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L'Etat face à la pollution de la raffinerie Petroplus

Reuters17/04/2013 à 01:33

LA FACTURE SERA LOURDE POUR L'ÉTAT QUI DEVRA DÉPOLLUER LE SITE DE PETIT-COURONNE

par Marion Douet

PARIS (Reuters) - La fermeture de la raffinerie de Petroplus obligera l'Etat, en l'absence de propriétaire solvable, à assumer le coût de la dépollution du site, une facture qui pourrait selon les experts aller d'une dizaine à plusieurs centaines de millions d'euros.

La plus vieille raffinerie de France, ouverte en 1929, a fermé définitivement ses portes mardi après le rejet par le tribunal de commerce de Rouen des offres de reprise du site de Petit-Couronne (Seine-Maritime).

Le niveau de la pollution résultant de l'écoulement possible d'hydrocarbures n'est pas encore connu mais les normes et les pratiques ont beaucoup évolué depuis l'ouverture du site.

"Plus l'exploitation est ancienne, plus il y a de raisons d'être inquiets. Ce type d'activité est à risque sous l'angle de la pollution des sols d'autant plus quand il y a eu plusieurs décennies d'exploitations et des changements de propriétaires", explique Patricia Blanc, directrice de la Prévention des risques (DGPR) au ministère de l'Ecologie et de l'Energie.

Les raffineries sont classées parmi les 1.200 sites les plus dangereux de France (Seveso) en raison des risques d'incendies, d'émanations toxiques ou d'explosions gazeuses.

Depuis les années 1970, une quinzaine de raffineries ont été fermées mais la situation de Petit-Couronne est inédite dans ce secteur en raison de la faillite de sa maison-mère Petroplus.

Le groupe suisse a déposé le bilan fin janvier 2012, laissant orpheline la raffinerie qu'il avait achetée en 2007 au pétrolier britannique Shell.

"Une fois qu'une filiale a fait faillite l'Etat se retrouve démuni", souligne Patricia Blanc, précisant qu'il est possible de se retourner vers les anciens propriétaires.

"Une fois qu'on a épuisé toutes les possibilités, c'est l'Etat qui paie la mise en sécurité du site, c'est-à-dire le fait de d'assurer que le site dont l'Etat hérite ne pose pas de problème de sécurité pour les habitants", ajoute-t-elle, citant dans ce cas les potagers ou encore les lieux de pêche alentours.

Un temps évoquée, une négociation pour obtenir une participation financière de Shell n'est plus à l'ordre du jour, souligne-t-on de source proche du dossier.

LOGEMENTS OU INDUSTRIES ?

Au cours de la bataille judiciaire de plus de quinze mois qui vient de s'achever, les syndicats ont parfois évoqué une "dette sociale et environnementale" de quelque 500 millions d'euros pour le site, sans détailler le montant de chaque poste.

"C'est plusieurs centaines de millions d'euros pour les remédiations (opération de remise en état), pour nettoyer les sols, démonter les unités", dit Jean-Louis Schilanksy, président de l'Union française des industries pétrolières (Ufip).

Le ministère de l'Energie évoque plutôt une charge "de l'ordre de grandeur d'une dizaine de millions d'euros" pour les finances publiques. Un chiffre qualifié de "raisonnable" par une source proche du dossier.

Les seuils de dépollution à atteindre dépendront également de l'utilisation future du site, soulignent les experts.

"Dépolluer complètement pourrait coûter très cher pour les finances publiques (...) mais le niveau de dépollution sera en fait lié au projet de réutilisation du site", souligne Patricia Blanc, rappelant les exigences différentes selon que l'on y construise des logements ou des industries.

Les ministres du Redressement productif et du Travail ont annoncé mardi dans un communiqué que le préfet de Région Pierre-Henry Maccioni est chargé de "travailler au repositionnement du site, notamment dans sa vocation industrielle".

Des entreprises de stockage d'hydrocarbures ou la SAGESS, l'organisme en charge des stocks stratégiques de pétrole, pourraient notamment être intéressées par la partie de Petit-Couronne consacrée au dépôt, dit l'Ufip.

Edité par Yves Clarisse

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