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Juppé et Sarkozy s'affrontent sur la parade face au FN

Reuters 04/11/2016 à 08:12

LE DUEL ENTRE JUPPÉ ET SARKOZY A DOMINÉ LE SECOND DÉBAT DE LA PRIMAIRE

par Sophie Louet et Simon Carraud

PARIS (Reuters) - Le duel entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy pour l'investiture présidentielle à droite a dominé jeudi soir le second débat de la primaire, malgré les escarmouches des candidats de la nouvelle génération, les deux hommes s'affrontant sur la stratégie électorale face à la menace du Front national.

Face aux divisions qui ont resurgi lors des échanges, notamment sur le rôle du centriste François Bayrou dans une éventuelle alternance, le maire de Bordeaux, favori des sondages, a prôné à l'inverse de son rival le plus large rassemblement, jusqu'aux "déçus du hollandisme", jugeant "suicidaire" d'envisager une majorité monolithique.

A 17 jours du premier tour, les sept prétendants se sont livrés à un exercice plus vif et plus mordant, où les joutes ont succédé aux monologues didactiques du premier débat sans fondamentalement modifier le rapport de forces.

Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire, lequel dispute à François Fillon la place de "troisième homme", ont tenté de ravir à Jean-François Copé le rôle d'aiguillon qu'il avait tenu aux dépens de Nicolas Sarkozy le 13 octobre en taraudant pour l'une l'ancien président et pour l'autre les deux favoris.

Alain Juppé et François Fillon, d'une austère réserve pour défendre son programme face aux chicayas "politiciennes", se sont gardés de rejoindre la mêlée, alors que Nicolas Sarkozy, sourire impavide, était contraint de riposter aux mises en cause de ses anciens alliés qui lui imputent la défaite de 2012.

Réaffirmant avoir "appris" de ses échecs, il a fait valoir son expérience de la fonction "très violente" de président. "Je n'aurai pas besoin de période probatoire", a-t-il souligné.

Nathalie Kosciusko-Morizet, 43 ans, son ancienne ministre de l'Ecologie et porte-parole lors de la campagne de 2012, l'a bousculé sans retenue, lui reprochant d'"enterrer" le Grenelle de l'environnement ou lui rappelant sans le nommer la fréquentation du sulfureux conseiller Patrick Buisson.

"Tu as été une très bonne porte-parole", lui a répondu Nicolas Sarkozy qui, comme le 13 octobre, a renvoyé au rang de subalternes "NKM", Bruno Le Maire ou Jean-François Copé. "Justement, j'ai vu de près et maintenant je suis candidate contre toi", a lancé Nathalie Kosciusko-Morizet.

"Je ne suis pas candidat pour prendre une revanche sur qui que ce soit ou rajouter un dernier titre à une longue carrière ministérielle ou politique", a dit pour sa part Bruno Le Maire, 47 ans, qui s'est montré plus incisif après être "passé à côté" du premier débat de son propre aveu.

PIQUE SUR L'ÂGE DE JUPPÉ

L'ancien ministre de Nicolas Sarkozy, qui n'a eu de cesse de renvoyer les duellistes aux annales de la Ve République, a plaidé pour une présidence "honnête", rappelant qu'Alain Juppé avait promis de "se consacrer entièrement" à Bordeaux et l'ancien président "de ne pas se représenter s'il était battu".

"Commence d'abord par essayer d'être élu", a asséné Nicolas Sarkozy.

Le candidat du "renouveau" s'est en outre étonné de la proposition "très singulière" d'un mandat unique du maire de Bordeaux et de Nicolas Sarkozy, qui pour la première fois s'est engagé ouvertement en ce sens pour glisser une pique à son rival, 71 ans, sur son âge : "J'aurai 67 ans à la fin de ce second mandat, si par hypothèse les Français me le confiaient, ce sera le temps de remercier la France".

La confrontation entre les deux hommes -- policée au début, voire même complice dans l'évocation de leurs efforts diplomatiques passés pour marquer l'inexpérience présumée de leurs adversaires -- s'est envenimée lorsque le "cas" Bayrou a été soulevé.

Nicolas Sarkozy, qui pense tenir là la faille de son rival, a de nouveau lancé une mise en garde contre "une alternance de compromis" au service d'une "identité heureuse", à laquelle il a redit ne pas croire.

Le maire de Bordeaux, qui a assuré face aux "mensonges" n'avoir rien promis au président du MoDem, a jugé "suicidaire" la tactique de Nicolas Sarkozy, qui revient selon lui à "offrir sur un plateau à Mme (Marine) Le Pen la première place au premier tour de l'élection présidentielle" de 2017.

Il a brandi la menace d'un second tour Hollande-Le Pen en 2017 "si nous faisons les imbéciles et si nous ne réalisons pas une large union de la droite et des centres".

Nathalie Kosciusko-Morizet, pugnace jusqu'au bout, a dénoncé les dangers de la "droitisation". "On a eu le burkini, les Gaulois, on nous fait le coup de l'invasion centriste", a-t-elle déploré.

"Je n'accepterai jamais que Mme Le Pen s'installe dans le fauteuil du président de la République (...), puisse même l'envisager", a répondu Nicolas Sarkozy.

De retour auprès de ses partisans dans un bar parisien, Alain Juppé a lâché : "Je vous le dis à l'oreille, on va gagner".

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