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La France peine à tenir la cadence sur les déficits

Reuters31/03/2014 à 16:28

LE DÉFICIT FRANÇAIS

par Yann et Le et Guernigou

PARIS (Reuters) - Même si elle a renoué avec la croissance en 2013, la France a pris du retard dans son plan de baisse des déficits, ce qui va compliquer la tâche du gouvernement au niveau européen comme sur le plan intérieur au moment où il envisage de donner une "inflexion sociale" à sa politique économique.

Selon les comptes nationaux des administrations publiques publiés lundi par l'Insee, le déficit public a été ramené à 4,3% du produit intérieur brut (PIB) l'an passé.

Ce chiffre, qui agrège les soldes des comptes de l'Etat, des collectivités locales et des administrations de sécurité sociale, est inférieur de 0,7 point à celui de 2012 mais supérieur de 0,2 point à l'objectif révisé fin 2013.

La dette publique a atteint 1.925,3 milliards d'euros fin 2013, culminant à 93,5% du PIB, une proportion là encore au-dessus des attentes.

La publication de ces données intervient alors que la France doit envoyer avant fin avril un programme de stabilité actualisé à la Commission européenne, qui lui a octroyé un délai de deux ans, jusqu'à fin 2015, pour ramener son déficit à 3% du PIB.

Début mars, l'exécutif européen a mis en garde Paris contre les risques de non-respect de cet objectif, anticipant un déficit à 4,0% en 2014 puis 3,9% fin 2015 à politique inchangée.

Le gouvernement français a nié toute déviation par rapport à sa trajectoire, selon laquelle le déficit serait ramené à 3,6% cette année et 2,8% l'an prochain.

DÉRAPAGE DES COLLECTIVITÉS TERRITORIALES

Les ministres des Finances et du Budget, Pierre Moscovici et Bernard Cazeneuve, ont insisté dans un communiqué sur la "diminution régulière et significative" du déficit, qui a baissé de près d'un point de PIB en deux ans et est "très proche des dernières prévisions".

L'ancien ministre UMP Bruno Le Maire a dénoncé une situation "extrêmement préoccupante". "Le risque que nous courons, c'est d'être mis à un moment ou à un autre sous la tutelle de la Commission européenne, je ne souhaite pas cette humiliation à la France", a-t-il dit sur i>Télé.

En 2013, les dépenses totales des administrations publiques ont progressé de 2% (après 2,9% en 2012), à 1.176,1 milliards d'euros, soit l'équivalent de 57,1% du PIB contre 56,7% en 2012.

Leurs recettes ont augmenté parallèlement de 3,3%, à 1.087,9 milliards, et le taux de prélèvement obligatoires a touché un nouveau record, à 45,9% du PIB. Il s'accroît de 0,9 point sur un an et de 3,8 points depuis 2009, soit l'équivalent de plus de 75 milliards d'euros.

Le dérapage de 2013 est surtout le fait des collectivités locales, dont le déficit est passé en un an de 3,7 milliards à 9,2 milliards d'euros.

Dans ce contexte, l'exécutif ne peut se permettre de relâcher ses efforts en 2014, une année où la croissance s'annonce poussive.

Il dispose de peu de marge de manoeuvre, voire d'aucune, pour ajouter une coloration sociale au "pacte de responsabilité" qu'il s'apprête à présenter, comme il en a exprimé l'intention après la déroute des municipales.

TAUX D'ÉPARGNE EN BAISSE

L'Insee a confirmé lundi que l'économie française avait connu une croissance de 0,3% en 2013, après avoir stagné en 2012, et que le PIB du 4e trimestre avait progressé d'autant.

L'activité de fin d'année a bénéficié d'un rebond de l'investissement des entreprises, positif pour la première fois depuis fin 2011, et d'une forte consommation des ménages, qui ont voulu anticiper la hausse de la TVA et le durcissement du malus automobile intervenus au 1er janvier 2014.

Confrontés à une forte hausse de la fiscalité (+5,4% pour les impôts sur le revenu et le patrimoine en 2013), qui a amputé leur pouvoir d'achat sur le deuxième semestre, les ménages ont puisé pour cela dans leur économies.

Leur taux d'épargne est tombé à 15,2% au 4e trimestre, contre 15,7% au 3e et 15,6% en moyenne en 2013, mais cette évolution pourrait être temporaire.

"Les ménages ont puisé violemment dans leur épargne pour consommer en anticipation des hausses du 1er janvier mais ils ne sont pas connus pour le faire de façon durable", estime Ludovic Subran, responsable des études économiques de l'assureur crédit Euler Hermes, qui relève les mauvais chiffres de la consommation pour janvier et février déjà publiés par l'Insee.

"Les moteurs qui ont soutenu l'activité fin 2013 risquent de manquer début 2014. Le risque est que, avec une consommation en berne et encore un ajustement des finances publiques, la croissance ne dépasse pas 0,6% cette année", ajoute-t-il.

Dans ces conditions, la France aura bien du mal à tenir sa trajectoire, "d'autant plus que le déficit public est largement de nature cyclique", estime Philippe Brossard, économiste de l'assureur AG2R, qui s'inquiète aussi d'un début 2014 difficile.

(édité par Jean-Baptiste Vey)

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