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L'émir du Qatar abdique en faveur de son fils, cheikh Tamim

Reuters25/06/2013 à 12:26

CHEIKH TAMIM, NOUVEL ÉMIR DU QATAR

par Regan Doherty

DOHA (Reuters) - L'émir du Qatar, cheikh Hamad ben Khalifa al Thani, a annoncé mardi matin qu'il abdiquait en faveur de son fils, le prince héritier cheikh Tamim, organisant 18 ans après son arrivée au pouvoir une transition en douceur.

Cheikh Tamim, qui avait été désigné héritier du trône dès 2003, devient à 33 ans, et de loin, le plus jeune dirigeant d'un pays du Golfe.

"Le moment est venu d'ouvrir une nouvelle page dans l'histoire de notre nation qui verra une nouvelle génération assumer les responsabilité avec ses idées innovantes", a dit l'émir Hamad dans un discours télévisé qui n'a duré que sept minutes.

L'émir, qui lisait son texte assis à son bureau, a ajouté qu'il faisait "entièrement confiance" à son fils qui, a-t-il dit, "a les qualifications requises pour cette responsabilité et est digne de confiance".

La succession était attendue et l'abdication de l'émir en faveur du prince héritier évoquée depuis plusieurs mois. Ce changement générationnel ne devrait pas, selon les experts, bouleverser la politique étrangère très active de l'émirat.

LA MUE DU QATAR

Agé de 61 ans, l'émir du Qatar, dont la famille règne depuis 130 ans, était arrivé au pouvoir en juin 1995 à la faveur d'un coup d'Etat de palais contre son père. En une génération, il a radicalement changé le cours de l'Histoire de ce petit pays d'environ deux millions d'habitants, dont seulement 250.000 Qataris.

S'appuyant sur ses formidables réserves de gaz naturel, il en a fait l'un des pays les plus riches de la planète et un acteur majeur dans de nombreux dossiers diplomatiques.

Doha s'est activement impliqué dans l'accompagnement des "printemps arabes" - finançant les rebelles libyens puis syriens et les nouvelles autorités égyptiennes, le Qatar est membre fondateur du groupe des "Amis du peuple syrien - ou s'imposant comme un intermédiaire dans les tentatives de négociations entre l'administration afghane et les taliban.

L'émir Hamad a également développé un "soft power" qatari par le biais d'investissements massifs dans les médias (avec la création d'Al Djazira), l'éducation ou le sport, symbolisé par l'obtention de la Coupe du monde de football en 2022. Les investissements de la Qatar Investment Authority (QIA), le fonds souverain de l'émirat, sont estimés entre 100 et 200 milliards de dollars.

Mardi, il n'a pas dit mot du sort de son cousin cheikh Hamad ben Djassim al Thani, l'actuel Premier ministre qui est aussi le ministre des Affaires étrangères depuis 1992 et le vice-président du conseil d'administration de la QIA.

Il n'a pas précisé non plus à quel moment la passation de pouvoirs aurait lieu. Mais un responsable qatari avait indiqué auparavant que la succession prendrait effet dès son annonce.

POURSUIVRE L'HÉRITAGE

Né en 1980, éduqué en Grande-Bretagne, passé comme son père par la prestigieuse école militaire de Sandhurst, cheikh Tamim devrait s'inscrire dans les pas de son père, estime Michael Stephens, chercheur basé à Doha du Royal United Services Institute. "La plus importante tâche qui l'attend sera de poursuivre le solide héritage de son père, et il le sait", ajoute-t-il.

Le nouvel émir du Qatar est décrit par les uns comme plus conservateur que l'émir actuel, par d'autres comme "affable et doté d'un grand sens de l'humour".

"Il est très chaleureux et extrêmement pragmatique. Quand il y a un problème, il essaie de le résoudre", dit une source diplomatique, selon laquelle "sa vision du monde est très proche de celle de son père".

Cheikh Tamim, qui a joué un grand rôle dans le dossier Coupe du monde 2022, a également été l'architecte du rachat du PSG, le club français, via Qatar Sports Investments (QSI). Mais ce fan de sport, par ailleurs commandant en chef adjoint des forces armées du Qatar, a endossé ces dernières années un rôle plus visible dans les affaires générales de l'émirat.

En 2011, en plein "printemps arabe", il a ainsi présidé une réunion du groupe de contact sur la Libye. Il a également participé à des discussions stratégiques avec l'Arabie saoudite.

Il est enfin très impliqué dans le projet que supervise sa mère, Moza bint Nasser al Missned, Education City, un réseau d'universités occidentales disposant d'antennes à Doha.

Pour Eman Ebed Alkadi, analyste d'Eurasia Group, il ne faut pas s'attendre à des changements majeurs, tant dans les priorités intérieures qu'en matière de politique étrangère.

"Tamim contrôle depuis quelque temps un certain nombre de politiques essentielles pour le pays et partage le point de vue de son père sur le développement économique du Qatar et sur la politique de diversification de l'économie", estime-t-elle.

Le budget qatari a par ailleurs été établi jusqu'à 2016-2017, et avec la préparation de la Coupe du monde 2022 qui bat son plein, il y a peu de chances pour qu'on assiste à un bouleversement politique, ajoute-t-elle.

Selon un diplomate occidental, la Coupe du monde est sans doute la meilleure garantie que le nouvel émir ne sera pas tenté d'imposer au Qatar un virage trop rigoriste.

"C'est un grand supporter de Manchester United, et du sport en général. Ce n'est pas la caractéristique première d'un salafiste", note-t-il en référence au courant de pensée rigoriste dominant en Arabie saoudite. "Il ne peut pas donner soudainement au pays une orientation islamiste avec 2022 en ligne de mire."

Avec Yara Bayoumi et Amena Bakr; Hélène Duvigneau, Tangi Salaün et Henri-Pierre André pour le service français

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