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L'arme chimique, prétexte pour l'Occident selon Damas

Reuters06/12/2012 à 21:38

LES SITES D?ARMES CHIMIQUES SYRIENS

par Erika Solomon

BEYROUTH (Reuters) - La Syrie redoute que les puissances occidentales n'utilisent l'argument d'une possible utilisation d'armes chimiques par le gouvernement au pouvoir pour justifier une intervention militaire, malgré les démentis de Damas.

Le vice-ministre syrien des Affaires étrangères, Faiçal Makdad, a qualifié jeudi de "cinéma" les différents rapports américains et européens avertissant d'une possible utilisation d'armes chimiques par Damas, dans un entretien accordé à la chaîne de télévision libanaise Al Manar.

L'opposition syrienne et des responsables des services de renseignements occidentaux ont exprimé ces derniers jours leurs craintes sur le fait que le gouvernement du président Bachar al Assad ne puisse avoir recours aux armes chimiques à la suite des avancées récentes des rebelles, notamment autour de Damas.

Israël et les pays de l'Otan considèrent que Damas dispose de différents stocks d'agents chimiques de guerre répartis sur quatre sites.

Washington a mis en garde à plusieurs reprises le président syrien contre une utilisation de ces armes, la qualifiant de "ligne rouge" pour les Etats-Unis.

Jeudi à Washington, le secrétaire à la Défense, Leon Panetta, a réitéré les craintes américaines basées sur des informations émanant de services de renseignements. Il ne s'est pas étendu sur la nature de ces renseignements.

"Je pense qu'assurément nous demeurons très préoccupés, très préoccupés par les allégations de l'opposition - à savoir que le régime pourrait très bien projeter d'utiliser des armes chimiques. Les informations confidentielles dont nous disposons soulèvent de graves préoccupations sur ce qui est envisagé", a dit le patron du Pentagone à des journalistes.

De son côté, le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, lui a écrit pour l'exhorter à ne pas faire usage d'armes chimiques, a annoncé l'Onu jeudi.

La Syrie refuse, de son côté, de reconnaître qu'elle possède des armes chimiques mais répète à l'envi qu'elle n'utiliserait pas de telles armes contre son peuple mais pourrait en faire usage contre des agresseurs étrangers.

"UNE FOLIE"

"La Syrie insiste de nouveau, pour la dixième, la centième fois : si nous détenions de telles armes, nous ne les utiliserions pas contre notre peuple. Nous ne nous suiciderions pas", a fait valoir Faiçal Makdad.

"Dans le cas où (les puissances occidentales) envisageraient effectivement une intervention, elles devraient prendre en considération les conséquences. Je pense que le coût sera élevé (...) Elles doivent comprendre qu'elle mettent la totalité de la région et ses environs en danger si elles tentent de commettre une telle folie", a-t-il ensuite averti.

Sur le plan diplomatique, les discussions se poursuivent. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, devaient rencontrer l'émissaire international de l'Onu pour la Syrie, Lakhdar Brahimi, jeudi en fin d'après-midi à Dublin, pour tenter d'établir les bases d'un processus de paix.

Aucune annonce vraiment nouvelle ne devrait être faite à l'issue de cette rencontre, dit-on de source diplomatique occidentale. "Je ne sais pas ce qui peut ressortir de cette réunion, mais je m'attends à quelque chose fondée sur la déclaration de Genève étant donné que je ne peux pas imaginer la Russie changer maintenant radicalement (de position) par rapport à Assad", explique-t-on.

La déclaration de Genève, qui a été faite sous la médiation de Kofi Annan, le prédécesseur de Brahimi, appelle à une administration transitoire, sans préciser quel rôle échoirait alors à Bachar al Assad, si toutefois il devait en tenir un.

Ces discussions, en marge d'une réunion de l'Organisation sur la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), interviennent avant une réunion du groupe des "Amis de la Syrie" prévue la semaine prochaine à Marrakech, qui devrait décider d'un renforcement du soutien aux rebelles, en lutte contre le gouvernement du président alaouite depuis le début de la révolte contre Bachar al Assad en mars 2011.

Sur le terrain, une personne a été tuée jeudi dans une explosion qui s'est produite devant le siège du Croissant-Rouge syrien (CRAS) à Damas, selon la télévision officielle.

Le Croissant-Rouge syrien a été plusieurs fois pris pour cible d'attaques, ses membres accusant à la fois les troupes gouvernementales et les insurgés, dans un conflit qui a fait quelque 40.000 morts, selon l'opposition.

Avec Gabriela Baczynska à Moscou et David Brunnstrom à Dublin, Agathe Machecourt et Jean-Loup Fiévet pour le service français

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