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L'Europe adoube Ariane 6 pour se battre face à SpaceX

Reuters02/12/2014 à 22:41

* Les Etats investiront E8 mds, dont E4 mds pour les lanceurs * L'Allemagne s'est ralliée à Ariane 6 en novembre * Prochaine réunion ministérielle fin 2016 en Suisse (Actualisé avec précisions) par Cyril Altmeyer LUXEMBOURG, 2 décembre (Reuters) - Les 20 Etats membres de l'Agence spatiale européenne (ESA) ont donné mardi leur aval au lancement d'Ariane 6, la fusée destinée à succéder à Ariane 5, pour lutter contre la concurrence de l'américain SpaceX et celle, prévisible, des émergents. A l'issue d'une réunion de sept heures, plus courte que prévu, l'Europe spatiale s'est montré totalement alignée sur un double objectif : faire voler en 2020 une Ariane 6 moins chère qu'Ariane 5 et poursuivre l'exploration spatiale, quelques jours après le succès de la mission spatiale Rosetta. Ce succès fulgurant, deux ans après une précédente réunion consensuelle mais peu décisive, est dû en grande partie au ralliement de l'Allemagne à une version simplifiée d'Ariane 6, après avoir milité pour une étape intermédiaire qu'elle jugeait plus prudente, Ariane 5 ME, aujourd'hui enterrée. C'est donc à l'Allemagne qu'est revenu l'honneur d'annoncer la bonne nouvelle, rare signe d'unité dans une Europe souvent critiquée pour sa pesanteur bureaucratique. "Nous avons décidé de faire le programme de lanceurs", a déclaré aux journalistes Brigitte Zypries, secrétaire d'Etat allemande aux Affaires économiques et à l'Energie à la sortie de la réunion. Les Etats membres se sont engagés à dépenser huit milliards d'euros sur dix ans (dont 52% pour la France et 22% pour l'Allemagne), quatre milliards étant destinés aux lanceurs Ariane 6 et Vega C, cette dernière étant la nouvelle version prévue pour 2018 de la petite fusée européenne. "C'est enfin une famille de lanceurs (...) qui auront le même ADN", s'est félicité Jean-Jacques Dordain, le directeur général de l'ESA lors d'une conférence de presse. Ariane 6 sera proposée en deux versions : Ariane 62 pour lancer un seul satellite et Ariane 64 pour en lancer deux de taille moyenne, un inconvénient accepté par les opérateurs de satellites pour baisser les coûts. Le prix d'un lancement est estimé à 70 millions d'euros sur Ariane 62 et à 90 millions d'euros sur Ariane 64, contre 50 millions pour SpaceX et 130 millions en moyenne pour Ariane 5. NOUVELLE ETAPE FIN 2016 Dans deux ans, lors de la prochaine réunion ministérielle prévue fin 2016 à Lucerne (Suisse), les Etats membres de l'ESA décideront de continuer Ariane 6 ou de réorienter le programme. "Mais nous avons les engagements pour aller au bout d'Ariane 6", a assuré Jean-Jacques Dordain. Après son premier vol en 2020, Ariane 6 en effectuera quatre en 2021, six en 2022 et 11 en 2023, son rythme de croisière prévu, conforme à l'objectif fixé par Arianespace et à la moyenne d'un lancement par mois visée par Ariane 5. Arianespace continuera à exploiter Ariane et Vega, tandis que le lanceur russe Soyouz pourrait être retiré du service entre 2023 et 2025, a précisé Jean-Jacques Dordain à des journalistes. La secrétaire d'Etat française à l'Enseignement et à la Recherche Geneviève Fioraso, qui s'est entretenue chaque semaine avec son homologue allemande pour la rallier à Ariane 6, n'a pas caché sa satisfaction. "Quand l'Europe est groupée, a un projet, a des atouts et investit de façon constante depuis plus de 40 ans dans le domaine spatial, l'Europe est un succès et elle peut créer des emplois", a-t-elle déclaré à Reuters, citant 16.000 emplois directs en France et 35.000 en Europe. Elle a démenti toute difficulté dans la mise en place de la coentreprise entre Airbus Group AIR.PA et Safran SAF.PA , dont l'annonce de la création, anticipée lundi, se faisait toujours attendre mardi soir. Les industriels se sont accordés au printemps sur la nouvelle version d'Ariane 6, débouchant sur l'annonce de la coentreprise à la mi-juin. "Nous sommes allés à une vitesse inédite dans ce milieu, à la vitesse de la lumière", a déclaré à Reuters François Auque, responsable des activités spatiales chez Airbus Group. Avec Ariane 6, c'est aussi une nouvelle gouvernance spatiale européenne qui apparaît. Les Etats cesseront désormais de subventionner les lancements de satellites commerciaux, laissant aux industriels une plus grande responsabilité. Jean-Jacques Dordain s'est montré soulagé de cette étape franchie, tout en se montrant prudent. "J'ai enseigné la mécanique: je sais que lorsqu'il y a un mouvement, il y a une résistance et je ne m'attends pas à ce que les décisions d'aujourd'hui évoluent sans problèmes", a-t-il dit. Les Etats membres de l'ESA ont également accepté un budget de 800 millions pour la participation européenne à la station spatiale internationale et la préparation d'une deuxième mission ExoMars en 2018 après celle déjà prévue pour 2016. (Edité par Dominique Rodriguez)

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