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La dette grecque devra encore être restructurée

Reuters24/07/2012 à 21:52

ATHÈNES DEVRA ENCORE RÉDUIRE SA DETTE

par Luke Baker

BRUXELLES (Reuters) - La Grèce sera incapable d'honorer ses engagements budgétaires et financiers et une nouvelle restructuration de sa dette sera nécessaire, ont déclaré mardi trois responsables de l'Union européenne.

Des inspecteurs de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du FMI, se trouvent à Athènes pour évaluer la mise en oeuvre des conditions liées au deuxième plan d'aide d'un montant de 130 milliards d'euros accordé à la Grèce en début d'année.

"La Grèce a sévèrement dérapé", a déclaré à Reuters un responsable de l'UE qui a requis l'anonymat. "L'analyse de soutenabilité de la dette sera assez terrible".

Un autre responsable a mis en avant les nouvelles prévisions avancées par Athènes, selon lesquelles le produit intérieur brut pourrait chuter de 7% cette année contre 5% attendu jusqu'à présent.

"Rien n'a été fait en Grèce au cours des trois ou quatre derniers mois", a-t-il dit en référence aux deux scrutins législatifs organisés dans le pays depuis mai.

Le coût d'une éventuelle nouvelle restructuration de la dette publique grecque serait principalement à la charge de la BCE et des autres Etats de la zone euro, qui en détiennent au total pour quelque 200 milliards d'euros.

OPTIONS LIMITÉES

Aux termes du deuxième plan de renflouement négocié avec l'Union européenne et le FMI en février, Athènes s'est engagé à de nouvelles coupes budgétaires et à des hausses d'impôts en échange d'un allègement de sa dette de 100 milliards d'euros.

La restructuration de la dette impliquait un abandon de créances à hauteur de 70% de leurs avoirs par les prêteurs privés devant permettre de ramener la ratio d'endettement de la Grèce d'environ 160% à moins de 120% à l'horizon 2010, un niveau dont le FMI a considéré qu'il était soutenable à long terme.

Athènes est très éloigné de cet objectif à l'horizon 2020, ont dit les responsables de l'UE interrogés par Reuters.

L'un d'entre eux a estimé que le dépassement pourrait atteindre 10 points de PIB, soit l'équivalent d'environ 30 milliards d'euros.

Le FMI pourrait en conséquence décider de se retirer du deuxième plan de sauvetage alors que l'institution a déjà prévenu qu'aucun manquement par rapport aux objectifs ne serait acceptable. Les autres membres de la zone euro et la BCE resteraient seuls en lice pour supporter les éventuels coûts additionnels.

Dans ce cas, le seul moyen de maintenir la Grèce à flot et au sein de la zone euro consisterait pour les Etats-membres et la BCE à abandonner une partie de leurs créances ou à les rééchelonner pour donner à Athènes plus de temps pour rembourser à des taux eux-mêmes éventuellement ajustés à la baisse.

"Cela n'a pas encore été examiné au niveau politique car personne ne veut ouvrir cette discussion", a déclaré l'une des sources. "La faisabilité politique d'une restructuration de la dette détenue par des entités publiques devient de plus en plus problématique", a-t-elle ajouté.

Bien qu'aucune discussion formelle n'ait été engagé sur l'implication des entités créancières publiques, deux options ont été mentionnés : une dépréciation par la BCE du portefeuille de 40 milliards d'euros de titres de dette grecque qu'elle détient ou une amélioration des conditions de prêt consenties à la Grèce par les Etats-membres.

Six pays de la zone euro sont toutefois fermement opposés à un assouplissement des conditions de prêts en raison des manquements répétés d'Athènes de ses objectifs et du coût pour leurs contribuables, ont déclaré à Reuters les responsables de l'UE interrogés.

"La dynamique politique va vraiment à l'encontre de la dynamique économique", a déclaré l'une des sources. "Les arguments économiques peuvent être clairs : nous devons restructurer la dette de la Grèce pour la rendre soutenable. Mais il n'y a aucune volonté politique de le faire".

Après deux et demi d'une profonde crise économique et deux plans de sauvetage de plusieurs dizaines de milliards d'euros, la question du maintien de la Grèce dans la monnaie unique reste donc posée.

Marc Angrand et Marc Joanny pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten


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