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L'Otan réclame davantage d'efforts de défense à l'Europe

Reuters18/09/2013 à 18:29

LES DÉPENSES DE DÉFENSE DANS LE MONDE

par Patrick Vignal

PARIS (Reuters) - L'écart grandissant entre les capacités militaires des États-Unis et celles de leur alliés européens préoccupe l'Otan, qui souhaite un rééquilibrage des efforts consentis de part et d'autre de l'Atlantique.

La crise économique qui frappe l'Europe fait que les budgets nationaux de la défense s'y resserrent un peu partout et que pratiquement aucun des pays européens, qui représentent pourtant 22 des 28 membres de l'Alliance, n'atteint la barre fixée par l'Otan de 2% de PIB consacré à l'effort militaire pour permettre à une nation d'assurer sa souveraineté.

Les Etats-Unis sont les premiers de la classe avec environ 4,75% de PIB consacré à leur outil de défense. Les Britanniques font plutôt bonne figure avec autour de 2,5%, malgré des coupes claires annoncées cette année. Quant à la France, deuxième armée d'Europe derrière celle du Royaume-Uni, elle se maintient autour de 1,5%.

L'armée française va cependant perdre 34.000 postes sur six ans et son budget de la défense sera gelé à hauteur de 31,4 milliards d'euros pour les trois prochaines années, selon le projet de loi de programmation militaire 2014-2019 présenté le 2 août dernier en conseil des ministres.

Le général français Jean-Paul Paloméros, patron du commandement suprême allié transformation de l'Otan, refuse cependant de montrer l'armée française du doigt tout en pointant certains lacunes.

"Je ne considère pas que la France comporte des déficits capacitaires si importants même si on pourrait revenir sur les débats sur notre manque de moyens de surveillance et ses implications", a dit mercredi l'ancien chef d'état-major de l'armée de l'air, désormais chargé de préparer l'Otan à faire face aux nouvelles menaces et aux défis futurs.

Créée en 1949 pour assurer la sécurité du continent européen face au bloc de l'Est après la Seconde Guerre mondiale, l'Otan doit faire face aujourd'hui à une nouvelle donne stratégique, les Etats-Unis abandonnant leur rôle traditionnel de protecteur de l'Europe pour se concentrer sur l'Asie.

Cette situation suggère une contribution accrue des pays Européens à l'Otan, a souligné le général Paloméros lors d'une rencontre avec des journalistes à Paris.

"Il faut voir ce que les pays européens sont prêts à apporter à la corbeille", a-t-il dit. "Les Etats-Unis ont d'autres perspectives stratégiques et il est normal qu'on vienne les soutenir dans cet effort pour l'Alliance".

LE "GRAAL" DES 2%

"Il faut une alliance équilibrée entre les deux côtés de l'Atlantique et au sein de l'Europe pour que cela fonctionne", ajoute-t-il.

"Les Américains remplissent un grand nombre des trous de la raquette. La question qui se pose à nous, Européens, c'est quelle est la part que nous voulons assumer. Il y a des déficits un peu partout. C'est vrai que les Américains sont capables à eux seuls de couvrir les ambitions de l'Alliance mais ce n'est pas leur souhait".

La réponse peut être budgétaire, ajoute le cadre de l'Otan, même s'il reconnaît que la fameuse barre de 2% de PIB n'est pas un objectif réaliste pour de nombreux pays européens.

"Ce 2%, c'est un objectif, un Graal, une ambition. Est-ce qu'on peut l'atteindre ? Visiblement, aujourd'hui, c'est difficile. Les pays qui l'atteignent sont assez rares", dit-il.

Certains pays, ajoute-il, dépensent trop sur leur personnel au détriment de leur capacité d'investissement et devraient consacrer davantage d'efforts pour entraîner leurs forces.

La France peut se sentir visée puisqu'un récent rapport de la Cour des comptes dénonçait une augmentation de la masse salariale dans le secteur de la défense malgré une réduction des effectifs.

Le général Paloméros a dit sa fierté d'avoir vu la France intervenir seule et en premier lors de l'opération Serval au Mali tout en soulignant qu'elle avait eu besoin de l'appui logistique de ses alliés pour compenser ses lacunes, notamment en matière de drones de surveillance et d'avions ravitailleurs.

L'Europe doit agir en synergie plutôt qu'en concurrence, ajoute-t-il, faisant écho à des propos similaires tenus la semaine dernière par Marwan Lahoud, président d'EADS France et directeur de la stratégie du groupe aéronautique.

Définie comme une priorité par le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, l'Europe de la défense, source logique d'économies par la mutualisation de ressources sur certains programmes, reste à l'état embryonnaire, malgré un ambitieux traité franco-britannique et un projet européen pour la construction en commun de drones.

Pour le général Paloméros, l'Europe n'a plus de temps à perdre si elle veut conserver une forme d'équilibre dans ses relations avec le géant américain au sein de l'Otan.

"Le déficit avec les Américains ne peut que s'accroître si nous continuons sur cette voie est c'est effectivement une des préoccupations qui marquera les débats de l'Alliance dans un futur sommet" qui pourrait se tenir en 2014, a-t-il dit.

Edité par Yves Clarisse


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