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La France veut prévenir l'hypersexualisation des enfants

Reuters14/02/2012 à 14:59

par Chine Labbé

PARIS (Reuters) - Sur la piste du cirque Diana Moreno, dans le XIXe arrondissement de Paris, une centaine de petites filles défilent sous les flashes et les encouragements de leurs parents. Pailletées à outrance, portant bijoux et parfois petits talons, elles sont âgées de 6 à 12 ans. Elles rêvent de repartir avec une couronne, une écharpe, un bouquet et un titre, celui de mini-miss France.

Le phénomène, très développé aux Etats-Unis, n'est pas nouveau en France. La marque a été déposée en 1989 et, depuis, de nombreux concours du genre ont fleuri dans le pays, notamment dans le nord de la France. Mais, pour la première fois, une ex-ministre se pose la question de son encadrement.

"Il y a des tas de concours de beauté de petites filles qui se font en dehors de tout cadre légal, et les élus se trouvent complètement démunis pour savoir ce qu'ils doivent appliquer comme législation", souligne Chantal Jouanno, sénatrice de Paris et ex-ministre des Sports.

Chargée en novembre d'une mission sur "l'hypersexualisation" des enfants, elle doit remettre le 5 mars un rapport à la ministre des Solidarités Roselyne Bachelot.

Elle pourrait demander que les concours de mini-miss soient mieux encadrés - interdiction du sponsoring, du maquillage, du dénudé - pour qu'ils restent les concours de "princesses" que revendique leur organisateur.

Mais Chantal Jouanno se veut rassurante.

"On est très loin des dérives des sociétés anglo-saxonnes en général, marquées par l'apologie de la consommation. Dans notre pays, l'hypersexualisation reste un phénomène tout à fait marginal, et surtout très décrié", explique-t-elle. "Parents, presse, professionnels de l'enfance, éducation nationale, personne ne voit ça d'un bon oeil."

PHOTOS DANS VOGUE

La question de l'hyperféminisation des petites filles a été posée de manière vive après la publication en décembre 2010 dans la version française de Vogue de photos de petites filles dans des tenues sexy et des postures lascives.

Ces photos ont fait scandale et poussé 200 pédiatres à faire circuler une pétition contre l'érotisation de l'image des enfants dans la publicité.

Sous l'impulsion de Roselyne Bachelot, une charte sur l'utilisation de l'image des enfants dans les médias est en cours de rédaction. Deux de ses articles concernent la question de "l'hypersexualisation" des enfants.

Mais le cas de Vogue reste isolé.

"La représentation d'une sexualisation précoce dans la publicité est quelque chose qui n'existe pas en France", estime Stéphane Martin, directeur général de l'Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP).

En plus d'une charte sur l'image de la personne humaine, l'ARPP dispose d'une recommandation "Enfant" qui précise notamment que la publicité ne doit pas le mettre en scène "dans des situations susceptibles de le dévaloriser ou de porter atteinte à son intégrité physique ou morale".

Sur 35.000 conseils et avis rendus en 2011, l'ARPP n'a jamais été confrontée à cette problématique, et, contrairement à son homologue britannique, son jury de déontologie n'a jamais été saisi sur le sujet, assure Stéphane Martin.

La France semble également protégée d'une offre vestimentaire trop sexuée.

Soutiens-gorge ampliformes et autres strings pour enfants sont quasiment absents des magasins, notamment chez Kiabi, Decathlon et Carrefour, les trois enseignes qui ont vendu le plus d'habillement aux filles de 6 à 10 ans en 2011, d'après l'Institut français de la mode (IFM).

RIEN DE GRAVE DOCTEUR

"Ce sont des enseignes qui n'ont pas des collections que l'on pourrait qualifier de particulièrement sexy", souligne Evelyne Chaballier, directrice des études économiques et prospectives à l'IFM. "(L'hypersexualisation) n'est pas un problème que l'on ressent dans l'évolution de l'offre, la mode française est assez sobre", ajoute-t-elle.

Quant aux concours de mini-miss, ils restent marginaux, contrairement aux compétitions américaines de "little miss".

"Rien de grave docteur", conclut Chantal Jouanno. "Mais c'est comme d'habitude, ça nous coûtera moins cher de prévenir que de guérir", ajoute-t-elle, notant la banalisation des codes pornographiques dans la société.

L'intrusion trop précoce de la préoccupation de l'apparence et de la sexualité peut en effet créer des troubles psychologiques chez l'enfant, soulignent les pédopsychiatres.

Chantal Jouanno y voit un problème de société.

"Derrière cette hypersexualisation, il y a le problème de l'égalité entre les sexes et le problème de l'hyperconsommation", dit-elle.

La sénatrice envisage la mise en place d'un règlement intérieur type pour écoles et collèges, avec des dispositions sur les tenues vestimentaires et le maquillage.

Elle proposera sans doute également d'engager les professionnels du prêt-à-porter dans un contrat avec l'Etat, et de développer un site internet où familles et associations peuvent désigner publiquement ceux qui ne le respectent pas.

Mais elle dit refuser la régulation pure et dure, préférant sensibiliser les parents, la communauté éducative et l'enfant lui-même à cette problématique, notamment par une éducation critique à l'image et une éducation civique à la sexualité.

"On est vraiment sur une ligne de crête entre l'intérêt supérieur de l'enfant et le contrôle social", note-t-elle. "Un choix de société ne se décrète pas par la loi."

Edité par Yves Clarisse

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