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Jean-Marc Ayrault consulte sur les retraites sans ouvrir son jeu

Reuters04/07/2013 à 21:59

JEAN-MARC AYRAULT CONSULTE SUR LES RETRAITES SANS DÉVOILER SES INTENTIONS

par Elizabeth Pineau et Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Le Premier ministre a entamé jeudi, sans dévoiler ses batteries, des consultations sur la future réforme des retraites avec des partenaires sociaux méfiants quant aux intentions du gouvernement et aux revendications a priori inconciliables.

Organisations syndicales et patronales avaient annoncé leurs "lignes rouges" avant même le début de cette concertation, qui fait suite à la conférence sociale de juin et au rapport Moreau sur l'avenir d'un système de retraites en déficit chronique.

Les dirigeants des principales organisations syndicales et patronales, reçues les unes après les autres par Jean-Marc Ayrault et les ministres concernés par le dossier des retraites, ont pour l'essentiel réitéré leurs positions.

"Le diagnostic est clair, il est maintenant largement partagé. C'est sur les solutions qu'il va falloir beaucoup travailler", a dit le Premier ministre, qui a promis un projet de loi à la mi-septembre et un effort "équitablement réparti".

Du côté du patronat, le nouveau président du Medef, Pierre Gattaz, avait auparavant réaffirmé qu'il n'était pas question pour les entreprises d'accepter une hausse des cotisations.

Position partagée par son alter ego de la CG-PME : "La ligne rouge, c'est d'abord les cotisations parce que nos entreprises n'en peuvent plus", a résumé Jean-François Roubaud.

Celui-ci propose notamment de rapprocher les régimes de retraites du secteur privé et de la fonction publique, de compléter la réforme des régimes spéciaux de 2008, d'aligner la contribution sociale généralisée (CSG) des retraités sur celles des actifs et de rogner leur abattement.

Pierre Gattaz, qui a déploré dans une interview aux Echos que François Hollande "ait écarté d'emblée tout relèvement de l'âge légal de la retraite", a maintenu cette revendication.

CHIFFON ROUGE

"Ce que nous avons proposé c'est de passer de 41 à 43 annuités (de cotisation) en 2020 et d'augmenter de 62 à 63 ans l'âge légal de départ à la retraite à l'horizon 2020, puis de 63 à 65 à l'horizon 2040", a expliqué le président du Medef.

"Il faut augmenter les annuités et si possible augmenter l'âge légal de départ à la retraite", a-t-il dit.

Un véritable chiffon rouge pour les syndicats, dont certains, comme la CGT et FO, rejettent aussi catégoriquement la piste d'un allongement de la durée de cotisation, privilégiée par François Hollande et Jean-Marc Ayrault.

"Nous avons fait part au Premier ministre de notre opposition au recul social qui, visiblement, s'annonce", a ainsi dit le secrétaire général de la CGT, Thierry Lepaon.

En tout état de cause, une telle mesure n'aurait véritablement d'effet sur l'équilibre du système de retraites qu'à moyen et long terme, après 2020.

D'ici 2020, l'objectif du gouvernement est aussi de trouver comment combler un besoin de financement du régime général évalué à sept milliards d'euros par le rapport Moreau.

Les syndicats, y compris la CFDT, rejettent tout ce qui aurait pour effet de réduire les pensions.

Des dirigeants syndicaux n'écartent en revanche pas la piste d'une hausse des cotisations, qui aurait notamment été évoquée par le Premier ministre devant la délégation de la CFTC, selon le président de cette centrale syndicale, Philippe Louis.

Le secrétaire général de Force ouvrière (FO), Jean-Claude Mailly, s'est ainsi dit prêt à examiner cette piste sous ses composantes salariales et patronales, tout en reconnaissant que cela aurait un impact sur le pouvoir d'achat des salariés. "A nous de nous battre ensuite sur les salaires", a-t-il dit.

SYNDICATS DIVISÉS

Son homologue de la CFDT s'est montré beaucoup plus dubitatif concernant une augmentation des cotisations, dont il a estimé qu'elle pèserait sur l'emploi.

"Par contre, nous avons redit que nous voulions un vrai débat de fond sur le financement de la protection sociale", a ajouté Laurent Berger.

La CFDT, a-t-il précisé, plaide pour le transfert d'une partie des cotisations familiales et d'assurance maladie vers d'autres sources de financement, dont la CSG, pour dégager des marges de manoeuvres pour les retraites.

Les syndicats abordent divisés cette phase de consultation, jugée beaucoup trop courte par certains d'entre eux. CGT, Sud et FSU ont annoncé sans attendre, pour septembre une mobilisation commune, à laquelle pourrait se joindre FO. Un appel jugé pour le moins prématuré par les syndicats "réformistes".

"C'est à l'issue de cette concertation que nous verrons s'il y a lieu ou pas de mobiliser et quelle forme de mobilisation", a ainsi dit Laurent Berger.

Jean-Marc Ayrault complètera ce premier round vendredi avec les syndicats Unsa, FSU et Sud, particulièrement implantés dans la fonction publique. Les consultations continueront tout l'été au niveau ministériel et le Premier ministre fera le point fin août avec les partenaires sociaux.

Edité par Yves Clarisse

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