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La crise de la zone euro frappe aux portes de la France

Reuters16/11/2011 à 17:24

par Julien Toyer

BRUXELLES (Reuters) - Après la Grèce, l'Irlande, le Portugal, l'Espagne et l'Italie, la crise de la zone euro frappe désormais aux portes de la France, forçant la Banque centrale européenne à monter en première ligne pour freiner l'hémorragie.

Selon des courtiers, la BCE a intensifié mercredi ses rachats de titres italiens et espagnols au lendemain d'une journée noire sur le marché obligataire, au cours de laquelle les primes de risque de la France et de plusieurs autres pays du coeur de la zone euro ont bondi à des niveaux jugés impensables il y a encore quelques jours.

Cette intervention n'a toutefois pas permis de desserrer l'étau autour de la dette française alors que les investisseurs voient l'Europe prendre le chemin périlleux de la récession et restent défiants face à la capacité des dirigeants du continent à prendre des décisions structurelles mettant fin à la crise.

L'écart de rendement entre les dettes française et allemande se rapproche des 200 points de base, un niveau inconnu depuis le début des années 1990.

La porte-parole du gouvernement français, Valérie Pécresse, a jugé cette évolution injustifiée et a réaffirmé que la France tiendrait ses engagements de réduction des déficits, à 4,5% du PIB en 2012 et 3% en 2013, afin de conforter sa note "triple A".

Elle a ajouté que Paris avait "toute confiance" dans la capacité de la BCE à assurer la stabilité de la monnaie unique. Un message à l'attention des marchés, qui espèrent que l'institution de Francfort, vue comme le seul rempart crédible à l'éclatement de la zone euro, n'hésitera pas, le moment venu, à endosser le rôle de prêteur en dernier ressort des Etats, ce à quoi s'opposent la banque elle-même et l'Allemagne.

"MOMENT DE VÉRITÉ"

Ajoutant à la pression des investisseurs des derniers jours, le président américain, Barack Obama, a de nouveau appelé les dirigeants européens à agir de manière déterminante.

"Nous allons continuer de conseiller les leaders européens sur les options nécessaires pour calmer les marchés. Cela appellera des décisions difficiles", a-t-il dit à la presse lors d'une visite en Australie.

En Europe, les présidents de la Commission et du Conseil européen ont appelé à accélérer les travaux sur le renforcement de la gouvernance économique et l'intégration des politiques économiques, budgétaires et fiscales au sein de la zone euro.

"Nous faisons aujourd'hui face à une crise véritablement systémique qui requiert un engagement encore plus fort de tous et d'importantes mesures supplémentaires", a dit José Manuel Barroso devant le Parlement européen à Strasbourg.

"Le moment de vérité approche (...) Nous avons les moyens de répondre à la crise en Europe, pourvu que nous en ayons la volonté politique", a-t-il poursuivi.

Une fois que cette intégration budgétaire sera en place et que de nouveaux outils de gouvernance auront été décidés, des obligations européennes - que de nombreux économistes jugent être une solution à la crise actuelle - deviendront alors "naturelles", a-t-il encore dit.

La chancelière allemande, Angela Merkel, a réaffirmé mercredi l'opposition de Berlin à ces "euro-obligations", même si elle a ouvert la porte à un abandon partiel de souveraineté pour favoriser l'intégration économique et budgétaire.

Les "euro bonds" sont, avec une intervention massive de la BCE, les deux solutions structurelles les plus fréquemment évoquées pour résoudre la crise de confiance affectant des pays comme la France ou l'Italie, trop gros pour être secourus par le Fonds européen de stabilité financière (FESF).

RETARDS

D'autant que le FESF, dont les chefs d'Etat et de gouvernement des Vingt-Sept avaient décidé fin octobre d'augmenter les capacités pour les porter à 1.000 milliards d'euros, peine de plus en plus à attirer les investisseurs.

Après une émission obligataire en demi-teinte la semaine dernière, son directeur général, Klaus Regling, a reconnu qu'il faudrait plus de temps que prévu pour donner au fonds l'effet de levier envisagé afin de démultiplier les 440 milliards d'euros dont il dispose actuellement.

"Il ne faut pas s'attendre à ce qu'il y ait dès décembre des centaines de milliards prêts à être déployés dans nos nouveaux instruments", a-t-il déclaré au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung, alors que les dirigeants des Vingt-Sept avaient initialement émis le souhait que la réforme du fonds soit achevée en novembre.

La situation reste également tendue dans les pays de la zone euro qui sont plus particulièrement dans le viseur des marchés.

En Italie, Mario Monti a finalement formé son gouvernement et s'est adjugé le portefeuille de l'Economie mais une tâche titanesque l'attend pour mettre en oeuvre un vaste programme d'économies et réformer le pays.

En Espagne, où des élections ont lieu ce dimanche, le leader du centre-droit, Mariano Rajoy, se prépare à prendre en main les destinées d'un pays où l'économie est au point mort et où le taux de chômage approche 25%, avec pour programme d'intensifier l'austérité.

En Grèce, le chef des conservateurs, Antonis Samaras, a dit qu'il voterait la confiance au nouveau gouvernement d'unité afin de permettre le déblocage de la sixième tranche d'aide au pays. Mais il refuse de s'engager par écrit à respecter les modalités du dernier plan de sauvetage, comme l'exigent les Européens, et appelle à des élections dans les trois mois, alimentant ainsi l'incertitude.

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