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La crise des migrants attise la tension entre Serbie et Croatie

Reuters24/09/2015 à 14:37

(Actualisé avec autres déclarations, Timmermans et Norvège) par Zoran Radosavljevic et Matt Robinson ZAGREB/BELGRADE, 24 septembre (Reuters) - L'afflux de migrants dans la péninsule balkanique et les difficultés rencontrées par les anciennes républiques yougoslaves pour gérer leur arrivée se double d'un conflit commercial entre la Croatie et la Serbie, qui renouent avec des tensions sans précédent depuis la chute de Slobodan Miloevi en 2000. Dans la nuit de mercredi à jeudi, Zagreb et Belgrade se sont engagées dans une escalade de sanctions aboutissant à l'instauration de blocus de part et d'autre de la frontière séparant les deux pays. Les produits croates et les poids lourds ont désormais l'interdiction d'entrer sur le territoire serbe tandis que les véhicules immatriculés en Serbie n'ont plus le droit de pénétrer en Croatie, pays membre de l'Union européenne depuis 2013. Des détenteurs de passeports serbes ont également été refoulés à la frontière mais le ministère croate de l'Intérieur a invoqué un problème informatique pour justifier ce blocage. "En ce qui concerne les individus, ils peuvent entrer en Croatie", a dit Ranko Ostojic, ministre croate de l'Intérieur. La Serbie n'a été en rien convaincue par cette explication, et son ministère des Affaires étrangères a comparé les mesures prises par Zagreb avec les lois raciales mises en oeuvre par le régime croate oustachi, à la botte des nazis, pendant la Seconde Guerre mondiale. "Par leur caractère discriminatoire, elles ne peuvent être comparées qu'aux mesures prises dans le passé, à l'époque de la Croatie fasciste(...)", a déclaré le ministère dans un communiqué. Le ministre serbe de la Justice, Nikola Selakovic, a parlé quant à lui d'une Serbie "brutalement agressée par la Croatie". Tard mercredi soir, la Serbie a interdit l'entrée sur son territoire de tous les véhicules croates de transport de marchandise en représailles aux restrictions imposées par la Croatie concernant les migrants passant par leur frontière commune. ID:nL5N11T4PF Les relations entre Zagreb et Belgrade se sont sensiblement dégradées avec l'intensification du flux de migrants qui tentent traverser les deux pays pour se rendre en Europe occidentale. "IL N'Y AURA NI GUERRE NI VIOLENCE", DIT ZAGREB Jeudi, les autorités croates ont interdit à tous les poids-lourds, à l'exception de ceux qui transportent des denrées périssables, de pénétrer sur leur territoire et elles ont fermé sept des huit points de passage routiers, exigeant de la Serbie qu'elle dirige les migrants vers la Hongrie et la Roumanie et plus uniquement vers la Croatie. Les migrants pénétrant sur le territoire serbe en provenance de Macédoine sont acheminés en car par les autorités serbes jusqu'à la frontière croate. Zagreb s'efforce de son côté de les faire passer en Hongrie qui cherche à son tour à les envoyer en Autriche. La Croatie dit ne plus pouvoir absorber le flux de migrants et de réfugiés et réclame désormais de la Serbie qu'elle les dirige en Hongrie et en Roumanie. "Cette situation me navre. Nous avions prévu d'ouvrir la frontière aujourd'hui mais désormais, nous devons agir ainsi", a déclaré le Premier ministre croate, Zoran Milanovi, après l'instauration du blocus serbe. "Il n'y aura ni guerre ni violence, tout va se passer dans le calme, mais ce n'est pas un comportement normal (de la part de la Serbie)", a-t-il ajouté à Bruxelles où il a participé mercredi à un sommet des dirigeants de l'Union européenne. Il a dit aussi qu'il ne permettrait pas que la Serbie "nous prenne pour des imbéciles". Depuis mardi, plus de 40.000 migrants, pour la plupart des réfugiés syriens, sont entrés en Croatie par la Serbie après la fermeture de la frontière serbo-hongroise. Serbie et Croatie se sont affrontées pendant la guerre de 1991-1995 en ex-Yougoslavie. Plus largement, le vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans a estimé jeudi que si l'Europe ne parvenait pas à régler correctement la crise des migrants, le "vieux continent" risquait de connaître une nouvelle poussée de l'extrême droite. "Nous devons faire en sorte que les pays où les migrants arrivent soient mieux à même de s'assurer qu'ils soient enregistrés, et que les personnes qui ne bénéficient pas du droit d'asile soient rapidement renvoyées", a-t-il dit à la BBC-radio. "Si nous ne sommes pas en mesure de régler cette question, si nous ne trouvons pas de solutions qui tiennent, vous assisterez à une poussée de l'extrême droite à travers le continent européen", a-t-il conclu. Les services de sécurité norvégiens (PST) ont estimé de leur côté jeudi que l'afflux de réfugiés en Norvège risquait d'accroître la menace de l'extrême droite. Pareille perspective se dessine "car la résistance à l'immigration est un de leurs chevaux de bataille, et un important facteur de mobilisation(...)", ont déclaré les services de sécurité dans un communiqué. La Norvège, qui fait partie de l'espace Schengen mais pas de l'Union européenne, s'attend à accueillir cette année 16.000 à 20.000 demandeurs d'asile. (avec Alex Fraser à Opatovac; Croatie; et Branko Filipovic à Batrovci; Serbie; Nicolas Delame et Eric Faye pour le service français)

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