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La droite s'efforce de mettre ses querelles en sourdine

Reuters04/09/2016 à 17:28

LES RÉPUBLICAINS ONT TENTÉ DE CACHER LEURS DIVISIONS CE WEEKEND

par Simon Carraud

LA BAULE, Loire-Atlantique (Reuters) - Les orateurs de la droite se sont efforcés ce week-end d'afficher le visage d'une famille unie lors de l'université de rentrée des Républicains à La Baule (Loire-Atlantique), conclue par une mise en garde de Nicolas Sarkozy contre le risque d'une dislocation de son camp avant l'élection présidentielle de 2017.

Pour autant, les principaux candidats à la primaire n'ont pas posé sur la même photo et ont pour certains glissé des allusions à leurs rivaux, sans toutefois prononcer de phrases susceptibles d'attiser les hostilités.

Dimanche, Nicolas Sarkozy a invoqué les exemples des "affrontements suicidaires" entre Jacques Chirac et Valéry Giscard d'Estaing dans les années 1980 et entre Jean-François Copé et François Fillon en 2012, qui ont selon lui laissé une image déplorable et coûté cher sur le plan politique.

"Il n'y aura pas d'alternance si la campagne des primaires devait continuer sur la base d'un pugilat", a-t-il prévenu devant plus d'un millier de sympathisants, parmi lesquels de jeunes militants acquis à sa cause.

"Quel sera notre état dans deux mois et demi (...) s'il ne reste qu'un champ de bataille, avec des ruines?", a ajouté Nicolas Sarkozy, qui dit n'avoir ni "adversaire" ni "ennemi", mais seulement des "concurrents".

L'ex-chef de l'Etat a cependant rejeté l'idée d'un "code de bonne conduite", proposé samedi par Alain Juppé, indéboulonnable favori des sondages en vue du scrutin de novembre.

"Quand il faut un code, c'est déjà qu'on est dans le problème", a justifié Nicolas Sarkozy, préférant parler d'une double exigence, de loyauté due au futur vainqueur et de bonne tenue des prétendants pendant la campagne.

Son entrée dans la danse, le 22 août, avait marqué le début d'un durcissement de la campagne.

LE SYMBOLE MACRON

En moins de deux semaines, François Fillon a décoché une formule assassine contre l'ex-président ("Qui imagine le général de Gaulle mis en examen?"), ce dernier a moqué les "oreilles sensibles" d'Alain Juppé sur l'immigration et le maire de Bordeaux a dénoncé la flatterie des "bas instincts".

Ces échanges acerbes ont incité le "filloniste" Bruno Retailleau, président de la région Pays-de-la-Loire et hôte du rendez-vous de la Baule, à jouer les intermédiaires par téléphone, notamment avec l'équipe de Nicolas Sarkozy, pour éviter un vaste règlement de comptes sur ses terres.

Même s'ils ont assumé leurs divergences dans certains domaines, gages selon eux d'un "débat d'idées" nécessaire pour les départager, les grands candidats s'en sont tenus à la même ligne.

"Nous sommes concurrents mais le seul adversaire que nous avons, c'est François Hollande et le socialisme", a jugé samedi Bruno Le Maire, troisième homme dans les sondages, à son arrivée sur le campus.

Comme lui, les prétendants invités à la tribune ont réservé leurs coups les plus virulents à l'actuel chef de l'Etat et à son ex-ministre Emmanuel Macron, dont la démission symbolise à leurs yeux le désordre au sein de la gauche.

Le président des Républicains, Laurent Wauquiez, a lui aussi donné un signe d'apaisement en affirmant qu'il souhaitait voir Nathalie Kosciusko-Morizet réunir les parrainages requis pour participer à la primaire.

"Je n'ai pas les mêmes idées qu'elle mais (...) elle incarne une sensibilité dans notre famille politique", a déclaré ce tenant d'une ligne droitière, qui a entretenu de fraîches relations avec l'ex-ministre de l'Ecologie lorsque tous deux siégeaient à la direction de leur parti.

Sur l'estrade, Laurent Wauquiez et Nathalie Kosciusko-Morizet se sont assis côte à côte.

"D'AUTRES PETITES PHRASES"

Mais le week-end à la Baule n'a pas soldé toutes les rivalités entre Nicolas Sarkozy, Alain Juppé ou François Fillon, qui ne sont pas affichés ensemble comme ils l'avaient fait furtivement voilà un an, au même endroit.

Entouré de proches - Brice Hortefeux, Luc Chatel, Gérald Darmanin ou Eric Ciotti -, Nicolas Sarkozy est arrivé le dimanche, après le départ de ses concurrents les plus sérieux, venus prendre la parole à tour de rôle le samedi.

Eux aussi candidats, Henri Guaino, Geoffroy Didier et Jean-François Copé n'ont pas fait le déplacement en Loire-Atlantique.

Des allusions railleuses ont par ailleurs affleuré dans les discours de certains candidats et de leurs soutiens.

"Qui imagine le général De Gaulle se livrer au jeu des petites phrases ?", s'est interrogé Luc Chatel, répondant ainsi à la formule prononcée une semaine plus tôt par François Fillon dans son fief de Sablé-sur-Sarthe.

Le même François Fillon a une nouvelle fois évoqué à la Baule les "affaires judiciaires" qui ont discrédité les institutions, sans citer le nom de Nicolas Sarkozy, mis en examen dans deux dossiers.

"La mécanique des primaires génèrera forcément d'autres petites phrases", selon Bruno Retailleau. "Le moins possible, j'espère."

Jamais la droite n'avait organisé une telle élection interne avant une présidentielle.

(Edité par Marine Pennetier)

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