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La France est entrée en récession début 2013

Reuters15/05/2013 à 14:02

LA FRANCE EN RÉCESSION

par Yann Le Guernigou

PARIS (Reuters) - La France est entrée en récession au premier trimestre, victime de la faiblesse de la consommation, de la production et des investissements sur fond de déprime de la zone euro.

Le produit intérieur brut s'est contracté de 0,2% sur les trois premiers mois de l'année après avoir déjà enregistré une baisse d'une ampleur similaire au dernier trimestre 2012, selon les premiers résultats des comptes nationaux publiés mercredi par l'Insee, l'institut national de la statistique.

L'économie française n'avait pas connu deux trimestres consécutifs d'évolution négative du PIB, qui sont la caractéristique d'une récession, depuis début 2009, même si elle n'a enregistré qu'un seul trimestre de croissance positive sur les cinq derniers.

Une production au point mort, une consommation des ménages atone, des investissements en recul pour le cinquième trimestre consécutif et une nouvelle baisse des exportations sont autant de facteurs qui expliquent sa performance du premier trimestre, dans une zone euro qui reste déprimée.

Celle-ci est légèrement moins bonne qu'attendu par les économistes interrogés par Reuters, qui tablaient en moyenne sur un recul de 0,1% du PIB. L'Insee lui-même anticipait une croissance nulle pour le premier trimestre et la Banque de France une hausse de 0,1% du PIB.

Mais dans le même temps, l'Insee a révisé en hausse de 0,1 point, à -0,2%, le chiffre du quatrième trimestre 2012 tout en confirmant d'autre part la croissance nulle enregistrée sur l'ensemble de l'an passé.

Le chiffre publié ne change pas fondamentalement la donne d'une économie française au point mort depuis début 2012 mais met sous tension l'objectif, déjà faible, du gouvernement pour 2013 (+0,1%).

Le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, a confirmé cet objectif à sa sortie du conseil des ministres avant de se rendre à Bruxelles, où il doit avec François Hollande expliquer à la Commission européenne quelles réformes il entend mettre en oeuvre en échange d'un report à 2015 du retour du déficit à 3%.

FAIBLESSE GÉNÉRALISÉE

L'Insee a fait état d'un acquis de croissance 2013, à savoir le niveau de l'ensemble de 2013 si les trois derniers trimestres étaient inchangés, de -0,3%.

"Cela signifie qu'il faudra une accélération au second semestre pour avoir une croissance positive sur l'année", déclare Philippe Brossard, responsable des études économiques d'AG2R-La mondiale.

Dans l'immédiat, le détail des chiffres publiés mercredi par l'Insee témoigne d'une faiblesse généralisée de l'économie.

La contribution de la demande intérieure finale (hors stocks) à la croissance du premier trimestre a été négative de 0,1 point, alors que celle de la variation des stocks a été positive de 0,1 point. Le commerce extérieur y a également contribué négativement à hauteur de 0,2 point.

Les dépenses de consommation des ménages, qui stagnent depuis un an, ont diminué de 0,1% et l'investissement s'est replié de 0,9%, le recul de ce dernier touchant aussi bien les entreprises non financières (-0,8%), les ménages (-1,3%) que les administrations publiques (-0,7%).

"Seuls une reprise de l'économie globale et un impact positif des mesures économiques du gouvernement comme le crédit d'impôt compétitivité-emploi et le déblocage de l'épargne salariale sont de nature à soutenir l'activité au deuxième semestre", estime Dominique Barbet, économiste de BNP Paribas.

FAIBLE INFLATION

"Mais cela ne suffira peut-être pas pour compenser l'impact de la récession actuelle et éviter une baisse du PIB en 2013", ajoute-t-il.

Les économistes interrogés dans la dernière enquête Reuters sur la France anticipaient en moyenne une contraction de 0,2% sur l'année. Moins pessimiste, Philippe Brossard prévoyait jusqu'ici +0,4% pour le PIB 2013, une estimation qu'il devrait revoir en baisse à la lumière des chiffres du premier trimestre.

Selon lui, un chiffre positif est encore possible, ne serait-ce qu'en raison d'une correction probable de l'effet très négatif de la variation des stocks, un facteur technique, qui a coûté près d'un point à la croissance 2012.

L'économiste pointe encore le faible niveau de l'inflation, qui est tombée à +0,7% en rythme annuel en avril, comme facteur susceptible de soutenir la consommation des ménages.

"Il est peu probable que l'évolution des salaires soit aussi faible et cela profitera au pouvoir d'achat", dont l'Insee a révisé à 0,9%, soit 0,5 point de plus que sa précédente estimation, le recul - le premier depuis 1984 - en 2012.

La performance de l'économie française au premier trimestre s'inscrit dans un environnement qui reste déprimé dans la zone euro, où les Pays-Bas et l'Italie ont également annoncé mercredi des chiffres négatifs. L'Allemagne a limité la casse avec une croissance tout juste positive (+0,1%). L'ancien Premier ministre François Fillon a estimé néanmoins qu'il existait un "problème français".

"Nous avions engagé avec Nicolas Sarkozy un effort pour améliorer la compétitivité française (...) Le gouvernement de François Hollande a stoppé toutes ces réformes, les a annulées et ne les a remplacées par aucune initiative réelle en matière de compétitivité, donc la France est entrée en récession", a-t-il dit sur le site lopinion.fr.

Avec Patrick Vignal, édité par Yves Clarisse

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