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La France réduite aux seconds rôles sur la Syrie

Reuters16/10/2015 à 10:21

* Paris reste sur sa ligne anti-Assad * La France a eu "raison trop tôt, trop seule" * Certains alliés irrités par l'attitude française par John Irish et Marine Pennetier PARIS, 16 octobre (Reuters) - Déjà affaibilie par la volte-face américaine de 2013, la voix de la France dans le conflit syrien a perdu encore en force avec l'intervention de la Russie, qui ne laisse à Paris qu'une marge de manoeuvre limitée, estiment diplomates et analystes. "On a voulu aller jusqu'au bout en 2013 et au bout du compte on a pris la claque de Barack Obama et on s'est retrouvé tout seuls", souligne un haut diplomate français. "On a perdu de l'influence, maintenant on ne voit plus très bien quoi faire." Prête à intervenir militairement en août 2013, la France a été coupée dans son élan par la décision de Washington de solliciter le feu vert du Congrès, repoussant des opérations présentées à l'époque comme imminentes. Refroidie et isolée, la France a été contrainte de recentrer son action sur le volet politique, en appelant à un renforcement de la rébellion modérée syrienne via un approvisionnement en armes et à une transition politique sans Bachar al Assad. Un travail en coulisses dont peu de détails concrets ont filtré et aux résultats limités - la rébellion syrienne modérée s'étant réduite comme peau de chagrin - qui a récemment conduit la France à repenser sa stratégie afin de peser davantage dans les négociations en cours sur l'avenir du pays. L'aviation française a mené fin septembre ses premières frappes aériennes contre des camps de l'Etat islamique en Syrie, plus d'un an après la coalition américaine. "Il fallait faire partie des cogneurs pour être à la table", explique un responsable français. "TROP TÔT, TROP SEULE" Pour résumer, la France a "eu raison trop tôt, trop seule", estime Dominique Moïsi, conseiller spécial à l'Institut français des relations internationales (Ifri). Car "les évènements et leur évolution ont plutôt donné raison au gouvernement français. Si au lendemain de la révolution syrienne on avait soutenu avec force, clarté et intensité les rebelles modérés, on aurait sans doute fait la différence car ces rebelles existaient alors", ajoute-t-il. Avec deux frappes en l'espace de deux semaines, l'action française en Syrie est aujourd'hui sans commune mesure avec les frappes russes ou américaines qui, du fait de leur volume plus important, monopolisent davantage l'attention. Il n'est donc pas certain que l'intervention militaire française suffise à replacer Paris au coeur des discussions, d'autant que ses alliés sont plus flous que la France sur les modalités de départ de Bachar al Assad. Dans une note publiée en septembre, le groupe de réflexion Eurasia soulignait que le Royaume-Uni, qui a aussi commencé à frapper en Syrie, et la France n'allaient pas améliorer "de manière significative" l'efficacité des frappes. Début octobre, le président de la commission des Affaires étrangères de la Douma, Alexis Pouchkov, déclarait sans ambages que la France était hors jeu. "En Russie, on ne parle pas tellement du rôle de la France, c'est surtout l'Amérique et les contacts avec Washington dont on parle", soulignait-il. Dans les couloirs de New York, en marge de l'Assemblée générale de l'Onu en septembre, un responsable occidental s'agaçait du travers de la France à vouloir à tout prix apparaître comme un acteur clef. Une attitude "irritante" aux antipodes du rôle mineur joué par Paris en Syrie. La France, soulignait-il cinglant, "me fait penser à cet élève du premier rang de la classe qui ne cesse de crier : "moi, moi, moi, choisis moi". NOSTALGIE "Vous avez des Français nostalgiques du rôle de la France, de la diplomatie française d'avant", dit Dominique Moïsi. "Elle n'est plus la grande puissance qu'elle était au début de la Seconde Guerre mondiale, il faut accepter le mouvement de l'Histoire", ajoute-t-il. "Il faut avoir une position : l'essentiel c'est d'être clair, plus on est faible, plus on a une exigence de clarté." Le décalage entre les discours et la portée des actions pourrait s'expliquer par des considérations de politique intérieure. Critiqué pour son inaction présumée en France, François Hollande a multiplié les interventions militaires à l'étranger depuis le début de son mandat, des interventions qui suscitent dans l'ensemble l'adhésion de l'opinion publique et confortent l'image de chef des armées du chef de l'Etat. A Paris, loin des discours officiels, certains responsables reconnaissent à demi-mot que le rôle que la France est susceptible de jouer en Syrie est limité. "Il faut être lucide, la France ne peut et ne veut pas faire le job toute seule", reconnaît un diplomate français. "Le Mali, la Centrafrique, c'est des opérations à notre échelle, comme l'était la Libye. Quand ce n'est pas à notre échelle, on laisse mourir, comme c'est le cas avec la Syrie", souligne de son côté un haut responsable français. Lors d'une audition devant la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée mi-septembre, Laurent Fabius insistait sur le travail en coulisses de la diplomatie française. "Il se trouve fâcheusement que la France ne forme pas la communauté internationale à elle seule", déclarait le chef de la diplomatie. "Ce n'est pas parce que nous ne parvenons pas à convaincre pour l'instant que nous n'intervenons pas." "Nous agissons, nous essayons de convaincre et quand des adaptations sont nécessaires, nous les faisons, mais nous ne voulons pas nous engager dans des voies sans issue." (Edité par Yves Clarisse)

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