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La justice ordonne le maintien en vie de Vincent Lambert

Reuters16/01/2014 à 18:50

LA JUSTICE ORDONNE LE MAINTIEN EN VIE D'UN PATIENT TÉTRAPLÉGIQUE EN ÉTAT DE CONSCIENCE MINIMALE

PARIS (Reuters) - La justice administrative a suspendu jeudi la décision du CHU de Reims d'une euthanasie passive pour un patient tétraplégique en état de conscience minimale depuis un accident de la route en 2008, et dont le sort est au coeur d'un conflit familial.

Le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne (Marne) a donné raison aux parents de Vincent Lambert, 37 ans, soutenus par une partie de la famille, qui s'opposaient à l'arrêt de l'alimentation et de l'hydratation artificielles du jeune homme décidé par l'équipe médicale de l'hôpital de Reims en accord avec son épouse.

Dans son jugement, le tribunal estime qu'"une atteinte grave et manifestement illégale" a été portée "au droit à la vie de Vincent Lambert".

L'équipe médicale de l'hôpital de Reims avait annoncé samedi dernier à la famille sa décision de cesser le 13 janvier la nutrition artificielle, en application de la loi Leonetti. Ses parents avaient saisi le tribunal administratif lundi pour s'opposer à cette mesure.

Ces derniers s'étaient déjà tournés vers la justice en mai 2013 après une interruption de l'alimentation de leur fils dont ils affirmaient avoir été insuffisamment informés.

"C'est le principe de précaution qui a été appliqué, qui est un des principes fondamentaux en matière de droit de la santé", a estimé l'avocat des parents, Me Jérôme Triomphe, lors d'une conférence de presse à Paris.

"Le tribunal a également constaté que Vincent Lambert n'était pas en fin de vie, qu'il n'était pas malade, juste handicapé et qu'il est conscient", a-t-il ajouté.

Le docteur Eric Kariger, chef du service de médecine palliative du CHU de Reims, a estimé "à titre personnel" lors d'une conférence de presse que l'établissement devrait contester ces décisions en Conseil d'Etat.

"Ce jugement remet en cause la loi Leonetti, pourtant seule loi de la Ve République votée à l'unanimité, et à travers elle, elle remet en cause nos garanties à chacun et à chacune de pas être victime un jour d'acharnement", a-t-il déclaré.

LA LOI LEONETTI IGNORÉE ?

La loi Leonetti de 2005 sur les droits des patients en fin de vie proscrit "l'obstination déraisonnable" et autorise dans certains cas l'euthanasie passive, c'est-à-dire l'interruption de l'alimentation et de l'hydratation artificielles ou l'administration d'opiacés ou de sédatifs à haute dose.

Si le patient est dans l'incapacité d'exprimer ses volontés, la décision doit être prise collégialement par le médecin chargé du patient après concertation avec l'équipe de soins et la famille.

L'avocat des parents de Vincent Lambert, mus selon leurs détracteurs par une forte "idéologie" catholique, estimait que la loi Leonetti ne pouvait pas s'appliquer à ce patient qu'ils jugent "handicapé" et non atteint d'un mal incurable.

A l'inverse, son épouse, soutenue notamment par François Lambert, son neveu, affirme que Vincent Lambert a manifesté des signes de refus des soins.

"Vincent avait dit clairement qu'il n'aurait pas voulu vivre comme ça. Il était infirmier : il l'a dit à sa femme, à son frère, il connaissait ce genre de cas", a expliqué François Lambert sur Europe 1 avant le jugement.

Pour le tribunal, "il ne saurait être déduit des manifestations pouvant traduire le déplaisir et l'inconfort qu'induisaient les soins (...) une interprétation univoque quant à la volonté du patient de rester ou non en vie".

L'épouse de Vincent Lambert et François Lambert envisagent eux aussi un recours devant le Conseil d'Etat.

Pour leur avocat, Me Bruno Lorit, le jugement signifie que "par définition, le tribunal interdit la loi Leonetti à tous les patients pauci-relationnels" - incapables de communiquer.

Le président François Hollande a annoncé mardi un projet de loi sur la fin de vie, sans prononcer les termes d'euthanasie et de suicide assisté.

"Il s'agit de permettre à toute personne majeure atteinte d'une maladie incurable provoquant une souffrance psychologique, physique, insupportable et qui ne peut être apaisée, de pouvoir demander dans des conditions strictes une assistance médicalisée pour terminer sa vie en dignité", a dit le chef de l'Etat.

Sophie Louet, édité par Yves Clarisse et Gilles Trequesser

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