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Ianoukovitch en fuite, le pouvoir bascule en Ukraine

Reuters22/02/2014 à 23:04

LE POUVOIR BASCULE EN UKRAINE

KIEV (Reuters) - Les députés ukrainiens ont destitué samedi le président Viktor Ianoukovitch qui a tenté de fuir son pays dans un nouveau basculement politique salué par l'opposante Ioulia Timochenko, libérée dans la journée, comme "la chute d'une dictature" en Ukraine.

La Rada, dans laquelle siègent 450 députés, a voté par 328 voix l'incapacité constitutionnelle de Viktor Ianoukovitch d'exercer ses fonctions de chef de l'Etat.

L'accord de transition conclu vendredi entre le président et les chefs de file de l'opposition, sous l'égide de la troïka européenne (France, Pologne et Allemagne) et avec l'aide de la Russie, n'aura pas tenu plus d'une journée.

Dans une situation qui évoluaient d'heure en heure, les députés ont adopté en milieu de journée une motion constatant que le président "avait renoncé à ses responsabilités de manière non constitutionnelle et qu'il était dans l'incapacité d'exercer ces fonctions".

Viktor Ianoukovitch avait auparavant quitté la capitale pour se réfugier dans l'est de l'Ukraine, à majorité russophone, où il pouvait compter sur le soutien des dirigeants des régions.

Les autorités frontalières ukrainiennes ont annoncé samedi soir avoir empêché le décollage d'un avion charter dans lequel Ianoukovitch avait pris place à l'aéroport de Donetsk alors qu'il tentait de quitter le pays.

Des hommes armés ont tenté de soudoyer des douaniers afin qu'ils autorisent le décollage de l'appareil dans cette ville de l'Est, région où il a entamé sa carrière politique dans les années 1990.

Face au refus des autorités, Ianoukovitch a dû débarquer de l'avion et est parti dans une voiture qui l'attendait. Aucune indication n'a été fournie sur sa destination, non plus que sur celle de l'avion.

"VOIR LE SOLEIL ET LE CIEL"

Pour Ioulia Timochenko, libérée samedi de l'hôpital-prison dans laquelle elle était détenue depuis trente mois à Kharkiv, le peuple ukrainien a fait tomber une dictature.

"Notre patrie va de nouveau pouvoir voir le soleil et le ciel à présent que la dictature est tombée", a-t-elle dit dans sa première déclaration après sa libération.

Timochenko, qui a aussitôt rejoint la capitale distante de 400 km, est apparue dans la soirée devant une foule compacte massée sur la place de l'Indépendance.

Très émue, assise dans un fauteuil roulant, l'ex-chef du gouvernement a appelé les manifestants à rester mobilisés et leur a promis d'être garante du respect de leurs espoirs.

Qualifiant de "héros" ceux qui l'écoutaient, elle a exprimé ses regrets de ne pas avoir pu prendre part à la lutte et s'est "excusée au nom de l'ensemble de la classe politique" pour les souffrances éprouvées par la population ukrainienne.

Elle a dit avoir vu "une nouvelle Ukraine" émerger des événements récents et a jugé que ce qu'avaient accompli les opposants pouvait désormais servir d'exemple pour d'autres peuples de l'ex-Union soviétique.

La libération de l'ex-Premier ministre a été rendue possible par le retrait par les députés d'un article du code pénal qui avait précipité sa condamnation en 2011 à sept ans de prison pour abus de pouvoir.

Dans une situation qui demeurait relativement confuse samedi, Ianoukovitch a fait savoir qu'il excluait l'idée de démissionner et a qualifié les événements en cours de "coup d'Etat".

"Les événements auxquels assistent notre pays et le monde entier sont un exemple de coup d'Etat", a-t-il dit dans une interview accordée à la chaîne de télévision ukrainienne UBR. "Nous assistons au retour des nazis, à l'époque où ils ont pris le pouvoir dans les années 1930 en Allemagne et en Autriche", a ajouté Ianoukovitch.

SOUTIEN À L'EST

Le président déchu peut pour l'instant compter sur le soutien des régions orientales du pays dont les dirigeants ont dénoncé la légitimité du Parlement national et ont annoncé qu'ils entendaient conserver le seul contrôle de leurs territoires.

"Nous ne nous préparons pas à disloquer le pays, nous voulons le préserver", a déclaré Mikhaïlo Dobkine, gouverneur de la région de Kharkiv, lors d'une réunion des dirigeants de l'Est à laquelle participait un parlementaire russe, proche de Vladimir Poutine.

Mais la résolution adoptée lors de cette réunion à Kharkiv précise que "les décisions prises par le parlement ukrainien dans de telles circonstances font douter de leur légitimité et de leur légalité".

"Les organes de l'Etat central sont paralysés", poursuit le texte. "Tant que l'ordre constitutionnel et la légalité ne seront pas restaurés (...) nous avons décidé d'assumer la responsabilité de protéger l'ordre constitution, la légalité, les droits des citoyens et leur sécurité sur nos territoires."

L'autre soutien sur lequel peut compter Ianoukovitch est évidemment la Russie qui a jugé par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, que l'Ukraine était aux mains "d'extrémistes armés" et d'"adeptes des pogroms" dont les actes menacent la souveraineté nationale et l'ordre constitutionnel.

Moscou, pris de vitesse par les Européens dans les négociations entre pouvoir et opposition, reproche à la troïka de ne pas avoir respecté les termes de l'accord conclu vendredi par lequel Ianoukovitch s'engageait à une série de réformes.

Pour la Pologne, très impliquée dans la gestion de cette crise, les événements qui se sont déroulés vendredi et samedi ne constituent pas un coup d'Etat contrairement aux affirmations de Ianoukovitch.

Sur son compte Twitter, le ministre polonais des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski souligne que les lieux du pouvoir ont été abandonnés et que le nouveau président du Parlement a été légalement élu après la démission de son prédécesseur.

Elément essentiel qui a pesé dans la balance et dans le basculement du pouvoir, les forces armées ont annoncé dans un communiqué qu'elles respecteraient leurs "obligations constitutionnelles" et se tiendraient à l'écart de la crise politique actuelle.

Le ministère de l'Intérieur, après le limogeage de Vitaly Zakhartchenko vendredi, a pour sa part exprimé son soutien à un "changement rapide" et demandé aux citoyens de s'unir pour protéger la sécurité et établir "un pays européen indépendant, démocratique et juste".

Bureau de Kiev; Pierre Sérisier pour le service français

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