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L'économie suisse résiste au choc du franc fort

Reuters10/05/2015 à 19:35

par Alice Baghdjian SAINT-GALL (Suisse), 10 mai (Reuters) - Quand la Banque nationale suisse (BNS) a abandonné en janvier son cours plancher du franc face à l'euro, les entreprises de la Confédération avaient mis en garde contre un "tsunami" économique qui gripperait les exportations, ferait grimper le chômage et plongerait le pays dans la récession. Quatre mois plus tard, l'économie semble bien mieux résister au choc que ce que prédisaient les Cassandre. Les dirigeants d'entreprise réunis en fin de semaine au Symposium de Saint-Gall ont expliqué avoir surmonté la forte appréciation du franc en ajustant leurs prix, en visant de nouveaux marchés et en obtenant de leur personnel des concessions sur la flexibilité du travail. Le dollar fort a amorti l'impact pour certaines entreprises et celles qui se fournissent en biens intermédiaires au sein de la zone euro y ont même gagné. Certains secteurs de l'économie ont certes souffert, notamment le tourisme et les industries avec une base de coûts en francs et qui réalisent une partie importante de leurs ventes en Europe. Swissmechanic, fédération qui représente les entreprises du secteur des machines, de l'électronique et de la métallurgie, a chiffré à 2.000 le nombre d'emplois perdus dans son secteur depuis la décision choc de la banque centrale le 15 janvier. Mais beaucoup de firmes disent que de précédents épisodes d'appréciation du franc, notamment en 2011 avant l'introduction du cours plancher de 1,20 franc pour un euro, les avait déjà poussées à s'adapter, ce qui leur a servi cette année. "Beaucoup d'entreprises ont tiré les leçons de 2011, elles ont compris qu'une concentration de risques, que ce soit dans la distribution, la base de clientèle ou le produit, constituait en soi un risque majeur", a expliqué Tobias Gerfin, directeur général de Kuhn Rikon (articles pour la cuisine) à Reuters en marge des rencontres annuelles de Saint-Gall. "Nous allons relever nos prix en Europe, nous avons porté de 40 à 42 heures la durée hebdomadaire du travail, nous avons pris des mesures mais la situation n'est pas mauvaise au point de m'empêcher de dormir la nuit." La parité franc/euro est le taux de change le plus important pour les entreprises helvétiques compte tenu des relations économiques étroites entre la Suisse et la zone euro. Son appréciation brutale en janvier a fait mal mais, bien que les deux monnaies soient maintenant pratiquement à parité, avec un euro qui vaut environ 1,04 franc, les derniers indicateurs économiques sont plutôt encourageants. CROISSANCE EN VUE Les exportations de la Suisse ont légèrement progressé en mars par rapport au même mois de 2014, aidées par les ventes à destination des Etats-Unis, du Moyen-Orient et de l'Asie. Et la consommation semble tenir grâce à un secteur touristique résilient et à la progression du marché automobile. "Malgré le choc évident pour les exportations, la consommation et l'investissement, les ménages et les entreprises semblent avoir assez de flexibilité pour traverser la tempête", commente Karsten Junius, chef économiste à la banque J. Safra Sarasin. Cet expert table certes sur une contraction de 0,2% du produit intérieur brut au premier trimestre, mais il prévoit une croissance de 0,7% pour l'ensemble de 2015. Les économistes de l'institut zurichois KOF attendent aussi une croissance modeste cette année, de l'ordre de 0,2%, alors qu'en janvier, juste après l'annonce de la BNS, ils avaient prédit une contraction de 0,5%. Le taux de chômage, quant à lui, est resté bas en avril au niveau enviable de 3,3%. Eva Johnston, fondatrice de la société de cosmétiques Eva J. à Lausanne, a renoncé à se battre face à la concurrence en Europe pour concentrer toute son énergie sur le marché suisse. "Quand on a vu l'appréciation du franc, notre stratégie a été de nous renforcer sur le marché intérieur plutôt que d'essayer d'être compétitif dans les pays voisins", a-t-elle dit à Reuters. "En Allemagne et en France, les deux principaux marchés en Europe, la concurrence est devenue trop énorme en matière de fixation des prix." A l'inverse, le coût réduit des ingrédients qu'elle importe d'Europe et une forte demande locale lui ont permis de continuer de produire en Suisse au lieu de devoir songer à délocaliser. Nick Hayek, l'emblématique patron de Swatch UHR.VX , craint toutefois que le franc fort amène certaines entreprises à transférer leur production ailleurs, ce qui selon lui représente une "menace latente" pour la prospérité de la Confédération. "Tout ce qui peut accélérer la désindustrialisation est très dangereux pour un pays", a dit Hayek, qui en janvier avait parlé d'un "tsunami" à venir après l'annonce de la BNS. En mars cependant, il s'est félicité des perspectives "excellentes" de son groupe, avec une croissance à deux chiffres du chiffre d'affaires du numéro un mondial de l'horlogerie au Japon, en Suisse... et dans de nombreux pays d'Europe. (Véronique Tison pour le service français)

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