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La France face au défi de sa "guerre" contre l'Etat islamique

Reuters15/11/2015 à 18:35

LES ATTAQUES DE PARIS POSENT LA QUESTION DES MOYENS DE LUTTE CONTRE LE TERRORISME DE LA FRANCE

par Marine Pennetier

PARIS (Reuters) - Les attaques de Paris, sans précédent tant par leur ampleur que par le mode opératoire, posent la question des moyens français de lutte contre le terrorisme face à ce tournant stratégique doublé d'une nouvelle donne sécuritaire.

François Hollande a promis samedi que la France serait "impitoyable à l'égard des barbares" de l'Etat islamique qui a revendiqué les attentats et qu'elle agirait "avec tous les moyens dans le cadre du droit (...) et sur tous les terrains, intérieurs comme extérieurs".

Mais la tâche du gouvernement, poussé par l'opposition de droite à infléchir sa politique sécuritaire, s'annonce délicate.

Réactivée après les attentats de janvier, la loi sur le renseignement, qui a validé de fait les pratiques clandestines des services de renseignement principalement dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, a été adoptée non sans remous.

L'inquiétude des défenseurs des libertés individuelles, qui dénoncent une loi liberticide, a notamment poussé François Hollande à saisir le Conseil constitutionnel afin de s'assurer que l'équilibre entre sécurité et respect des droits fondamentaux était préservé.

"Le gouvernement sera très attentif à toutes les propositions qui nous permettent dans notre Etat de droit (...) d'être le plus efficace possible pour protéger les Français", a souligné Manuel Valls dimanche.

Le modus operandi des auteurs des attaques de vendredi soir et le nombre de ressortissants français impliqués de près ou de loin dans des filières djihadistes en Syrie et en Irak - 1.800 selon les derniers chiffres du ministère de l'Intérieur - pourraient également compliquer la donne.

"Il ne faut pas exclure qu'une répression policière classique, basée sur un meilleur renseignement, donne des résultats partiels", souligne François Bernard Huygue, directeur de recherche à l'Institut des relations internationales et géostratégiques (Iris) sur son blog.

"Mais on voit mal comment on pourrait empêcher de nouveaux djihadistes français, ou étrangers (venant assister leurs complices locaux), de recommencer un jour à partir du moment où ils sont prêts à mourir dans l'opération."

LUTTE DIFFICILE

Inédit en France, le scénario des attentats suicides sur le sol français était redouté depuis des mois par les services et les spécialistes des questions de défense et de sécurité.

Dans un rapport publié en juin, la commission d'enquête parlementaire sur la surveillance des filières et des individus djihadistes décrivait comme une évolution marquante "le fait que les terroristes, du fait de leur endoctrinement, ont la volonté de mourir".

"Ce 'terrorisme sans retour' (...) implique des actions suicides contre lesquelles il est particulièrement difficile de lutter", pointait le rapport.

Face à cette nouvelle donne, les dispositifs doivent s'adapter et les échanges entre différents services doivent être fluidifiés, estime le député européen des Républicains, Arnaud Danjean, spécialiste des questions de défense.

"Prés carrés institutionnels, rivalités politico-administratives, lourdeurs bureaucratiques... ces maux peu quantifiables pèsent au quotidien sur notre appareil de sécurité au moins autant que les contraintes du cadre légal dans lequel doit s'inscrire la lutte antiterroriste", écrit-il dans l'Opinion.

"L'adoption de lois, le recrutement d'agents et les ajustements d'organigramme, auxquels nous sommes si attachés en France au point de penser qu'une case administrativement remplie dans une structure résout instantanément le problème, ne suffisent pas".

VOLONTÉ DE LA FRANCE

En septembre, l'ancien juge antiterroriste Marc Trévidic avait décrit des "juges, policiers de la DGSI, hommes de terrain complètement débordés".

"Nous ne sommes plus en mesure de prévenir les attentats comme par le passé", disait-il dans Paris Match. "On ne peut plus les empêcher. Il y a là quelque chose d'inéluctable. (...) Les politiques prennent des postures martiales, mais ils n'ont pas de vision à long terme."

Pour Alain Bauer, professeur de criminologie au conservatoire national des Arts et Métiers, la France a les moyens, la question "est de savoir si elle a la volonté".

"Elle dispose de tout ce qu'il faudrait, à peu près, pour gérer ce type d'affaire", a-t-il dit dimanche à Reuters. "Neuf attentats sur dix sont mis en échec".

"Le problème est la qualité de l'analyse", ajoute-t-il. "Il faut faire du qualitatif, c'est-à-dire recruter des analystes, avoir des binômes civils-policiers. Il faut savoir qui est l'ennemi. Aujourd'hui nous ne sommes capables ni de le déterminer ni de le comprendre."

Sur le volet international, la France engagée en Irak et en Syrie contre l'Etat islamique via des frappes aériennes a indiqué qu'elle entendait maintenir la pression sur les djihadistes, sans donner plus de précisions.

Le porte-avions Charles-de-Gaulle quittera la France mercredi et atteindra le golfe arabo-persique mi-décembre pour participer aux opérations militaires. Au total, 36 avions de chasse français seront engagés sur les théâtres irako-syrien.

"Nous poursuivons notre mission", a déclaré le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian dans le Journal du dimanche. L'envoi de troupes au sol en Syrie, à l'image des Américains qui ont envoyé fin octobre une cinquantaine de forces spéciales sur le terrain, était exclu par Paris avant les attentats.

"Prenons toutefois garde à ce que la vague d'émotion ne nous conduise pas au naufrage stratégique", écrit Arnaud Danjean. "Il suffit de revenir sur la traumatisme américain de septembre 2001 et ses conséquences".

"Faute de stratégie, faute de bonne analyse du phénomène terroriste et des priorités de la menace, l'Amérique a lancé la 'guerre globale' au terrorisme". Et s'est vite fourvoyée".

(avec Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse)


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