée de main historique, celle que le président américain aurait pu donner à Hassan Rohani, n'a en revanche pas eu lieu, le président iranien ne s'étant pas rendu en Afrique du Sud, où il était pourtant annoncé.

Dans les tribunes, l'ambiance ressemblait davantage à celle d'un match de football qu'à un service funéraire.

Brandissant des drapeaux aux couleurs de la nation "arc-en-ciel", les participants ont soufflé dans des "vuvuzelas", les célèbres trompettes en plastique sud-africaines, dansé et repris en choeur des chansons de la lutte anti-apartheid.

"IL RAPPROCHE LES GENS"

"J'étais là en 1990 quand Mandela a été libéré et je suis là à nouveau pour lui dire au revoir", a déclaré Beauty Pule, 51 ans. "Je suis sûre que Mandela était fier de l'Afrique du Sud qu'il a contribué à créer. Elle n'est pas parfaite, mais personne n'est parfait et nous avons fait de grands progrès."

Le rugbyman François Pienaar, capitaine de l'équipe des Springboks et à qui Nelson Mandela avait remis, en 1995, la Coupe du monde de rugby, le "sport des blancs" en Afrique du Sud, était lui aussi présent dans le stade pour signer des T-shirts aux admirateurs de "Madiba".

Depuis sa mort, Johannesburg est nuageuse et sous la pluie, signe, selon la tradition africaine, qu'un chef estimé va être accueilli par ses ancêtres dans l'autre monde.

"Ce qu'il a fait dans sa vie est ce qu'il fait dans la mort : il rapproche les gens de tous les milieux, de différentes opinions, croyance politiques, religieuses", a déclaré à Reuters Zelda La Grange, l'ancienne assistante de Nelson Mandela.

Des écrans géants avaient été installés dans trois autres stades de Johannesburg pour retransmettre la cérémonie.

Le corps de Nelson Mandela va désormais être exposé pendant trois jours à l'Union Buildings, le siège du gouvernement à Pretoria où il prêta serment après son élection à la présidence.

Il sera inhumé dimanche à Qunu, terre de ses ancêtres dans la province du Cap-Oriental. Seul un petit nombre de dignitaires étrangers seront présents.

Nelson Mandela reposera auprès de trois de ses six enfants, une fille morte en couches en 1948, un fils, Thembi, victime d'un accident de voiture en 1969, et Makgatho, mort du sida en 2005.

Danielle Rouquié et Tangi Salaün pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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