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La France a six semaines pour sécuriser son électricité

Reuters18/10/2012 à 13:57

LA FRANCE A SIX SEMAINES POUR ORGANISER LA PRODUCTION D?ÉLECTRICITÉ POUR FAIRE FACE À L?HIVER

par Marion Douet

MONTESQUIEU-DES-ALBERES, Pyrénées-Orientales (Reuters) - Il reste six semaines à la France pour organiser sa production d'électricité afin de faire face à l'hiver, pendant lequel elle ne pourra pas autant s'appuyer sur ses voisins que l'année dernière, a déclaré à Reuters le président de RTE.

EDF, principal producteur, connaît des retards répétés dans la remise en service de ses réacteurs nucléaires et plus tiers d'un tiers de sa capacité de production est actuellement à l'arrêt, contre moins de 5% au cours de la vague de froid qui a touché la France en février dernier.

"L'hiver sérieux commence plutôt en décembre, donc on a encore six semaines", a dit à Reuters Dominique Maillard, président du Réseau de transport d'électricité (RTE), en marge du lancement des travaux d'une liaison électrique haute tension entre la France et l'Espagne.

L'indisponibilité actuelle des centrales nucléaires ne constitue pas le risque le plus important pour la sécurité du réseau, insiste le président de RTE, filiale à 100% d'EDF.

"La préoccupation qu'on a est plutôt liée à la situation européenne", souligne Dominique Maillard, citant la fermeture de huit réacteurs en Allemagne, le développement des énergies renouvelables et l'arrêt de deux réacteurs en Belgique en raison de craintes sur leur sûreté.

En février dernier, la France a pu compter sur ses voisins européens, notamment l'Allemagne, pour importer une quantité record de 9.000 mégawatts (MW) d'électricité, soit l'équivalent en puissance d'environ neuf réacteurs nucléaires.

Traditionnellement exportatrice, la France a besoin d'importer de l'électricité en hiver en raison de sa forte sensibilité au froid.

Dans ce contexte, une consommation trop élevée pourrait obliger RTE à couper volontairement l'électricité dans certaines zones pendant quelques heures afin d'éviter des coupures généralisées, c'est-à-dire pratiquer un "délestage" du réseau.

"Par exemple, on prive d'alimentation électrique un quartier pendant deux heures, en privilégiant bien sûr l'alimentation des hôpitaux, des feux de signalisation, etc. (...) Ce qu'on veut surtout éviter c'est le black-out à 100%."

25 ANS D'ATTENTE POUR FRANCE-ESPAGNE

Pour sécuriser l'approvisionnement, RTE projette de construire une dizaine de liaisons entre l'Europe de l'ouest et la France, un carrefour stratégique en raison de sa situation géographique.

"C'est un défi à relever", admet Dominique Maillard, soulignant que ces 20 dernières années seuls 5.000 MW, sur 13.000 de capacité totale, ont été construits.

"L'objectif, c'est d'en mettre en service 15.000 ces 25 prochaines années. Ça veut dire faire 3 fois plus."

En 2014, une liaison souterraine à haute tension, qui passera sous les Pyrénées par un tunnel dont RTE inaugurait mercredi le lancement des travaux, reliera la France à l'Espagne, souvent qualifiée au même titre que le Royaume-Uni d'îlot électrique en raison de sa situation géographique.

Situé, côté français, à Montesquieu-des-Albères, près de Perpignan, le projet franco-espagnol a mis plus de 25 ans à voir le jour, en raison notamment de fortes oppositions locales.

"La pierre d'achoppement, ce sont vraiment les conditions d'acceptation des ouvrages, c'est le point de passage le plus difficile", admet Dominique Maillard.

Les 65 km de constructions souterraines ont multiplié par 8 le coût du projet initial, portant le total à 700 millions d'euros, répartis entre les opérateurs français et allemands. L'Union européenne participe à hauteur de 225 millions d'euros.

Historiquement, les interconnexions ont été pour la France des opportunités commerciales, permettant d'exporter l'excédent d'énergie générée par ses 58 réacteurs, note la Commission de régulation de l'énergie (CRE).

Dans l'avenir, les échanges vont s'intensifier en raison du développement des énergies renouvelables, les pays compensant l'intermittence du solaire et de l'éolien par des importations d'électricité, dit Dominique Maillard.

"Il y a une solution dont beaucoup rêvent, c'est le stockage", ajoute-t-il. "Mais le moyen qui est à notre disposition, c'est le transport d'électricité."

Avec Muriel Boselli, édité par Yves Clarisse


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