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L'Italie adopte un budget suscitant des doutes de l'UE

Reuters22/12/2015 à 18:45
    * Allègements fiscaux et dépenses nouvelles 
    * L'objectif de déficit assoupli 
    * L'UE craint un non-respect des règles européennes 
 
    par Gavin Jones 
    ROME, 22 décembre (Reuters) - Le parlement italien a 
définitivement adopté mardi le projet de budget 2016 présenté 
par Matteo Renzi malgré les réserves de la Commission européenne 
face aux nombreuses dispositions susceptibles de déroger aux 
règles budgétaires de l'Union européenne. 
    La mesure phare de ce projet est l'abolition de la taxe sur 
les résidences principales, à l'image de ce qu'avait décidé en 
son temps Silvio Berlusconi, ce qui pourrait coûter environ 3,5 
milliards d'euros à l'Etat. 
    La loi de finances supprime aussi des prélèvements sur les 
équipements agricoles et industriels, offre des exemptions 
fiscales aux entreprises investissant dans des dépenses 
d'équipement et abaisse la redevance télévisuelle. 
    Matteo Renzi a aussi ajouté ces dernières semaines dans le 
projet de budget une prime mensuelle de 80 euros pour les 
policiers et les militaires et un versement exceptionnel de 500 
euros pour tous les Italiens âgés de 18 ans à dépenser dans des 
activités culturelles, comme le cinéma. 
    Ses détracteurs accusent le président du Conseil de 
multiplier les cadeaux à l'approche des élections municipales 
prévues l'année prochaine en Italie. 
    Matteo Renzi réplique que les mesures en faveur des forces 
de l'ordre sont nécessaires à la lumière des attentats qui ont 
fait 130 morts le 13 novembre à Paris et que "à chaque euro 
dépensé pour la sécurité doit correspondre un euro dépensé pour 
la culture". 
    Le budget, déjà approuvé par la Chambre des députés, a été 
adopté au Sénat par 162 voix contre 125 par le biais d'un vote 
de confiance, nettement avant la date-butoir fixée à la fin de 
l'année. 
     
    RENZI CRITIQUE L'ALLEMAGNE 
    Il assouplit les objectifs convenus avec la Commission 
européenne en matière de réduction du déficit budgétaire et de 
la dette. Pour l'exécutif européen, la reprise économique après 
des années de récession devrait au contraire inciter l'Italie à 
consolider ses finances publiques plutôt qu'à ralentir ses 
efforts. 
    Rapportée au produit intérieur brut, la dette publique de 
l'Italie, qui représente 133% de son PIB, est la plus élevée de 
la zone euro derrière celle de la Grèce. 
    La Commission européenne a rangé en novembre l'Italie parmi 
quatre pays de la zone euro dont les budgets risquent de 
s'écarter des règles communautaires. Elle a reporté son jugement 
définitif au mois de mai tout en exhortant les parlementaires 
italiens à apporter les corrections réclamées lors de l'examen 
du texte. 
    Les députés et sénateurs italiens n'ont pas suivi cette 
recommandation et ont au contraire élargi davantage le budget. 
    La principale inquiétude de Bruxelles porte sur le déficit 
structurel de l'Italie, qui devrait se creuser de 0,4 point de 
PIB en 2016 au lieu de se réduire de 0,5 point comme prescrit 
par l'UE. 
    Matteo Renzi compte respecter le plafond de 3% du PIB prévu 
par les règles européennes. Il a néanmoins progressivement 
relevé l'objectif de déficit pour 2016, passé de 1,8% du PIB 
initialement à 2,4% ce mois-ci, contre 2,6% en 2015. 
    Face aux critiques, le président du Conseil italien a 
accentué ses attaques contre ce qu'il présente comme une 
obsession de rigueur budgétaire dictée par l'Allemagne. 
    "Disons les choses franchement (...), l'Europe doit être au 
service des 28 pays qui la composent et pas d'un seul", a-t-il 
dit dans une interview publiée mardi par le Financial Times. 
    A ses yeux, la priorité de l'Italie doit être de soutenir 
son redressement économique. 
    Le budget contient une autre disposition contestée, le 
relèvement de 1.000 à 3.000 euros du plafond autorisé pour les 
transactions en liquide. Certains craignent que cela aggrave une 
évasion fiscale déjà problématique pour l'Italie. 
 
 (Bertrand Boucey pour le service français, édité par) 
 

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