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Kiev propose une amnistie, réunion à Genève le 17 avril

Reuters10/04/2014 à 18:19

L'UKRAINE PROPOSE UNE AMNISTIE CONDITIONNELLE AUX SÉPARATISTES PRO-RUSSES

par Thomas Grove

LOUHANSK Ukraine (Reuters) - Les autorités de Kiev ont proposé jeudi une amnistie conditionnelle aux séparatistes pro-russes qui contrôlent des édifices publics dans l'est de l'Ukraine et réclament un référendum d'autodétermination.

Après les vigoureuses déclarations de mercredi, le gouvernement de Kiev est en discussion avec les militants pro-Kremlin pour tenter de faire baisser la tension et trouver une issue à la crise.

Dans le même but, on a appris de source diplomatique à Bruxelles qu'une réunion quadripartite - Ukraine, Russie, Union européenne et Etats-Unis - se tiendrait le 17 avril à Genève.

A Kiev, le président ukrainien par intérim, Oleksander Tourtchinov, a annoncé que son gouvernement n'engagerait aucune poursuite contre les séparatistes pro-russes s'ils quittent les bâtiments qu'ils occupent à Donetsk et Louhansk et rendent leurs armes.

"Nous garantissons qu'il n'y aura aucune poursuite pénale contre ceux qui renoncent à leurs armes et quittent les bâtiments", a-t-il dit au Parlement. "Je compte le décider par décret présidentiel."

Les militants pro-russes ont renforcé durant la nuit leurs barricades autour du siège des services de sécurité (SBU) à Louhansk, occupé depuis dimanche soir, et refusent de partir sans garantie sur un référendum d'autodétermination comparable à celui du mois dernier en Crimée, qui a rejoint après soixante ans le giron russe.

Mercredi, le ministre ukrainien de l'Intérieur, Arsen Avakov, avait déclaré être en mesure de ramener le calme dans les quarante-huit heures, si nécessaire par la force.

Devant la Rada (Parlement), le président Tourtchinov a adopté jeudi un ton plus mesuré. "Il nous faut résoudre ce problème avec le minimum de victimes", a-t-il dit.

"PAS D'AMNISTIE SANS RÉFÉRENDUM"

Un assaut des forces ukrainiennes contre les bâtiments occupés pourrait entraîner une vive réaction du Kremlin, qui a massé 40.000 hommes aux frontières de l'Ukraine et se réserve le droit d'intervenir pour protéger les droits des populations russophones.

Une partie des militants pro-russes réclame une plus grande autonomie par rapport au gouvernement central de Kiev, dans le cadre d'un système fédéral prôné par Moscou. Mais d'autres recherchent purement et simplement une intégration à la Fédération de Russie.

A Donetsk, fief de l'ancien président Viktor Ianoukovitch renversé en février par l'insurrection de Maïdan, et à Louhansk, les militants veulent poursuivre les discussions avec Kiev mais jugent insuffisantes les propositions actuelles.

"Ils nous offrent une amnistie mais ne proposent rien sur un référendum et la fédéralisation", déclare Alexandre Goureïev, l'un des hommes armés retranchés dans ce qui fut le siège du KGB à Louhansk. "Nous n'accepterons pas d'amnistie sans référendum..."

Devant le bâtiment de cinq étages, sous une pluie glaciale, 250 manifestants agitent des drapeaux russes pour marquer leur soutien aux militants armés de fusils automatiques, de pistolets et de couteaux.

A Donetsk, 1.500 personnes sont rassemblées devant le siège de l'administration régionale. Ici, la première fortune ukrainienne, le magnat de l'acier Rinat Akhmetov, joue les médiateurs entre les autorités et les séparatistes.

A Bruxelles, on a appris que la réunion quadripartite évoquée depuis plusieurs jours pour tenter de sortir de l'impasse se tiendrait le 17 avril à Genève.

MOSCOU ET L'OTAN ÉCHANGENT DES ACCUSATIONS

Catherine Ashton, haute représentante de la diplomatie de l'UE, informera les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Huit lors d'une réunion lundi à Bruxelles.

En visite à Prague, le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen, a demandé à la Russie de retirer ses troupes de la frontière ukrainienne pour prouver sa volonté de dialogue. Il a une nouvelle fois accusé les Russes d'attiser les tensions et de provoquer les troubles dans l'est de l'Ukraine.

"La Russie se sert de sa puissance militaire pour imposer que l'Ukraine devienne un Etat fédéral et neutre - mais c'est une décision que seule l'Ukraine, en tant qu'Etat souverain, peut prendre", a dit Rasmussen.

Moscou a pour sa part accusé l'Otan de se servir de cette crise en Ukraine pour tenter d'attirer de nouveaux pays membres et justifier son existence en agitant une menace imaginaire.

A Strasbourg, l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe a suspendu les droits de vote des représentants russes en réaction "aux agissements de la Fédération de Russie à l'égard de l?Ukraine" et à l'annexion de la Crimée.

Les 18 parlementaires russes ne seront plus représentés au bureau de l'Assemblée, ni au sein de son comité présidentiel ou de sa commission permanente. Ils ne pourront plus participer aux missions d'observation des élections.

Sur le plan économique, le président russe Vladimir Poutine, dans une lettre à plusieurs dirigeants européens, a souligné la nécessité de "régler rapidement" la question de la dette de l'Ukraine, en retard de paiement pour les livraisons de gaz russe.

Faisant part de son "extrême préoccupation", il s'interroge sur les conséquences possibles de cette "situation critique" sur les livraisons de gaz russe à l'Union européenne et propose la mise en place d'un mécanisme permettant des "discussions urgentes" sur la question, a dit son porte-parole Dmitri Peskov.

(Avec Natalia Zinets à Kiev, Steve Gutterman à Moscou, Robin Emmott et Tom Korkemeier à Bruxelles, Jason Hovet à Prague et Gilbert Reilhac à Strasbourg; Bertrand Boucey et Guy Kerivel pour le service français)

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