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L'affaiblissement de l'EI renforce le risque d'attentat-Molins

Reuters02/09/2016 à 13:04
    * Le procureur de Paris met en garde contre la menace du 
retour 
    * Quelque 700 Français "sur zone" 
    * Molins juge impossible la rétention des fichés "S" 
 
 (Actualisé avec déclarations, précisions) 
    PARIS, 2 septembre (Reuters) - L'affaiblissement de l'Etat 
islamique (EI) en Syrie et en Irak renforce le risque de 
nouveaux attentats en France, estime le procureur de la 
République de Paris François Molins dans une interview au Monde 
publiée vendredi, où il met en garde contre la menace du retour 
des combattants djihadistes. 
    Depuis les attentats de novembre 2015 à Paris revendiqués 
par l'EI, la France a intensifié ses opérations militaires 
contre l'organisation djihadiste en Irak et en Syrie au sein de 
la coalition internationale.  
    Emmenée par Washington, cette coalition, qui agit en appui 
aérien aux forces irakiennes et aux forces kurdes présentes sur 
le terrain, a permis de reprendre le contrôle de plusieurs 
villes tenues par les djihadistes.  
    "Paradoxalement, l'affaiblissement de l'Etat islamique en 
zone irako-syrienne constitue un facteur qui renforce le risque 
d'attentat", estime François Molins. "On voit bien dans 
l'histoire du terrorisme que quand les organisations terroristes 
sont en difficulté sur zone, elles recherchent l'occasion de 
commettre des attaques à l'extérieur." 
    "Le deuxième facteur inquiétant tient à ce qu'on pourrait 
appeler la menace du retour : on sera à un moment ou à un autre 
confronté au retour d'un grand nombre de combattants français et 
de leurs familles", ajoute-t-il. 
    A l'heure actuelle, quelque 2.000 Français ont rejoint les 
rangs djihadistes, sont en transit ou souhaitent se rendre en 
Syrie, selon le procureur de Paris. Sept cents sont "sur zone". 
    Au total, 982 personnes font ou ont fait l'objet d'enquêtes 
judiciaires pour du terrorisme islamiste : 280 sont aujourd'hui 
mis en examen, dont 167 sont en détention, et 577 font l'objet 
d'un mandat de recherche ou d'un mandat d'arrêt. 
     
    "TROP SCRUPULEUX"     
    Sur le plan judiciaire, 59 femmes ont été mises en examen 
pour des faits de terrorisme, dont 18 sont détenues. Trente-cinq 
mineurs sont aujourd'hui mis en examen, dont neuf sont détenus.  
    "On a peut-être été trop scrupuleux au début en se disant 
que les femmes suivaient leur mari et se cantonnaient à des 
tâches ménagères en Syrie", estime François Molins. 
"Aujourd'hui, elles sont systématiquement interpellées à leur 
retour et placées en garde à vue." 
    "Sur les derniers mois, nous observons une accélération des 
dossiers de jeunes filles mineures, avec des profils très 
inquiétants, des personnalités très dures", ajoute-t-il. "Elles 
sont parfois à l'origine de projets terroristes qui, sur le plan 
intellectuel, commencent à être très aboutis." 
    Depuis fin avril, face à la multiplication des attentats, le 
parquet de Paris "raisonne différemment". Une loi prorogeant 
l'état d'urgence pour une durée de six mois et renforcement les 
dispositifs juridiques de lutte antiterroriste a été adoptée le 
21 juillet  .  
    "Nous considérons désormais comme participant à une 
association de malfaiteurs criminelle toutes les personnes 
parties sur zone depuis janvier 2015 ayant participé à des 
combats, des patrouilles ou à la police islamique avec l'EI ou 
le Front Al-Nosra, devenu Fatah Al-Sham", précise François 
Molins. 
    "Nous demandons aux juges d'instruction la requalification 
au criminel des procédures déjà ouvertes pour des personnes 
présentes après janvier 2015 en Syrie", ajoute-t-il. "A compter 
de cette date, plus personne ne peut en effet ignorer que ces 
organisations ont pour but de perpétrer des crimes. 
    François Molins juge par ailleurs "absolument impossible" le 
placement en rétention des personnes fichées "S" comme le 
préconisent plusieurs candidats à la primaire des Républicains 
dont l'ex-chef de l'Etat Nicolas Sarkozy.  
    "Il ne peut y avoir de détention préventive en dehors d'une 
procédure pénale", souligne le procureur. "C'est le socle de 
l'Etat de droit. On ne peut pas détenir quelqu'un avant qu'il 
ait commis une infraction." 
 
 (Marine Pennetier, édité par Yves Clarisse) 
 

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