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L'Onu évoque un risque de génocide en Centrafrique

Reuters23/01/2014 à 09:56

LES VIOLENCES EN CENTRAFRIQUE RISQUENT DE SE TRANSFORMER EN GÉNOCIDE, SELON L?ONU

par Michelle Nichols

NATIONS UNIES (Reuters) - Au moins 6.000 enfants ont été enrôlés par des groupes armés en République centrafricaine (RCA) et sont contraints de commettre des atrocités dans un conflit interreligieux entre ex-rebelles de la Séléka, en majorité musulmans, et milices chrétiennes qui menace de se transformer en génocide.

Plus d'un million de personnes ont fui depuis que les hommes de la Séléka ont pris le pouvoir en mars 2013 et renversé le président François Bozizé lors d'un coup d'Etat.

Des groupes d'auto-défense chrétiens, baptisés "anti-balaka", se sont constitués et ont mené des représailles contre les rebelles musulmans, faisant plusieurs milliers de morts, selon un décompte des Nations unies.

"L'impact du conflit sur les enfants est dramatique avec des niveaux de brutalité sans précédent", a dit l'émissaire Leila Zerrougui devant le Conseil de sécurité de l'Onu. "Des enfants ont été agressés, mutilés, tués et décapités", a-t-elle ajouté.

Les estimations récentes, a-t-elle précisé, montrent qu'au moins 6.000 enfants seraient impliqués dans des groupes armés. "Ils ont été manipulés par les deux camps suivant les appartenances religieuses", a poursuivi Leila Zerrougui.

Adam Dieng, conseiller spécial de l'Onu sur la prévention des génocides, a admis avoir été choqué par la violence de la haine entre chrétiens et musulmans.

"Les attaques généralisées et incontrôlées des ex-Séléka et des milices anti-balaka, ainsi que des civils armés qui les soutiennent, contre des civils en raison de leur religion ou de leur appartenance ethnique constitue un crime contre l'humanité. S'il n'y est pas mis fin, il existe un risque de génocide", a-t-il estimé.

Dieng s'est rendu en RCA avec Leila Zerrougui au mois de décembre et avec une représentante spécialiste des violences sexuelles commises lors de conflit, Zainab Bangura.

Les milices anti-balaka, a-t-il dit, sont de mieux en mieux organisées et ont intégré certains anciens soldats partisans de François Bozizé.

"Ces anciens militaires ont joué, selon des informations, un rôle moteur dans l'organisation d'attaques contre des civils musulmans", a précisé Dieng.

Selon des résidents de Bangui, interrogés lors de ce voyage, les anti-bakala et les milices chrétiennes se sont déployés dans l'ensemble des 16 provinces du pays afin d'organiser une mobilisation contre les musulmans.

UNE MISSION DE L'ONU?

L'envoi de 1.600 soldats français et de 5.000 casques bleus de l'Union africaine n'a pas réussi à faire cesser les violences. L'Union européenne a décidé de dépêcher 500 militaires supplémentaires.

Le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, doit s'exprimer devant le Conseil de sécurité à propos de la situation en RCA le mois prochain sur l'éventualité de transformer la mission africaine en une opération onusienne dans les six prochains mois.

Des diplomates occidentaux et des responsables de l'Onu ont précisé que l'UA souhaitait se voir accorder un délai d'un an pour maîtriser la situation sur le terrain, une tâche dont ils doutent qu'elle soit capable.

De nouveaux affrontements interreligieux ont fait sept morts à Bangui mercredi, a rapporté Human Rights Watch (HRW).

La Croix-Rouge a pour sa part annoncé la découverte cette semaine dans la capitale centrafricaine de onze corps, la plupart carbonisés, victimes des affrontements entre les ex-Séléka et les "anti-balaka".

De source militaire française, on dit par ailleurs que des soldats de la mission "Sangaris" ont été engagés dans des affrontements à Bangui dans la nuit de mardi à mercredi, après avoir été attaqués par des hommes non identifiés.

Pierre Sérisier pour le service français

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