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L'Egypte se prépare à devenir importatrice nette de gaz naturel

Commodesk31/10/2012 à 10:42

Commodesk - Alors qu'elle exporte 12 milliards de mètres cube par an, l'Egypte, dont la demande intérieure suit une ascension fulgurante, pourrait prochainement ne plus être autosuffisante en gaz naturel.

L'Egypte a interrompu la semaine dernière ses exportations de gaz naturel à destination de la Jordanie. Le ministre égyptien du Pétrole, Osama Kamal, a confirmé le 22 octobre que cette suspension était due aux multiples explosions qui ont endommagé depuis un an le gazoduc qui relie les deux pays, mais surtout à la croissance des besoins intérieurs de l'Egypte. Les exportations sont également interrompues à destination de l'Espagne.

Parallèlement, selon la presse locale, l'Egypte devrait prochainement annoncer les détails d'un programme destiné à importer du gaz naturel liquéfié (GNL).

L'Egypte, un exportateur important de gaz naturel

Ces deux annonces ont a priori de quoi surprendre, l'Egypte, deuxième producteur de gaz en Afrique derrière l'Algérie, étant actuellement largement exportatrice nette de gaz naturel. Ses principaux clients sont jusqu'à maintenant, d'une part, la Jordanie, la Syrie et le Liban, approvisionnés par gazoduc. Et d'autre part, l'Asie (Japon, Corée du Sud...) et l'Union européenne (principalement l'Espagne et la France), sous forme de GNL. Les exportations vers les Etats-Unis, qui étaient auparavant l'un des tous premiers importateurs, se sont quant à elle effondrées avec la chute des besoins extérieurs de ce pays. Au total, l'Egypte a exporté environ 12 milliards de mètres cubes l'année dernière.

Selon les chiffres de BP, la consommation égyptienne de gaz a doublé en dix ans pour atteindre 49,6 milliards de m3 en 2011. Mais sur la même période, la production a été multipliée par 2,5, à 61,3 milliards de m3. Et les investissements de compagnies étrangères se poursuivent, de nouveaux gisements significatifs sont découverts, l'Egypte s'apprête à se lancer dans la fracturation hydraulique... Les réserves connues ne cessent d'augmenter, principalement dans le delta du Nil et le désert de l'ouest égyptien, et la production devrait continuer sa progression dans les prochaines années.

Une consommation intérieure qui monte en flèche

Pourtant, actuellement, la demande progresse beaucoup plus vite que la production. Ces trois dernières années, elles ont crû de respectivement 22% et 4%. Et l'augmentation des besoins pourrait se poursuivre au même rythme, voire accélérer encore, l'Egypte affichant d'ambitieux objectifs de croissance, de l'ordre de 5% par an. Le développement industriel est devenu une priorité pour le gouvernement qui cherche à lutter contre le chômage, actuellement à 13%. De quoi pousser la demande, aussi bien pour alimenter les centrales électriques (qui comptent aujourd'hui pour 56% des besoins intérieurs) que pour l'industrie (30%). Après des coupures d'électricité cet été, le gouvernement a ainsi annoncé des projets de 12 milliards de livres égyptiennes (1,5 milliard d'euros) sur cinq ans pour augmenter les capacités des centrales du pays.

Anticiper le basculement du marché

Résultat, d'ici cinq à dix ans, l'Egypte pourrait basculer au statut d'importateur net - de même qu'elle est déjà devenue importatrice de pétrole en 2008 -, et c'est cette perspective que le gouvernement commence déjà à préparer activement.

Dès 2008, l'Egypte avait annoncé un moratoire sur les nouveaux contrats gaziers, en raison des prix bas et de la nécessité d'assurer la consommation locale. En avril dernier, elle a rompu le contrat qui la liait à Israël.

Parallèlement, le pays cherche déjà à nouer des contrats d'importation. Le mois dernier, le ministre du Pétrole, Osama Kamal, s'est ainsi déplacé au Qatar pour négocier des contrats d'importation de GNL. Un produit plus cher que le gaz transporté par gazoduc, mais l'Egypte privilégie pour le moment cette voie, qui permet un commerce plus souple et rapide à mettre en place. Une autre piste envisagée serait d'inverser le sens du gazoduc qui relie actuellement l'Egypte à la Jordanie, et de le prolonger jusqu'en Irak. Au total, le gouvernement ambitionnerait d'importer entre 30 et 40 millions de mètres cubes par jour.

Si l'Egypte perd, à terme, les recettes d'exportations de gaz, le pays pourra toutefois toujours compter sur sa position géographique stratégique. Elle restera un point de transit important pour les livraisons de GNL et de pétrole, en provenance d'Afrique ou du golfe Persique et en direction de l'Europe, ce qui constitue, aussi, une source conséquente de revenus pour le pays.

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