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L'Espagne risque de souffrir pour refinancer sa dette en 2012

Reuters25/07/2012 à 14:26

L'ESPAGNE RISQUE DE SOUFFRIR POUR REFINANCER SA DETTE EN 2012

par Julien Toyer et Carlos Ruano

MADRID (Reuters) - Des régions aux abois, des coûts de financement en hausse, un déficit qui se creuse et des marchés de plus en plus défiants: face à une telle conjonction, l'Espagne risque fort d'être incapable de lever les 50 milliards d'euros dont elle a besoin cette année pour refinancer sa dette. Sauf à obtenir une aide extérieure.

Les besoins de financement de Madrid ont augmenté de 10 milliards d'euros depuis le début de l'année en raison de l'assouplissement des objectifs de déficit convenus avec l'Union européenne et 12 milliards supplémentaires seront nécessaires pour venir en aide aux régions, très endettées et privées de facto d'accès au marché.

Au total, les besoins de financement d'ici la fin de l'année atteignent près de 50 milliards. Et l'avance sur son programme d'émissions prise par le Trésor au premier semestre se trouve réduite à néant.

Fin juin, les responsables espagnols laissaient pourtant entendre que le second semestre ne poserait guère de difficulté après avoir levé 59 milliards d'euros sur un total de 86 milliards prévus. Mais la nécessité de financer un déficit désormais prévu à 6,3% du produit intérieur brut (PIB), un point de plus que prévu initialement, et l'aide pour les régions les privent de cet avantage.

Le Trésor peut encore puiser dans ses réserves pour rembourser les 12,87 milliards d'euros de dettes arrivant à échéance le 30 juillet mais un test bien plus ardu s'annonce pour les 29 et 31 octobre, avec des "tombées" de 20,27 milliards d'euros en deux jours.

Madrid dispose aujourd'hui de réserves de liquidités de 28,9 milliards d'euros mais ce montant a rapidement fondu ces deux derniers mois: il atteignait 44 milliards en avril et 40,3 milliards en mai.

LE RENDEMENT MOYEN RESTE BAS

Juillet et octobre sont traditionnellement de "bons" mois en termes de recettes fiscales mais celles-ci ont chuté de 5% depuis le début de l'année par rapport à 2011.

Si l'Espagne ne peut pas émettre suffisamment d'obligations à moyen et long termes, faute de demande ou en raison de l'envolée des rendements, elle peut se replier sur le court terme, en augmentant ses émissions de bons du Trésor.

Mais une telle stratégie a un coût non négligeable: mardi, le Trésor a levé sans difficulté trois milliards d'euros à trois et six mois, mais en concédant aux investisseurs des rendements parmi les plus élevés pour ces échéances depuis la création de l'euro.

Plus tôt dans l'année, le Trésor avait dit prévoir de lever 100 milliards d'euros de papier à court terme cette année. Il en a déjà émis 47 milliards et doit en refinancer 35 milliards d'ici fin décembre.

Pour l'instant, grâce entre autres aux centaines de milliards d'euros de liquidités injectées dans le système financier par la Banque centrale européenne (BCE), la forte hausse des rendements de la dette espagnole sur le marché secondaire n'a pas eu d'impact sur le coût de financement moyen du Trésor, qui reste conforme à l'objectif et inférieur à ceux des années précédentes.

Le rendement moyen de la dette de l'Espagne ressortait à 3,27% fin juin contre 3,90% un an plus tôt, a déclaré le ministère de l'Economie mardi.

Mais pour conserver cet avantage, Madrid devra être en mesure de trouver des acheteurs pour se refinancer. Or les investisseurs étrangers se tiennent désormais à l'écart du marché obligataire espagnol et les banques espagnoles semblent de plus en plus réticentes à acheter des titres émis par leur propre pays.

LE MES, ARME FATALE ?

Cette situation ne ferait qu'empirer si la note souveraine du pays était de nouveau dégradée, car elle n'est qu'à un échelon de la catégorie spéculative ou "junk".

"Il n'y a pas d'acheteurs internationaux. Les petites banques n'ont plus les moyens d'acheter davantage, les grosses ne font que renouveler leur papier et globalement, les banques sur lesquelles l'Etat a de l'influence sont les seuls acheteurs en ce moment", résume un analyste obligataire qui a requis l'anonymat.

Malgré tout, ajoute-t-il, l'Espagne peut encore parvenir à se refinancer cette année si elle obtient une aide sous forme de liquidités.

Celles-ci pourraient provenir des centaines de milliards d'euros "stockés" par les banques dans les coffres de la BCE après les deux opérations de refinancement à long terme (LTRO) de décembre et février. L'Espagne serait sans doute l'un des premiers bénéficiaires d'un éventuel déblocage de ces fonds.

Autre option envisageable: un soutien du Mécanisme européen de stabilité (MES) qui verrait celui-ci acheter des titres espagnols, à l'émission ou sur le marché secondaire. Mais le MES ne sera pas opérationnel avant la mi-septembre au plus tôt et ses moyens financiers restent relativement limités au regard des besoins de Madrid.

"Tant qu'il ne disposera pas de la totalité de son capital, ce sera une arme à un seul coup. Mon avis, c'est donc que la zone euro devra attendre la toute dernière minute pour l'utiliser en Espagne parce que, si elle rate son coup, elle sera morte", juge l'analyste.

Marc Angrand pour le service français, édité par Marc Joanny


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