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Jean-François Copé, la quête insatiable du pouvoir

Reuters17/11/2012 à 12:45

JEAN-FRANÇOIS COPÉ, LA QUÊTE INSATIABLE DU POUVOIR

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - Son héros préféré est Zorro, qui remonte toujours sur son cheval malgré les coups du sort.

A 48 ans, Jean-François Copé, un "bébé Chirac" rompu aux cahots politiques, brigue la présidence de l'UMP avec pour ambition ultime de cravacher jusqu'à l'Elysée, son rêve d'enfance. En 2017 ou plus tard.

"Il y a un personnage qui ne me quitte jamais c'est Zorro, car il combat toutes les injustices et quand il tombe, il remonte à cheval", aime à confier l'ancien ministre qui, au gré des alliances, de Jacques Chirac à Nicolas Sarkozy, a toujours su se remettre en selle.

"On ne change pas le monde lorsqu'on est préoccupé de son avenir personnel", lui avait lancé dès septembre 2009 François Fillon, son adversaire pour l'UMP avec lequel la méfiance a été toujours été réciproque.

Né le 5 mai 1964 à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), fils aîné d'une famille juive aisée, adulé par une mère truculente et aimante, Jean-François Copé a toujours cru en son destin, fort de cet atout affectif qui a manqué à Nicolas Sarkozy. Il dit de l'ex-président que sa "pugnacité" et sa "solidité" lui ont inculqué "une leçon de vie".

"On a la même faim. On ne nous a rien donné. On est tout allé chercher avec les dents", explique-t-il dans "Copé, l'homme pressé" (L'Archipel).

Présenté en un raccourci hâtif comme un "Copé-collé" de l'ancien président, le député-maire de Meaux, ville populaire de Seine-et-Marne où il a fait ses classes autant qu'à Sciences Po et à l'Ena, a toujours entretenu des relations complexes avec Nicolas Sarkozy.

"INDESTRUCTIBLE"

Il fut un temps où Jean-François Copé, proche de Dominique de Villepin, jugeait Nicolas Sarkozy "dingue" voire dangereux. Un temps où les deux hommes s'ignoraient. L'ex-président en fit son meilleur ennemi en l'écartant de la liste de ses ministres après son élection en 2007.

Elu chef de file des députés UMP, avec l'appui de l'Elysée, Jean-François Copé fit de l'Assemblée sa citadelle, omniprésent dans les médias qu'il adore, taraudant l'exécutif avec l'arme nouvelle de la "coproduction législative", méthode rompant brutalement avec la tradition des "godillots" gaullistes.

"Il y a eu une tentation permanente d'opposer Nicolas Sarkozy et moi, mais ça n'a jamais marché", confiait récemment François Fillon au Parisien. Réplique de l'intéressé : "J'en ai pris plein la gueule, et ça ne venait pas de Sarkozy".

En novembre 2007, Jean-François Copé, l'orgueil blessé, dévoile publiquement ses ambitions présidentielles, après avoir créé fin 2006 sa rampe de lancement, "Génération France", un club politique qui tisse de précieux réseaux.

Nicolas Sarkozy lui cède enfin en novembre 2010 en lui confiant le secrétariat général de l'UMP en échange de son soutien pour la présidentielle de 2012. Un pacte d'apaisement entre les deux hommes qui vont désormais faire cause commune.

Jean-François Copé, chantre de "la droite décomplexée" dont il a écrit un manifeste controversé, a fait campagne pour la présidence de l'UMP en héritier putatif de Nicolas Sarkozy, jusqu'au mimétisme dans les thèmes, les accents et la gestuelle.

"J'ai fait le choix d'être sur le chemin de Nicolas Sarkozy", explique-t-il, assurant qu'il sera à ses côtés si celui-ci projette de se représenter en 2017.

"Brillant", "fonceur", "bosseur", "chaleureux" pour ses amis, "arrogant", "narcissique", "cogneur", "sans états d'âme" pour ses détracteurs, Jean-François Copé s'est conçu comme "une machine à gagner", selon un observateur du sérail.

Ce "techno" friand d'imitations, amateur de jazz et fan de Véronique Sanson, auteur d'"Indestructible", a appris à encaisser les coups pour mieux repartir au combat. "S'il y avait une gamelle vide au milieu du Sahara, Jean-François en ferait quelque chose", témoigne un ami dans "L'homme pressé".

"BÉBÉ CHIRAC"

La dissolution décidée en 1997 par Jacques Chirac, son premier modèle en politique, lui fut fatale et le condamna à une douloureuse traversée du désert. Son deuxième revers électoral, ce furent les régionales en Ile-de-France en mars 2004.

La carrière politique de Jean-François Copé a débuté en 1993 durant la cohabitation, dans le gouvernement d'Edouard Balladur, au poste de directeur de cabinet de Roger Romani.

Il doit à Jacques Chirac son baptême du feu ministériel en 2002, sous Jean-Pierre Raffarin: secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement (2002-2004) et porte-parole du gouvernement (2002-2007), il est brièvement ministre délégué à l'Intérieur (2004-2005) puis ministre délégué au Budget et à la Réforme de l'Etat (2005-2007).

Lieutenant du clan chiraquien contre les balladuriens - dont François Fillon était - lors de la présidentielle fratricide de 1995, Jean-François Copé fut un "bébé Chirac", comme François Baroin ou Hervé Gaymard, ralliés aujourd'hui à François Fillon.

"Tous les jours, je vis dans le souvenir de la campagne de Chirac en 1995", explique Jean-François Copé, qui a mal vécu la "trahison" de son ami François Baroin.

"Moi je n'ai jamais lâché mes amis. Je ne pourrais pas le faire, je ne pourrais pas me regarder dans la glace", confie celui qui s'affirme "plus pudique que certains ne le pensent".

Père de quatre enfants issus de deux mariages, il parle peu de sa vie privée mais livre une vision "affective" de la politique.

"Je n'ai jamais fonctionné dans ma vie avec de l'amertume, je n'en ai pas l'âge. Si je suis élu, je ferai avec tout le monde", ajoute l'élu, qui s'amuse à puiser une opportune philosophie positiviste dans "Itinéraire d'un enfant gâté" de Claude Lelouch, son film fétiche : "Tout va bien".

Edité par Yves Clarisse

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