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Kiev impute les violences à Moscou, inflexible en Crimée

Reuters15/03/2014 à 20:19

VEILLE DE RÉFÉRENDUM EN CRIMÉE

DONETSK Ukraine (Reuters) - L'Ukraine a accusé samedi la Russie d'orchestrer les violences dans l'est du pays pour justifier une intervention militaire alors que Moscou, qui "réfléchit" à la réponse à apporter aux "appels à l'aide" des Ukrainiens d'origine russe, ne montre aucun signe de fléchissement à la veille du référendum en Crimée.

Le président ukrainien par intérim Oleksander Tourtchinov a imputé la fusillade dans laquelle deux manifestants pro-russes sont morts vendredi soir dans la ville russophone de Kharkiv, dans l'est de l'Ukraine, à des "agents du Kremlin".

"Vous savez (...) qui organise les manifestations dans l'est de l'Ukraine. Il s'agit des agents du Kremlin qui les organisent et les financent, qui font que des gens sont assassinés", a-t-il dit samedi devant le parlement ukrainien.

Un peu plus tôt, son ministre de l'Intérieur, Arsène Avakov, et le gouverneur de Kharkiv, Igor Balouta, avaient accusé des agents russes d'avoir orchestré les violences en provoquant des manifestants favorables à Moscou avant de les attirer près d'un immeuble abritant le siège de groupes nationalistes ukrainiens, où la fusillade a éclaté.

"Les incidents de cette nuit étaient une provocation bien préparée de la part d'activistes pro-russes", a déclaré le gouverneur.

Moscou a livré une interprétation différente des évènements en accusant le gouvernement de Kiev de laisser le champ libre aux groupes "néo-fascistes".

Le ministère des Affaires étrangères a ajouté dans un communiqué qu'il allait se pencher sur la demande d'une intervention russe en Ukraine formulée par des "citoyens pacifiques" qui souhaitent être protégés.

"La Russie reçoit de nombreuses demandes appelant à la défense des citoyens pacifiques. Ces appels seront étudiés", a-t-il dit.

TENSIONS À LA FRONTIÈRE CRIMÉENNE

Confirmant son intention d'annexer la Crimée, qui héberge la flotte russe de la mer Noire, la Russie a opposé samedi son veto au Conseil de sécurité de l'Onu à un projet de résolution américain qui visait à déclarer "invalide" le résultat du référendum prévu dimanche.

Dans la péninsule occupée militairement par l'armée russe - même si celle-ci s'en défend, prétendant que les troupes visibles sur le terrain sont des "milices d'autodéfense" -, la situation était calme samedi à la veille du scrutin.

Le dirigeant pro-russe Sergueï Aksionov, dont l'élection par le parlement criméen n'a pas été reconnue par Kiev, a déclaré que le référendum se déroulerait dans de bonnes conditions de sécurité dimanche.

"Je pense que nous disposons d'assez d'hommes: plus de 10.000 dans les forces d'autodéfense et plus de 5.000 dans les différentes unités du ministère de l'Intérieur et des services de sécurité de la république (autonome) de Crimée", a-t-il dit à la presse.

L'organisation Human Rights Watch a accusé les miliciens et les unités paramilitaires pro-russes d'avoir harcelé et attaqué ces derniers jours les journalistes et les militants politiques qui s'opposent au rattachement à Moscou. Sergueï Aksionov a rejeté ces accusations.

Si la situation était en apparence calme dans la capitale régionale, Simféropol, la tension est montée d'un cran samedi à la frontière orientale de la Crimée, où l'armée ukrainienne a dit avoir repoussé une tentative d'infiltration de soldats russes.

"Des unités des forces armées ukrainiennes (...) ont repoussé aujourd'hui une tentative des forces armées de la Fédération russe de pénétrer sur le territoire de la région de Kherson", lit-on dans un communiqué du ministère de la Défense, qui ajoute que des avions de chasse et des parachutistes ont été envoyés dans la région.

SANCTIONS À L'IMPACT "LIMITÉ"?

Les efforts diplomatiques visant à désamorcer la crise n'ont donné aucun résultat, à l'image des six heures d'entretien entre les chefs des diplomaties russe et américaine, Sergueï Lavrov et John Kerry, vendredi à Londres.

Face à la perspective des sanctions que les Etats-Unis et l'Union européenne devraient annoncer lundi, dont des gels d'avoirs financiers et des interdictions de déplacement, le ministre russe de l'Economie a estimé samedi que l'impact sur l'économie russe serait "limité".

"Nous devons nous préparer aux conséquences probables après le 17 mars", a déclaré Alexeï Oulioukaïev à la chaîne télévisée Russie 24, selon des propos rapportés par l'agence Interfax.

"Mais il me semble que l'impact économique des sanctions est limité. Je ne m'attends pas, pour parler franchement, à des décisions qui remettraient en cause nos échanges commerciaux et les grands projets d'investissement", a-t-il dit.

Insistant sur l'interdépendance des économies occidentales et russe, le porte-parole du président Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, a de son côté dit espérer que les deux camps auront "assez de sagesse politique, de réalisme politique, pour éviter une confrontation plus sérieuse, idéologique ou autre, à cause de l'Ukraine".

A Paris, le président François Hollande a déclaré à la presse que des sanctions sur des accords militaires bilatéraux pourraient être décidées par Paris dans le cadre d'un troisième niveau de sanctions contre la Russie s'il n'y a pas de désescalade après ce qu'il a qualifié de "pseudo consultation" en Crimée.

Interrogé sur une éventuelle suspension d'un contrat d'environ 1,2 milliard d'euros signé avec la Russie pour deux porte-hélicoptères de type Mistral, le chef de l'Etat a déclaré: "Quant aux sanctions autres, notamment liées à la coopération militaire, c'est le troisième niveau de la sanction, nous en sommes au premier."

(Pavel Politiouk et Alastair Macdonald; Julien Dury et Danielle Rouquié pour le service français)

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