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La pêche à l'aimant, loisir en vogue qui "dépollue" les rivières mais inquiète les autorités
AFP24/08/2019 à 12:27

Pêche à l'aimant dans l'Oise à Lacroix-Saint-Ouen, le 16 août 2019 ( AFP / FRANCOIS NASCIMBENI )

Munis d'aimants "super-puissants", ils fouillent les rivières pour exhumer "ferraille, vélos ou scooters", mais remontent parfois un obus, une grenade. Loisir écolo, la pêche à l'aimant est surtout "illégale" rappellent les autorités, inquiètes de l'engouement pour cette pratique "risquée" dans les départements marqués par la guerre.

Près d'un pont enjambant l'Oise à La-Croix-Saint-Ouen (Oise), Owen Gressier, 20 ans et trois autres pêcheurs lancent chacun leur aimant "en néodyme", considéré comme les plus puissants au monde, au bout d'une corde tenue en main.

Après plusieurs essais, un objet est détecté... Quelques minutes plus tard, avec l'aide d'un grappin, un tuyau en fonte, rouillé, est remonté - "belle prise !". Ce sera la seule significative de l'après-midi. "Nous pêchons ici depuis plusieurs années, le fond est assez propre", affirme Owen.

Animé par sa "passion pour la Seconde guerre mondiale" et le désir de dénicher "des objets historiques", médailles ou matériel militaire, Owen s'est "vite aperçu qu'il était possible de dépolluer les eaux". Il a donc créé en 2017 une page Facebook, comptant aujourd'hui 500 abonnés, pour "partager des photos, donner des conseils et organiser des sorties".

"C'est fou tout ce qu'on trouve dans l'eau !" s'exclame le jeune homme. Scooters rouillés, trottinettes, panneaux de signalisation, micro-ondes: "en s'y mettant à une dizaine, on sort parfois 50 kg de ferraille en quelques heures !".

Des pêcheurs à l'aimant montrent leurs aimants en néodyme, très puissants, le 16 août 2019 à Lacroix-Saint-Ouen ( AFP / FRANCOIS NASCIMBENI )

Dans le département voisin, près de Péronne (Somme), Christophe Devarenne a commencé à pêcher voici trois mois "grâce à des vidéos Youtube", notamment celles du "renommé" ChrisDetek. Il apprécie "de ne pas savoir ce qu'il y aura au bout de l'aimant".

Si "certains s'attendent à trouver des trésors, il n'y en a pas beaucoup", sourit cependant ce conducteur d'engins de 52 ans. "Le plus intéressant, c'était un fusil de 14-18, mais carrément pourri après cent ans dans l'eau ! Même l'Historial de la Grande guerre n'en voulait pas", plaisante-t-il, assurant "tout stocker" puis "revendre ou donner aux ferrailleurs".

- "Braver l'interdit" -

Dans certaines zones comme les Hauts-de-France, terrain de batailles sanglantes au cours des deux conflits mondiaux, de nombreux obus, munitions et grenades demeurent dans les cours d'eau.

N'ayant parfois pas explosé, ils peuvent être "encore actifs", s'inquiète la direction générale de la sécurité civile. Face au développement "exponentiel" du loisir depuis près de deux ans, y compris sous le pont des Arts à Paris, elle a adressé cet été une note à toutes les préfectures, rappelant sa "dangerosité".

Une grille est remontée par des pêcheurs à l'aimant, le 16 août 2019 à Lacroix-Saint-Ouen, dans le nord de la France ( AFP / FRANCOIS NASCIMBENI )

En mai, à Ferrière-la-Grande (Nord), un homme a ainsi été gravement blessé par du gaz moutarde échappé d'un obus. Deux jeunes ont également "remonté fin juillet une grenade au phosphore" à Hem-Monacu (Somme) et subi des "irritations" notamment aux yeux, selon la préfecture de la Somme, première à interdire le 5 août cette pratique sur son territoire.

Elle est "de toute façon illégale sans autorisation", délivrée par l'État dans les fleuves et autres cours d'eau, ou par les propriétaires sur terrains privés, rappelle la préfecture de l'Oise.

"On n'avait pas conscience des risques... jusqu'à ce que mon fils trouve une grenade !" se souvient Hélène Ledien, habitante du Pernois (Somme). Arthur, 14 ans, "pêchait régulièrement avec son copain, et son aimant acheté une trentaine d'euros sur Amazon, dans un but écologique". Quand il a trouvé l'arme, "il m'a heureusement appelée, j'ai vraiment eu très peur", raconte-t-elle, encore émue.

"On a déjà repêché un obus actif, des armes et 600 munitions, entièrement rouillées", reconnaît Owen Gressier. Mais "on sait comment réagir ! On établit un périmètre de sécurité et on prévient les démineurs" !" jure-t-il, affirmant faire de la pédagogie sur sa page.

"C'est une passion, bonne pour la planète, on n'arrêtera pas du jour au lendemain !", renchérit Nicolas, 26 ans. "C'est comme interdire la conduite à cause des accidents !", juge aussi Jérémy Fouillat, 22 ans, qui envisage à Ham (Somme) de "braver l'interdit". 

"Les gens vont jouer au chat et à la souris", ironise Christophe Devarenne, mais "personne n'a vraiment peur, car les gendarmes ont autre chose à faire que courir après des aimants".

eva-mwa-jg/rl/shu

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4 commentaires

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  • wtc2001
    24 août19:02

    C'est vraiment du carcan législatif. Et si un jour nos élus pensaient accompagnement plutôt que restrictions. Ce loisir ne parait pas plus dangereux que le parapente ou que le parachutisme et il sert à dépolluer.

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