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Hollande pousse ses pions à Riyad, en froid avec Washington

Reuters28/12/2013 à 19:18

UNE DEUXIÈME VISITE EN ARABIE SAOUDITE AU PROGRAMME DE FRANÇOIS HOLLANDE

PARIS (Reuters) - François Hollande tentera à partir de dimanche en Arabie saoudite de tirer parti du refroidissement des relations entre Riyad et Washington pour se rapprocher d'un partenaire incontournable dans une région en proie à de multiples crises.

Pour son deuxième déplacement dans le royaume, le président français abordera avec le roi Abdallah et le prince héritier Salman tous les dossiers chauds du moment, du programme nucléaire iranien à la crise égyptienne en passant par la guerre en Syrie ou les menaces sur la stabilité du Liban.

Dans une interview au quotidien saoudien Al Hayat à paraître dimanche, François Hollande salue "le premier client de la France au Moyen-Orient", qui contribue à la croissance par le "rôle modérateur qu'(il) joue sur le marché pétrolier dans cette phase essentielle qu'est la reprise économique".

"Notre coopération bilatérale se renforce dans tous les domaines. Et notre vision de l'économie mondiale est proche."

Pour un conseiller du chef de l'Etat, "il est important de pouvoir s'entendre sur un agenda politique qui nous permette, ensemble et avec d'autres, de traiter les crises".

François Hollande entend aussi consolider le partenariat entre les deux pays, après la "lune de miel" entre Nicolas Sarkozy et le Qatar, un pays 15 fois moins peuplé.

Son déplacement intervient à un moment où l'axe Riyad-Washington, qui structure depuis des décennies la géopolitique de la région, bat de l'aile et que la diplomatie américaine déplace le centre de gravité de son action vers l'Asie.

L'Arabie saoudite sunnite reproche au président américain Barack Obama de ne pas se montrer assez ferme à l'égard de Téhéran et s'inquiète de voir l'Iran, son grand rival chiite dans la région, sortir de son isolement à la faveur de l'accord de Genève sur son programme nucléaire conclu en novembre.

"VIVE LA FRANCE"

Riyad a apprécié la fermeté de la diplomatie française lors des négociations sur ce dossier, et le "vive la France" lancé par le sénateur républicain John McCain a trouvé un écho dans la péninsule arabique comme en Israël.

Pour François Hollande, l'Iran doit maintenant "passer aux actes en donnant les preuves qu'il renonce à se doter de l'arme atomique" en fournissant "toutes les garanties nécessaires".

Autre sujet d'exaspération pour l'Arabie saoudite, le manque supposé de soutien américain à l'opposition en Syrie qui a mené le royaume à décliner en octobre un siège temporaire au Conseil de sécurité de l'Onu en guise protestation.

Dans ce contexte, la volonté de Paris de "punir" via des frappes militaires le régime de Bachar al Assad en raison de l'utilisation présumée d'armes chimiques, une option écartée in fine par Barack Obama, a été appréciée à Riyad.

François Hollande expliquera comment il compte, avec les Etats-Unis et la Russie, chercher une issue politique au conflit lors des négociations, dites de Genève II, qui doivent commencer le 22 janvier, malgré le pessimisme ambiant.

Les participants devront se mettre d'accord sur un gouvernement de transition permettant à la Syrie de sortir d'un conflit de trois ans qui a fait plus de 100.000 morts.

La situation en Egypte figurera également au menu des discussions. Riyad apporte un soutien inconditionnel à l'armée face aux Frères musulmans soutenus par le Qatar.

PRIORITÉ ÉCONOMIQUE À LA FRANCE

Mais Paris défend une position moins intransigeante à l'égard de ceux qui sont désormais qualifiés d'"organisation terroriste" par les autorités égyptiennes.

"Le référendum constitutionnel des 14 et 15 janvier prochains en sera une étape importante. Mais, au-delà, il sera déterminant que les libertés et les droits fondamentaux soient assurés et que l'ensemble des courants politiques rejetant la violence puisse participer au processus de transition", déclare le président français dans le journal Al Hayat.

Ce rapprochement diplomatique avec Riyad devrait aussi être l'occasion de marquer des points sur le plan économique.

"Ce qui est très clair, ce que disent les Saoudiens, c'est que le roi Adballah aujourd'hui donne la priorité à la France", dit une source française.

Outre ses gigantesques besoins en infrastructures qui font rêver les géants du BTP comme Vinci ou Bouygues, le pays procède à la modernisation de son appareil militaire qui pourrait déboucher sur d'importants contrats pour Paris.

La France a déjà obtenu de participer à la modernisation de frégates saoudiennes et s'intéresse de près aux besoins de la marine du royaume ou à ses systèmes de défense antiaériens.

Paris aimerait participer au programme nucléaire saoudien et livrer ses Airbus à la compagnie Saoudia, mais aussi attirer davantage d'investissements "productifs" saoudiens en France, comme ceux qui ont permis le sauvetage du volailler Doux.

"Les grands programmes d'équipement saoudiens correspondent aux domaines d'excellence des entreprises françaises. La France offre, quant à elle, des opportunités pour les investissements saoudiens qui peuvent y trouver le savoir-faire, les technologies et les services qu'ils recherchent", explique François Hollande.

Edité par Yves Clarisse

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