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La défiance envers Hollande éclipse le bilan du quinquennat

Reuters27/10/2016 à 16:56
    * Hollande décrié malgré des résultats à défendre 
    * La crise autour du livre de "confidences" perdure 
    * Valls, Royal, Taubira au bal des prétendants 
 
    par Elizabeth Pineau 
    PARIS, 27 octobre (Reuters) - C'est le paradoxe, inédit dans 
la Ve République, de cette fin de quinquennat : la candidature 
du président sortant à sa propre succession est violemment 
contestée dans son propre camp, rendant inaudible le discours 
sur le bilan de sa politique. 
    Les dégâts provoqués par la publication de l'explosif 
ouvrage de deux journalistes "Un président ne devrait pas dire 
ça..." ont compromis le travail de fourmi entamé il y a des mois 
pour défendre les acquis du mandat de François Hollande. 
    Baisse du chômage sur l'année 2016, comblement du "trou" de 
la Sécurité sociale, relèvement de la note de la France par 
l'agence Standard and Poor's, poursuite des opérations 
militaires sur le théâtre irako-syrien, évacuation dans le calme 
du camp de migrants de Calais : autant d'avancées qui n'ont pas 
empêché le président de descendre à 4% de bonnes opinions dans 
un sondage publié cette semaine. [nL8N1CV3HX) 
    "C'est toute la contradiction de la situation, c'est l'effet 
paradoxal : le président de la République vit le moment 
sondagier et médiatique le plus difficile de son quinquennat, et 
il a les résultats les plus probants de son quinquennat", 
résumait mercredi sur LCP le Premier secrétaire du Parti 
socialiste, Jean-Christophe Cambadélis.  
    La crise politique provoquée par les "confidences" du chef 
de l'Etat, "ça ne facilite pas le travail dans un moment où 
précisément les Français pouvaient observer que les engagements, 
les prises de position, les décisions prises par le président 
portaient leurs fruits", déplorait-il.  
     
    "QUI VA ALLER SE MOUILLER POUR LUI?" 
    Preuve que l'émotion n'est pas retombée au PS, le président 
de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, décrit dans le livre 
comme dépourvu d'un "charisme considérable", a refusé d'assister 
au discours de François Hollande sur le centenaire de la 
naissance de François Mitterrand, mercredi au musée du Louvre.  
    Le quatrième personnage de l'Etat l'a fait savoir par son 
entourage, sévère à l'égard du président. "Hollande joue la 
montre en disant 'institutionnellement je suis maître du temps'. 
Mais il n'est pas le maître des électeurs", dit un proche. "Qui 
va faire la campagne ? Je sais qu'en Seine-Saint-Denis, les gens 
ne veulent pas distribuer pour lui". 
    Certains ministres ne sont pas moins déprimés.  
    "Maintenant, il y a le gouvernement et le président. On n'a 
pas mérité ça", juge l'un d'eux. "Les 'hollandais' ne peuvent 
plus maquiller la vérité. Qui va aller se mouiller pour lui à la 
primaire, qui va aller s'épuiser pour lui ?"  
    Invité à "s'expliquer" par nombre de ténors du PS, François 
Hollande s'est montré imperturbable mercredi au Louvre, où il a 
prononcé un discours à double sens sur la difficulté de 
gouverner malgré les "critiques" et les "outrages", subis avant 
lui par François Mitterrand.    
    Jeudi matin, il a défendu son bilan devant les artisans, et 
devait faire de même en fin d'après-midi sur le thème des 
banlieues, qui avaient massivement voté pour lui en 2012.   
    En attendant le choix du président quant à une éventuelle 
candidature, début décembre, les prétendants fourmillent pour 
récupérer les faveurs d'une gauche déboussolée, malgré les très 
minces chances de victoire l'an prochain.  
    Les ex-ministres Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, 
candidats à la primaire du PS en janvier, ont rejeté l'appel à 
l'unité lancé samedi le Premier ministre Manuel Valls, qui se 
pose lui aussi en recours.   
    Egalement sortis du bois, leur ancien collègue Emmanuel 
Macron et le candidat de "La France insoumise", Jean-Luc 
Mélenchon, font de bons scores dans les sondages d'opinion. 
    Le premier n'a toutefois pas encore fait acte de 
candidature, et le second pas réuni les signatures requises pour 
être officiellement dans la course.   
     
    "ALLER AU CHARBON" 
    Le bal des prétendants a aussi convié Ségolène Royal et 
Christiane Taubira, deux ex-candidates malheureuses à l'élection 
présidentielle. 
    "On cherche quelqu'un pour se sacrifier (...) Si c'était 
gagnable, on ne viendrait pas me chercher", a ironisé la 
ministre de l'Environnement.   
    De l'avis d'une de ses collègues, "Ségolène Royal peut 
rassurer les écologistes" tout en étant "la seule à avoir une 
proximité absolue avec Hollande. Elle le protège".  
    Quant à l'ancienne ministre de la Justice Christiane 
Taubira, certains la considèrent comme la seule à même de 
"rassembler le PS, et d'éviter un éclatement avant les 
élections" mais elle a dit de ne pas vouloir franchir le pas. 
    Poussé par ses proches et posé comme une hypothèse par 
Jean-Christophe Cambadélis, Manuel Valls s'affiche en garant de 
"l'espérance de la gauche", prêt à déjouer les "pronostics".   
    Une candidature du Premier ministre dans un contexte aussi 
éruptif peut être considérée comme risquée, voire sacrificielle 
pour un homme qui n'a jamais caché son ambition présidentielle.  
    Un député socialiste ayant déjà intériorisé un échec en 2017 
la juge toutefois possible pour un homme dont la "personnalité 
le pousse à aller au charbon".  
    "S'il est juste le Premier ministre d'un président battu, il 
se 'fillonise'", analyse-t-il, en référence à l'ancien Premier 
ministre de l'ex-président Nicolas Sarkozy, François Fillon.  
    "Mais s'il reprend le drapeau laissé à terre, il est celui 
qui fera une proposition à gauche, celui qui préempte la case 
d'après, il peut faire une défaite honorable".  
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 

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