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La guerre des mots se durcit autour de l'Ukraine

Reuters26/04/2014 à 01:08

LA GUERRE DES MOTS SE DURCIT AUTOUR DE L'UKRAINE

par Thomas Grove et Gabriela Baczynska

SLAVIANSK Ukraine/MOSCOU (Reuters) - Les affrontements dans l'est de l'Ukraine font craindre de plus en plus un embrasement de la région et la guerre des mots s'est durcie vendredi, notamment entre la Russie et les Etats-Unis.

Barack Obama et quatre de ses alliés européens, constatant que Moscou ne respectait pas l'accord conclu il y a huit jours à Genève, sont convenus de mettre au point une "réponse coordonnée" afin "d'imposer un coût à payer" à Moscou, a annoncé la Maison blanche.

Le président des Etats-Unis s'est entretenu dans la journée au téléphone avec son homologue français, François Hollande, la chancelière allemande Angela Merkel, le président du Conseil italien, Matteo Renzi, et le Premier ministre britannique, David Cameron.

Barack Obama et ses interlocuteurs "ont décidé de coopérer étroitement, à travers le G7 et l'Union européenne, pour coordonner des mesures supplémentaires afin d'imposer des coûts à payer à la Russie", poursuit Maison blanche.

Ils ont cependant souligné que Moscou "pouvait encore faire le choix d'un règlement pacifique de la crise, notamment en appliquant l'accord de Genève".

Selon un communiqué de la présidence française, les chefs d'Etat et de gouvernement appellent la Russie à "s'abstenir de déclarations provocatrices ou de manoeuvres d'intimidation" et demandent le plein respect de "l'intégrité territoriale et la souveraineté de l'Ukraine".

A Kiev, le Premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk, est allé jusqu'à accuser Moscou de vouloir précipiter les grandes puissances vers une "Troisième Guerre mondiale".

"Le monde n'a pas encore oublié la Deuxième Guerre mondiale que la Russie veut déjà déclencher la Troisième Guerre mondiale", a-t-il déclaré lors d'un conseil des ministres retransmis en direct à la télévision.

DÉTENTION D'OBSERVATEURS DE L'OSCE

Sur le terrain, la tension n'est pas retombée.

Des séparatistes pro-russes ont capturé sept observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et cinq membres des forces armées ukrainiennes qui circulaient en car à Slaviansk, ville de l'est de l'Ukraine tenue par les milices pro-russes, rapporte le ministère ukrainien de l'Intérieur.

Le dirigeant séparatiste Viatcheslav Ponomariov, maire autoproclamé de Slaviansk, a affirmé qu'un "espion" de Kiev se trouvait parmi eux.

De leur côté, les forces spéciales ukrainiennes ont lancé la deuxième phase de leur opération "antiterroriste" en organisant un blocus complet de Slaviansk. L'armée dit vouloir déloger les séparatistes pro-russes qui ont fait de cette ville de 130.000 habitants leur place forte.

Un hélicoptère de transport de l'armée ukrainienne qui était posé à Kramatorsk, à une quinzaine de km au sud de Slaviansk, a essuyé les tirs d'un "sniper" et a pris feu, a-t-on appris de sources proches de l'armée et des services de sécurité.

Près d'Odessa, plus à l'ouest, une explosion a fait sept blessés à un barrage tenu par des nationalistes ukrainiens qui redoutent l'arrivée de séparatistes de Transnistrie, région sécessionniste de Moldavie.

Le ministre ukrainien de l'Intérieur, Arsen Avakov, a pris soin de préciser que tout était fait pour éviter des victimes civiles. La Russie menace d'intervenir si l'Ukraine a recours à l'armée contre sa population.

S&P DÉGRADE LA NOTE RUSSE

Peu convaincu par les déclarations de Kiev, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a affirmé que le gouvernement arrivé au pouvoir après la chute de Viktor Ianoukovitch en février finirait devant des juges en raison de ses "crimes".

"Ils mènent une guerre contre leur propre peuple. C'est un crime sanglant et ceux qui ont poussé l'armée à faire cela le paieront, j'en suis sûr, et seront traduits en justice", a-t-il dit lors d'une rencontre avec des diplomates.

En attendant, la Cour pénale internationale (CPI) a ouvert une enquête préliminaire sur des allégations de crimes commis avant la chute de l'ancien président, mis en fuite après trois mois de manifestations.

Les nouvelles autorités ukrainiennes affirment qu'une centaine de personnes ont été tuées par les forces de sécurité, alors fidèles à Viktor Ianoukovitch, entre le 21 novembre et le 22 février.

Avant même de nouvelles sanctions, la Russie pâtit déjà des conséquences financières du conflit : Standard & Poor's a abaissé la note de la dette souveraine en devises étrangères de la Russie. A BBB-, la note de la dette russe en devises n'est désormais plus qu'un échelon au-dessus de la catégorie spéculative ("junk").

La sortie des capitaux de la Russie s'est accélérée depuis le début des tensions en Ukraine. Selon l'agence de notation, la situation pourrait encore se dégrader si l'Occident devait durcir ses mesures de rétorsion.

(Avec Alexei Anischuk, Lidia Kelly et Oksanna Kobzeva à Moscou, Alastair Macdonald et Pavel Palityuk à Kiev, Arshad Mohammed à Washington, Erik Kirschbaum à Berlin, Tarek Amara à Tunis et Elizabeth Pineau à Paris, Simon Carraud, Henri-Pierre André et Jean-Philippe Lefief pour le service français, édité par Gilles Trequesser)


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