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La France blâme Chypre pour la taxation des petits dépôts

Reuters20/03/2013 à 21:02

LE GOUVERNEMENT FRANÇAIS CRITIQUE L'ATTITUDE DE NICOSIE

par Julien Ponthus

PARIS (Reuters) - La France a haussé le ton mercredi contre Chypre, accusé d'avoir déclenché un vent de panique à travers l'Europe en décidant, contre l'avis du gouvernement français, de taxer les petits épargnants de l'île dans le cadre du plan de sauvetage européen.

Se désolidarisant d'un accord qu'il avait pourtant validé samedi, le gouvernement français n'a pas ménagé ses mots pour critiquer Nicosie, coupable selon lui, de n'avoir pas protéger les Chypriotes les plus modestes.

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a ainsi appelé le gouvernement chypriote à faire en sorte que "les très riches déposants" soient mis à contribution pour protéger "les petites gens, les gens modestes, les épargnants qui n'ont pas à payer la facture".

"Voilà la position de la France", a lancé Jean-Marc Ayrault à l'Assemblée nationale, prenant la défense de son ministre des Finances critiqué par l'opposition pour avoir cautionné samedi à l'Eurogroupe le plan de sauvetage européen.

Cette déclaration du chef du gouvernement français intervient alors que la situation de l'île est toujours dans l'impasse et que ses banques devraient rester fermées au moins jusqu'à la fin de la semaine.

L'accord obtenu samedi entre les ministres des Finances de la zone euro prévoyait qu'en contrepartie de 10 milliards d'euros d'aide, Chypre lève 5,8 milliards en ponctionnant les dépôts dans les banques chypriotes à hauteur de 6,75% en dessous de 100.000 euros et de 9,9% au-delà.

Face à la colère de ses épargnants, Nicosie a ensuite modifié le projet en exonérant les dépôts inférieurs à 20.000 euros.

Cette concession n'a néanmoins pas suffi et ce texte a été rejeté mardi par les députés chypriotes, ébranlant le futur financier de l'île et l'intégrité de la zone euro.

"UNE ERREUR"

"L'histoire montre que présenter le projet tel que l'ont fait les autorités chypriotes était une erreur parce que cela a créé de la défiance dans la population", a déclaré la porte-parole du gouvernement à l'issue du conseil des ministres.

"La position de la France et d'un certain nombre de membres de l'Eurogroupe était de fixer le seuil de la taxation des épargnants à 100.000 euros", a ajouté Najat Vallaud-Belkacem, précisant que pour la France, "ce n'est pas aux petits épargnants de payer".

"La balle est maintenant dans le camp de Chypre", a conclu la benjamine du gouvernement.

Présent à Bruxelles lors des dix heures de discussions qui ont accouché de l'accord, le ministre français des Finances Pierre Moscovici avait sobrement déclaré samedi au petit matin : "L'Eurogroupe a fait ce qu'il avait à faire".

Face au tollé suscité dans l'île et sur les marchés, le ministre français s'était déclaré lundi, à l'instar de ses collègues européens, "ouvert" à l'idée que les déposants ayant une épargne inférieure à 100.000 euros soient exonérés de la taxe pour autant que cette dernière génère toujours les 5,8 milliards d'euros prévus dans le plan européen.

L'entourage de François Hollande avait indiqué lundi qu'il était prêt à laisser les Chypriotes amender la taxation pour épargner les petits épargnants tout en défendant un accord "hyper-exceptionnel" au vu de l'hypertrophie du secteur bancaire de l'île.

"HYPER-EXCEPTIONNEL"

"Tout le monde s'accorde à dire dans le marché comme parmi les gouvernements qu'il n'y avait pas de solution bien meilleure, nous avons pris la moins mauvaise solution", jugeait-t-on alors à l'Elysée.

François Hollande s'est entretenu mercredi avec le président chypriote au sujet de la situation dans l'île mais a gardé un ton bien plus mesuré que celui de son gouvernement.

"Le président a insisté sur l'importance d'une solution durable et de la contribution convenue de Chypre à ce plan de sauvetage", ont indiqué les services de la présidence dans un communiqué.

"Les deux chefs d'Etat partagent la conviction qu'un accord rapide doit être trouvé sur ces bases avec la Troïka (Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international)", a conclu l'Elysée.

Grâce à la taxe sur les dépôts, le montant du plan d'aide est bien en deçà des 17 milliards d'euros préalablement envisagés.

Pour de nombreux responsables de l'Union, il aurait été invraisemblable d'espérer que Chypre parvienne à rembourser un jour une masse de dettes supplémentaires de 17 milliards d'euros, soit l'équivalent de sa richesse nationale annuelle.

Par ailleurs, certains dirigeants européens estiment que la taxe contribuera à ramener la taille du système bancaire chypriote dans la moyenne européenne, comme Nicosie s'y est engagé vis-à-vis de ses partenaires.

Soupçonné de servir de plateforme de blanchiment, Chypre a accepté un audit indépendant sur la manière dont ses banques appliquent les lois contre l'argent sale.

La mise à contribution des déposants des banques chypriotes s'expliquerait aussi dans ce contexte par la volonté de faire payer certains hommes d'affaires britanniques ou russes suspectés d'y blanchir de l'argent.

La taxe sur les dépôts a suscité l'ire du Kremlin qui refuse pour l'heure de participer à l'allégement du fardeau de la dette chypriote en aménageant les termes d'un prêt de 2,5 milliards d'euros.

Avec Elizabeth Pineau, édité par Marc Joanny


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